Violences en milieu confiné

On imaginait déjà une autre France, une France gouvernée par un Président des pauvres, mais c'est le peuple qui s'entredéchire.

Cette manifestation du 17 novembre était annoncée depuis des semaines : une déferlante, une énorme vague de protestation inédite, hors des champs syndicaux  et politiques habituels,  surgie des réseaux sociaux, toute gonflée  de frustrations accumulées,  animée d’une colère sourde, et aux développements imprévisibles,  allait submerger le paysage. On allait redonner  la parole à des territoires oubliés de la République,  se réapproprier une France conquise par le roi Macron et préemptée par les riches. Un tsunami social et incontrôlé allait recouvrir et dissoudre le mouvement de la République en marche,  issu paradoxalement d’un élan similaire de mécontentement et de  désillusion  populaires à l’occasion de la dernière élection présidentielle.

 On imaginait déjà une autre France, une France gouvernée par un Président des pauvres.

 Alors, le pouvoir, retranché dans les palais gouvernementaux,  a suivi les évènements  heure par heure. Il a regardé les Français bloquer d’autres Français, s’assurant que les endroits stratégiques resteraient hors de portée des gilets jaunes. Il a rappelé les principes de droits essentiels, le droit de manifester mais aussi le droit de circuler librement, et il a concédé l’essentiel du territoire national comme lieu de défoulement et d’expression du mécontentement. Et il a observé l’expression de cette souffrance du haut de son mirador gouvernemental. Dimanche matin, après une « nuit agitée », le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner a dressé  un  bilan de ses observations, un bilan précis et détaillé  faisant état de 287710 manifestants recensés sur 2034 sites et déplorant les incidents à l’origine du décès d’une personne  et de nombreux blessés dans les rangs des manifestants et des forces de l’ordre.

Ce décompte est évidemment provisoire car la colère n’est pas éteinte, certains gilets jaunes entendent poursuivre le mouvement.

Mais le pouvoir n’est pas réellement inquiet ; d’ailleurs il a déjà prévenu, il poursuivra  « la trajectoire prévue ».

Aujourd’hui, protégé par les institutions, sécurisé par les forces de l’ordre, le pouvoir est inaccessible, indétrônable.  Les gilets jaunes peuvent bien manifester leur colère au cri de « Macron démission », leur exaspération reste encadrée, contenue, et les accès de  violence qui peuvent jaillir épisodiquement touchent avant tout leurs propres rangs et ne menacent pas les puissants. Finalement, c’est le peuple qui s’entredéchire comme le montrent de nombreuses séquences vidéos circulant sur le net. Les désagréments provoqués par les manifestations des gilets jaunes restent confinés en milieu populaire, dans les espaces de vie partagés, à l’image des incendies de voitures qui brûlent dans les banlieues pendant les périodes de fêtes.

Emmanuel Macron va continuer, il inflige une souffrance à laquelle les faibles ne peuvent ni répondre ni se dérober, et qu’il ne perçoit même pas : il est dans un autre monde, le monde du capital, qui est définitivement coupé des travailleurs et de leurs difficultés  quotidiennes.

Pourquoi ce gouvernement libéral-autoritaire renoncerait-il  à sa politique à cause des gilets jaunes quand il n’a pas cédé aux revendications des cheminots, des postiers, des professionnels de santé, des professeurs, etc ?

Face à Macron, le peuple ne dispose que d’une seule arme : le bulletin de vote. A moins d'une crise financière majeure ou d'un autre évènement susceptible de déstabiliser profondément le système ( ce qui devient de plus en plus probable avec la montée des périls de tous ordres),  il va falloir attendre encore plus de 3 ans.

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