Une fenêtre de tir contre le nucléaire

« Je me casse. . . fais chier ». Et le nucléocrate Eric Besson quitta le plateau de M6, courroucé par l’inadmissible impertinence du journaliste Eric Lagache dont les propos et les choix de reportage mettaient en cause la gestion de la filière nucléaire française.

Il faut reconnaître que les nerfs de notre ministre en charge de l’énergie sont soumis depuis la catastrophe de Fukushima à rude épreuve; l’omerta qui régnait sur cette industrie totalitaire se fissure : les témoignages concernant les dysfonctionnements, les incidents, les manquements répétés aux obligations de sécurité, le recours aux travailleurs précaires insuffisamment formés et protégés, commencent à affluer et à alimenter les différents médias.

Sur le plan économique, ce n’est guère mieux : nos marchés -et notamment les marchés européens-se ferment les uns après les autres et « l’hiver nucléaire » tant redouté par Anne Lauvergeon, l’ancienne PDG, est en passe de geler tous les contrats.

Les pouvoirs publics s’affolent, il faut sauver la filière nucléaire, si importante sur le plan économique et pour notre indépendance énergétique. Luc Oursel, ex n° 2 d’AREVA et désormais n°1, a été jugé plus apte à remplir cette mission qu’ « Atomic Anne ». Gageons que nous n’y gagnerons pas au change car il est question de faire des économies et d’améliorer la compétitivité de la filière. En somme, une belle fuite en avant. . .

Mais l’opposition s’organise peu à peu et l’opinion publique, jadis très passive, rejette désormais ce mode de production d’énergie (selon un sondage IFOP récent, « 77% des français sont pour la sortie du nucléaire »). En langage militaire, « il y a une fenêtre de tir ». La proximité des élections présidentielles permet d’amplifier un débat que les partis de gouvernement ne peuvent plus ignorer, éluder. La position du PS a déjà évolué et l’UMP sera bientôt la seule formation politique à défendre encore cette énergie catastrophique. Le renoncement au nucléaire de la part de nos gouvernants n’est plus inenvisageable, il est à portée de combat et c’est le sens de toutes les actions entreprises ici et là et notamment du jeûne tournant suivi par des groupes de citoyens à Colmar et à Bordeaux. Ces militants lancent un « appel à la résistance contre le nucléaire » à la date symbolique du 18 Juin 2011. Souhaitons que cet appel rencontre l’écho le plus large possible.

 

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