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Billet de blog 21 janvier 2026

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A Davos comme à Paris

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Comme chaque année, les milliardaires de la planète se réunissent à Davos pour leur business party annuelle. Donald Trump, accompagné d'une importante délégation, toujours animé de la même volonté de conquête, s'y rend ce mercredi pour clamer haut et fort la suprématie américaine. Dans le livre entretien  L 'orgie capitaliste , l'essayiste et romancier Marc Dugain analyse avec lucidité et pessimisme la situation catastrophique dans laquelle est en train de nous plonger le capitalisme prédateur qui dévore toute la planète. Malgré les alertes de plus en plus vives des scientifiques, malgré la multiplication des événements climatiques extrêmes et l'érosion dramatique de la biodiversité, le système continue imperturbablement son exploitation sans limite de la nature. La majeure partie de la classe politique - mais aussi des citoyens - , condamne toute forme d'écologie punitive susceptible de restreindre la liberté de produire et de consommer et pense que l'humanité pourra surmonter la crise écologique actuelle grâce au progrès technique et notamment au développement de toutes les nouvelles technologies dites « vertes ». C'est un pari extrêmement risqué, un excès d'optimisme pouvant dans certaines circonstances avoir des conséquences dramatiques. Marc Dugain prend l'exemple du sort réservé à la communauté juive de l'Allemagne nazie : « les optimistes ont fini à Auschwitz, les pessimistes ont fini à Hollywood ». Aujourd'hui, de la même façon que la plupart des juifs voulaient demeurer optimistes à l'époque de la montée du nazisme en Allemagne, les gens pensent que les choses finiront par s'améliorer et que de toute façon un changement radical de mode de vie est impensable et présenterait beaucoup trop d'inconvénients. Pourtant le dérèglement du climat s'accélère et de nombreux paramètres qui assurent la viabilité de la plupart des espèces vivantes (dont la nôtre) sur cette planète menacent de franchir des seuils de basculement irréversibles Le fameux seuil de réchauffement de + 1, 5 ° à ne pas dépasser fixé par l'accord de Paris ne peut déjà plus être respecté et nous nous acheminons si rien ne change, comme s'il s'agissait d'une perspective gérable et supportable, vers un réchauffement de +4° environ à la fin du siècle (si nous pouvons toutefois être encore en mesure de le mesurer). Greta Thunberg, dans un message aux dirigeants réunis à Davos, déplore "les mots vides et les promesses qui donnent l'impression que des actions suffisantes sont entreprises" et ajoute « je ne veux pas de votre optimisme. Je veux que vous paniquiez. Je veux que vous ressentiez la peur que je ressens tous les jours. Et je veux que vous agissiez. Je veux que vous agissiez dans une situation de crise. Je veux que vous agissiez comme si la maison était en feu, parce qu'elle l'est".

En France, malgré les revers électoraux subis par le camp présidentiel, la politique néolibérale macroniste, continue à imposer ses choix désastreux.

S'il ne devait y avoir qu'une seule raison de rejeter avec force le projet de budget mais aussi toute la politique de Sébastien Lecornu, ce serait assurément pour le manque d'ambition voire l'absence totale de prise en considération de la problématique écologique. Le projet de budget 2026 « prévoit des coupes sans précédent sur l'environnement » selon les mots de Cyrielle Chatelain, la présidente du groupe des élus écologistes. La seule ligne directrice est le soutien aux entreprises et au productivisme, en particulier dans le domaine agricole où les récentes annonces du gouvernement concernant la gestion de l'eau ( la FNSEA a obtenu une suspension de toutes les décisions visant à protéger les milieux naturels et l’eau en général) relèvent d'une « forme de trumpisme à la française » selon Arnaud Clugery, porte-parole de l'association Eaux et Rivières de Bretagne.

Ce budget invotable parce qu'il ignore l'urgence écologique mais aussi bien sûr parce qu'il méprise la misère sociale passera donc grâce au 49.3. Ce nouveau coup de force démocratique, prévisible et conforme au délitement du régime et de ses représentants, reçoit l'appui du PS qui se satisfait des « victoires obtenues », jetant comme à son habitude de la poudre aux yeux des citoyens. Sans une fiscalité plus juste touchant les revenus et les patrimoines des grandes fortunes, les quelques avancées sociales grappillées à grand peine seront inévitablement compensées par des régressions bien plus importantes puisque le déficit budgétaire doit être contenu à 5% du PIB, en nette baisse par rapport à 2025, malgré la hausse de près de 7 milliards d'euros du budget des armées. Ce budget va accentuer la crise écologique et sociale, il est dans la lignée des budgets précédents et de la politique de l'offre souhaitée par Macron. Les députés socialistes, élus sur le programme du NFP, s'apprêtent à permettre au plus fidèle collaborateur de Macron de poursuivre tranquillement une politique en opposition totale avec leurs engagements en soutenant de plus le recours au 49.3. C'est une double trahison démocratique et une nouvelle capitulation devant un capitalisme qui détruit à grande vitesse la nature et les sociétés humaines.

A Davos comme à Paris, les prédateurs continuent à imposer leurs choix.

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