Entourons Jean-Luc Mélenchon

                                      

Mon billet de la semaine dernière qui traitait de l’opportunité de la candidature annoncée de Jean-Luc Mélenchon a suscité beaucoup de réactions auxquelles je n’ai pas toujours répondu car, à ce stade, les opinions sont forgées, parfois tranchées, et le dialogue peut s’avérer stérile ou peu productif, d’autant plus qu’il ne saurait  être question désormais de revenir en arrière.

Compte tenu du contexte et notamment de la montée en puissance de toutes les droites extrêmes, il vaut peut-être mieux, pour les sceptiques comme moi, faire contre mauvaise fortune bon cœur ou autrement dit  tenter de substituer l’optimisme de la volonté au pessimisme de la raison.

C’est la raison pour laquelle je reproduis ici la réponse à mon billet d’une militante d’ATTAC 33 dont je partage la conclusion : il me semble qu’un des moyens de dépersonnaliser le combat pour le changement est effectivement de nous approprier cette candidature paradoxale en « entourant » Jean-Luc Mélenchon.

 

 

De Jean-Luc à Jean-Luc

Le mot de la semaine dernière, de Jean-Luc Gasnier, évoquant la candidature subite et impromptue de Jean-Luc Mélenchon, m’incite à rédiger « le mot de la semaine » suivante (ou plutôt quelques milliers de mots), en guise de dialogue/débat, au sein de notre groupe Attac 33.
Je crains, en effet, que le texte de Jean-Luc comporte le risque d’être contre-productif, eu égard à nos engagements.
Des « ennemis » peuvent s’en emparer pour authentifier les élucubrations diabolisantes des médias de l’oligarchie, tout aussi prompts à dédiaboliser le FN.
Alors, il convient d’affiner notre réflexion, puisque notre vocation est d’abord de comprendre et d’analyser.
Évidemment, en un premier temps, j’ai eu tendance à réagir semblablement à cette information surgie, sans prévenir, sur ma messagerie : candidature spontanée, non discutée, par l’arc des anti-austérité et antilibéraux, c’est-à-dire de la « vraie gauche » ?Ouah ! Il se lâche le Jean-Luc ! (Non je ne parle pas de J-Luc Gasnier, faudrait quand même suivre…).
Il me demande un « clic ». Juste un « clic » sur jlm2017, pour soutenir.
Bon, Jean-Luc, je t’aime bien, mais là, ta précipitation tempétueuse se heurte au calme et à la douceur qui me caractérisent.
Donc, je lis la plate-forme – pas vraiment plate, mais très en forme – et réfléchis quiètement.
De quoi s’agit-t-il ? Et que souhaitons-nous ? Nous peuple citoyen actif.

·         Nous rêvons de passer urgemment à une 6è République.

·         Nous cauchemardons à l’idée d’un monarque pseudo républicain continuant de gouverner à sa guise, c’est-à-dire dans l’intérêt de l’oligarchie.

·         Nous élucubrons des propositions d’échafaudages, façon collectifs moyenâgeux de 2005.

·         Nous songeons à une candidature parfaitement transparente, pas connue, pas people, qui laisserait le pouvoir à un(e) Président(e) qui l’abandonnerait, au lendemain des élections.

·         Nous aspirons (oui, également au sens d’aspirateur, version moderne de l’expression « du balai »), à travailler tous ensemble (OUAIS !) et à regrouper tous les citoyens, organisations, associations, etc. (ça devrait faire du monde, non ?) qui s’opposent à la politique économique d’austérité, anti-écologique et antisociale. Merveilleusement unis dans un combat pour une transformation radicale écologique et sociale.

