L’ennemi intérieur

Le malfaiteur se croyait dans une maison vide, délaissée par ses occupants, il pensait que le moment était propice et qu’il pourrait  commettre son mauvais coup en douce. Mais il y eut des cris et, finalement, il dut battre en retraite.

Le malfaiteur se croyait dans une maison vide, délaissée par ses occupants, il pensait que le moment était propice et qu’il pourrait  commettre son mauvais coup en douce, sans attirer l’attention. Mais il y eut des cris, du remue-ménage, des appels à l’aide, des témoins se mirent  à interpeller les passants. Finalement, il dut battre en retraite.       

 Parfois les criminels renoncent effrayés, déstabilisés par les hurlements de leur victime ou  les cris de quelques témoins. 

 

Jeudi dernier, en fin de soirée, les bancs de la maison du peuple sont quasiment déserts, c’est le moment idéal. Le gouvernement en profite alors pour faire voter par l’Assemblée nationale, sans discussion,  un amendement scélérat réintégrant l’huile de palme - dont l’exploitation est responsable de la déforestation en indonésie - dans la liste des biocarburants (jusqu’en 2026) avec la complicité de quelques députés restés éveillés et studieux pour l’occasion. Le groupe Total qui enregistre chaque année des bénéfices monumentaux va bénéficier ainsi d’une exemption fiscale annuelle de 70 millions d’euros environ.  Mais le mouvement écologique et social que le gouvernement croyait pouvoir violenter une nouvelle fois sans véritable conséquence se réveille à temps et proteste avec véhémence, donnant à cette affaire, menée initialement avec beaucoup de doigté et de discrétion, une résonance inattendue. C’est un tollé général jusque dans les rangs des députés LREM. Pris en flagrant délit de manipulation, le Premier ministre, afin d’éteindre la polémique, choisit de soumettre de nouveau au vote la disposition scandaleuse. Malgré le soutien désespéré et irresponsable d’Elisabeth Borne qui ne pouvait sans doute se déjuger à 24h d’intervalle, l’amendement est alors très majoritairement rejeté : l’huile de palme quitte la liste des biocarburants. 

Cette affaire nous fournit deux  enseignements majeurs :

Le régime d’Emmanuel Macron, libéral autoritaire, sous l’emprise des lobbies industriels et financiers, est prêt à se comporter de manière déloyale vis-à-vis de sa propre majorité afin de satisfaire les intérêts de ses mandants au détriment de l’intérêt général.  Il agit de plus comme un véritable ennemi intérieur en profitant des failles d’une démocratie déjà moribonde et en saisissant la moindre occasion, le moindre relâchement dans la veille citoyenne pour dépouiller le peuple et corrompre l’environnement.

- Le régime d’Emmanuel Macron est perverti et ne mérite plus aucune confiance.

 

Mais l’espoir demeure. Le mouvement écologique et  social, qui se fait violenter psychologiquement et physiquement depuis de nombreuses années est toujours debout, le mouvement des  gilets jaunes l’a d’ailleurs encore prouvé ce week-end. il existe au sein de la société une vaste mouvance alternative qui reste vigilante et ne renonce pas.  

Le front social est en train de se construire, de s’édifier. Devant la fronde qui s’amplifie à l’hôpital public, Emmanuel Macron annonce des mesures. Concernant la réforme des retraites, le gouvernement temporise, tergiverse. . .

Ce régime ne peut reculer que s’il est confronté à une résistance organisée et solidaire. Le peuple en a de plus en plus conscience et il gronde et fourbit ses armes  en attendant le premier grand rendez-vous, le premier choc annoncé, celui du 5 décembre.

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