Les coucous ferroviaires du gouvernement

Après le cadeau du réseau autoroutier et la libéralisation du transport routier de passagers, l'Etat veut permettre aux opérateurs privés d'exploiter le réseau ferré national dans les meilleurs conditions possibles.

C’était donc ça ! Le gouvernement a fini par identifier la cause des dysfonctionnements de la SNCF et entend bien désormais y remédier rapidement  en ayant, si besoin est, recours aux ordonnances. L’endettement colossal de l’entreprise ( 44 milliards d’euros) , la vétusté des matériels et des équipements ferroviaires à l’origine de pannes mais aussi d’accidents comme celui de Brétigny sur Orge , le manque d’entretien du réseau des lignes interrégionales, les bugs informatiques des grandes gares parisiennes,  les multiples désagréments subis quotidiennement par les usagers comme les retards à répétition, les toilettes inaccessibles, etc,  ne pouvaient avoir qu’une origine : le statut des cheminots .

Il suffisait d’y réfléchir calmement, d’examiner le problème avec lucidité et pragmatisme.

L’exaspération contre les défaillances du service public trouve là un bouc émissaire idéal, un inadapté au monde moderne qui profite de la situation de monopole de la SNCF pour percevoir des salaires hors-normes et partir à la retraite à 50 ans. Qui ne rêve pas d’un petit boulot tranquille à 3500€ net par mois ? Des chiffres et données qui n’ont aucune valeur statistique sont donnés en pâture aux  médias qui les relayent  brutalement, sans analyse et sans les contextualiser. Sous Emmanuel Macron, la désinformation et la manipulation  envahissent de plus en plus l’espace public afin de justifier tous les mauvais coups gouvernementaux.

Le privé attend avec impatience de pouvoir exploiter le réseau national  avec une main d’œuvre docile et précarisée. Tel le coucou du printemps, il va pouvoir s’installer douillettement dans un nid tout prêt, mis en place essentiellement grâce aux deniers publics, et donc aux contribuables. L’État va même jusqu’à abandonner au privé les redevances dues par les futurs exploitants :  pour la ligne LGV Tours-Bordeaux, la société Liséa, filiale de Vinci, qui devait initialement financer entièrement la ligne , n’a consenti qu’un investissement de 2,4 milliards d’euros sur les 7,6 milliards au total (les subventions publiques ont couvert 42 % du coût global  et SNCF Réseau 26 %) ;  pourtant Lisea percevra pendant 44 ans la totalité des péages de l’opérateur qui exploite la ligne (pour l’instant la SNCF).  Après le cadeau du réseau autoroutier et la libéralisation du transport routier de passagers avec les cars Macron, voici maintenant le cadeau du réseau ferré ;  il faut mettre en cohérence l’ensemble du transport avec l’idéologie libérale.

Bientôt, les opérateurs privés vont pouvoir rivaliser avec la SNCF et, selon une communication gouvernementale bien rodée,  lui permettre ainsi d’évoluer. Vont-ils pénétrer le marché du transport sur rail afin d’assurer un meilleur service à la clientèle, un meilleur maillage du territoire, vont-ils investir pour redynamiser des lignes transversales qui ont été progressivement désertées par les usagers ou, au contraire, chercher à exploiter les lignes qui permettent le maximum de profit et à éreinter un capital technique et humain usurpé ? Dans une économie sous l’emprise du capitalisme financier, la réponse est bien évidemment contenue dans la question.

La riposte est donc connue, ce sera une grève sur un temps long, une grève de trois mois en pointillé, une grève pour le statut des cheminots certes mais  aussi une grève pour la défense du service public et d’un monopole qui répond justement  aux exigences du temps long. Évidemment, les usagers vont en pâtir ; alors ce sera aussi une lutte contre le ras-le-bol , contre l’agacement des usagers, contre la manipulation d’un pouvoir qui va, comme ses prédécesseurs,  jouer la carte de la division syndicale, du pourrissement, de la lassitude.  Emmanuel Macron ne veut pas de solidarité, il ne veut pas de collectif, il veut des individus en compétition, isolés, productifs, rentables,  « en marche » les uns contre les autres. L’histoire de la SNCF ne s’inscrit pas dans cette logique.

Le combat à venir des cheminots est un combat emblématique.

 

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