Mais, là, ce n’est plus un rêve. C’est un fantasme…

Et le réveil serait pâteux…

Depuis 2005, notre expérience des collectifs, évoluant avant, pendant et après les élections de 2007, nous laisse à penser que le chemin d’une telle stratégie sera chaotique et démesurément long… jusqu’à la désespérance… que le débat se limitera à d’obscures et glauques « discussions-polémiques-pourparlers-causeries-palabres-contreverses » (un nouveau mot, plus long qu’anticonstitutionnellement) entre les partis. Avec des résultats « primaires », dans tous les sens du terme.
Quand on atterrit douloureusement sur le béton de la réalité, on redevient un tantinet pragmatique et l’on se dit : « là, mes cocos, ça va pas être possible ».
Pourtant, il nous faut le SAMU ! Y’a urgence !
Faut trouver autre chose, en 2017, pour lutter contre Louis XIV, contre le Traité européen nouveau, qui, à l’inverse du Beaujolais, se prépare dans la plus grande boueuse opacité. Contre le TAFTA (si vous ne savez pas encore ce que c’est, c’est à désespérer des militants d’Attac…) qui va terminer ses négociations en 2017, et CETA qui va être ratifié…
Alors comment faire ? Comment ne plus céder aux lobbies productivistes pour changer notre façon de produire et de consommer ? Comment convaincre les citoyens de moins en moins impliqués, de plus en plus étrangers à la chose politique-pourrie qui aboutit au choix : abstention ou extrême droite. Deux options qui remportent de vifs succès électoraux.

Alors on fait quoi ?

1 - nous nous lamentons en attendant que les gauches s’accordent sur un (les) candidat(s) ; puis terrassés, nous voyons s’installer un clone politique et nous nous enfonçons doucement, mais sûrement, dans les sables mouvants.

2 – on saisit finalement, une opportunité qui se présente concrètement, certes risquée, mais, au moins, le résultat ne sera pas la certitude de la cata.

Mais le « hic » est que pour ce faire, il faut rester dans le carcan 5è R que l’on veut balancer, afin de faire élire son candidat, pour le sortir dès le lendemain de son élection, avec une Assemblée constituante, qui change les règles du « jeu ».

Quelle personnalité trouver pour cette besogne ? Capable de fédérer ce combat, à un haut niveau ? Là, je me dis : « les loulous, on va avoir du mal à trouver la personne qui fasse le poids, politique et culturel pour construire un tel rapport de force ». Moi, je veux bien n’importe qui d’autres que JLM, si on me le trouve… Pour l’instant je ne vois que lui, malgré ces milliers d’ennemis…

En se baladant sur la « plate-forme » jlm.2017.fr, on est séduit par l’aspect concret de l’outil offert aux citoyens, pour construire cette force capable de redonner une souveraineté au peuple.

Un engagement collectif semble tout à fait réalisable, avec kit, matériel et processus organisationnel très concrets, des outils d’actions, un moyen de travailler en commun, la création de groupes d’appui, un peu sur le modèle des collectifs. Plus qu’à une candidature, cela ressemble à un projet solide de construction.

Le procédé semble plutôt novateur. On entrevoie un possible, dans le ténébreux tunnel.

Alors, pourquoi ne pas se saisir d’un moment politique important, inscrit encore dans le cadre qui nous coince présentement, des Institutions de la 5è République ? Pour tenter de renverser l’ordre économique porteur du désastre écologique et social.

N’est-ce pas la seule façon de faire barrage aux extrêmes-droites ?

Après, il sera bien tard…

Alors, bien-sûr, Jean-Luc (G), le « pari est risqué ». Certes, on peut ne pas avoir confiance, suspecter le candidat qui, s’il est élu, aura tous les pouvoirs donnés par les Institutions et pourra se renier à loisirs et s’accrocher, façon sangsue africaine.

Mais qu’avons-nous comme solution en un an ? Pour tenter de rassembler les citoyens opposés à cette folie politique et humaine du système néolibéral ?

Quel risque prend-on ?

Est-ce vraiment un risque plus grand que ce qui nous attend, avec certitude, si nous nous engluons, pendant 12 mois, comme nous savons si bien le faire, dans des oppositions entre les 4, 5, 6 ou 7 formations de gauche, pour voir, in fine, s’installer les mêmes ?

Donc, en y réfléchissant bien, je ne vois pas d’autres opportunités, pour l’instant.
On verra, si ça prend ou pas.

Entrons dans l’action directe, par un mouvement citoyen, avec des moyens numériques, en dehors des grands médias, plutôt que d’assister, impuissants, au désastre d’une (vraie) gauche incapable de s’unir.

Je vais cliquer.
Jean-Luc, n’attachons pas JLM.
Entourons-le.

Josette Touzet

 

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