Macron et ses riches au chevet de la planète

Alors que la gravité et l'intensité de la crise écologique nécessiteraient à l’évidence une refonte totale de nos manières de penser l’économie, les conférences climatiques sont instrumentalisées par le système et jouent le rôle d’activateurs de croissance pour de nouveaux eldorados du capitalisme

Ce fut un des évènements majeurs de la présidence de François Hollande : la Conférence de Paris de 2015 marquait un tournant dans la lutte contre le réchauffement climatique, la communauté humaine avait enfin pris la mesure du danger et cette prise de conscience allait permettre la mise en place de solutions efficaces.  La main sur le cœur, les larmes aux yeux, des trémolos dans la voix, les organisateurs de la conférence, Laurent Fabius en tête, solennisaient la clôture de ce grand rendez-vous des nations et célébraient un accord inespéré ; c’était historique : grâce aux efforts de quelques grands hommes et à la volonté de la France, le monde était sauvé ! Deux ans se sont écoulés et l’on commence à deviner que toute cette dramaturgie orchestrée autour du traité n’avait d’autre objectif que de créer l’illusion du remède afin de permettre la poursuite  du « business as usual ».

Après le retrait des Etats-Unis, la COP 23 vient de se terminer à Bonn sans afficher la moindre ambition  concrète de relance du processus alors même qu’une étude du Global Carbon Project estime que  les émissions mondiales de C02 vont probablement enregistrer une nouvelle hausse en 2017 (lire ici). Quinze mille scientifiques, issus de 184 pays, tirent la sonnette d’alarme, ils estiment que «  nous mettons en péril notre avenir » (lire ici).  La catastrophe écologique est globale : la pollution chimique se généralise, la biodiversité s’effondre, les ressources en eau s’amenuisent, etc,  mais l’humanité semble s’habituer peu à peu à l’idée du désastre qui vient et d’une condamnation inéluctable : rien ne change fondamentalement, les responsables politiques des pays riches demeurent irresponsables et ne proposent que de la communication et du spectacle.

Alors que la gravité du phénomène nécessiterait à l’évidence une refonte totale de nos manières de penser l’économie et de  vivre ensemble, le capitalisme financier en régime libéral empêche toute évolution réelle. L’urgence est là mais, en l’absence de sanction pour les pays qui ne respecteraient pas leurs engagements, le marché impose finalement son timing et organise à sa façon la transition énergétique et l’adaptation à la dégradation de l’environnement. Notre société de consommation étant particulièrement vorace, pour satisfaire une demande d’énergie croissante, les énergies alternatives ne se substituent pas aux énergies fossiles mais s’ajoutent au panel énergétique existant. Tout s’additionne, se cumule, se combine, tout s’accélère alors qu’il faudrait ralentir et commencer sans doute à soustraire au toujours plus afin de diminuer la pression sur le vivant.  Les éoliennes et les panneaux solaires n’empêchent pas l’exploitation des sables bitumineux ou l’extraction du charbon. . .

La France s’apprête néanmoins à organiser un « sommet d’étape » sur le climat le 12 décembre prochain. Emmanuel Macron entend bien continuer à s’activer autour de ce traité moribond car il sert sa communication et son image d’homme volontaire et courageux à l’international.  Avec un incroyable cynisme, il se pose en super-héros et ose donner des leçons aux pays riches auxquels « aujourd’hui il est interdit d’imposer au monde leur propre tragédie », alors que toutes ses décisions concrètes s’inscrivent dans le cadre d’un modèle industriel et financier insoutenable.

 La COP 21 est de fait totalement instrumentalisée par le système en place, elle joue un rôle de caution et de stimulant  pour de nouveaux eldorados du capitalisme.  L’impasse est désormais flagrante mais il s’agit d’en faire une autoroute balisée par les géants du numérique, fers de lance d’une économie « verte » et dématérialisée, pourvoyeuse de croissance(lire ici). Cette économie après avoir vainement tenté de nous sauver nous proposera bientôt  l’homme augmenté, adapté  à un environnement devenu invivable pour l’homo sapiens. En attendant, alors que seule la puissance publique pourrait permettre de faire respecter une nature tout à la fois délaissée et malmenée par le marché, notre président dope le secteur privé.  Les emplois aidés du secteur non marchand,  si nécessaires au fonctionnement quotidien de nombreuses  associations environnementales (Lire ici), seront donc remplacés par « les emplois francs », subventionnés par des deniers publics,  destinés à servir une production marchande.  Dans la société d’Emmanuel  Macron, il vaut sans doute mieux occuper un emploi d’opérateur dans une société de marketing téléphonique que d’éduquer les jeunes à l’environnement.

 « Qui veut un contrat aidé ? », qui peut bien vouloir encore, dans la République en marche, s’investir au service du collectif plutôt que d’aider les riches à engranger des profits supplémentaires ?

Les riches détruisent la planète mais ils vont nous vendre des techniques pour la sauver.

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