Aux USA , un rapport rédigé par la commission de l’énergie et du commerce de la Chambre des représentants américaine sur l’exploitation du gaz de schiste vient d’être rendu public ; ce document mentionne que les forages ont nécessité l’utilisation de « plus de deux mille cinq cents produits pour la fracturation hydraulique contenant sept cent cinquante substances chimiques ( . . .) dont vingt-neuf sont connues pour être cancérigènes, ou suspectées comme telles, ou représentant des risques pour la santé et l’environnement ».
Josh Fox, le réalisateur du film documentaire « Gasland » qui avait attiré l’attention de ses compatriotes sur l’extrême dangerosité de cette nouvelle technique de recherche d’énergie, est classé terroriste sur la « Terror Watch List » du département de la sécurité intérieure américaine. Cela en dit long sur l’état de la démocratie aux USA qu’on continue pourtant de nous « vendre » comme « le pays de la liberté ». Il s’agit plutôt d’un pays gangréné par l’argent, en proie à la rapacité délirante des grands groupes industriels et financiers, et dont les élites sont le plus souvent corrompues.
En France, le W-E dernier, de nombreuses associations de défense de l’environnement se sont mobilisées pour réclamer l’arrêt définitif de la prospection de gaz de schiste qui avait été autorisée sur un certain nombre de sites par le Ministre de l’Environnement Jean-Louis Borloo, en mars 2010.”Le droit ne donne toujours pas à l’Etat et au public les moyens de s’informer et de s’opposer efficacement à des projets susceptibles de s’avérer dangereux” : par ces propos étrangement sibyllins, Jean-Louis Borloo tentait, la semaine dernière, de justifier une erreur qui, sans une mobilisation massive des associations de riverains et de défense de l’environnement, aurait transformé le sous-sol français en un vaste réservoir de produits toxiques. Merveilleux Etat français ( prétendument « de droit ») qui permet à ses plus hauts dirigeants de s’exonérer de leur responsabilité en s’appuyant soit sur le droit soit sur son absence et de se défausser en permanence sur une administration qui ne manque pas le moment venu de rappeler qu’elle ne fait qu’appliquer des textes votés par la représentation nationale.
Pourtant, notre système médiatique continue de valoriser et de placer sous les projecteurs des personnalités qui ont fait depuis longtemps la preuve de leur incompétence, de leur manque de clairvoyance, voire de leur malhonnêteté. Que Jean-Louis Borloo ait été présenté comme un candidat sérieux pour le poste de Premier Ministre et qu’il figure désormais, après sa défection des rangs de l’UMP, comme la figure de proue du centre-droit, montre à quel point la fabrication des hommes politiques par ce qu’il est convenu d’appeler les faiseurs d’opinion obéit à des critères qui sont très loin de prendre en compte l’intérêt général. Les médias dominants au lieu d’informer et d’alerter les citoyens le cas échéant contribuent plutôt à les endormir en relayant complaisamment les mensonges officiels ; ils participent aussi à cet étourdissement et à cette amnésie générale provoqués sans doute par une actualité mondialisée sans cesse renouvelée. Et cette mémoire courte de l’actualité permet à certains hommes politiques de refaire peau neuve de façon surprenante. C’est le cas d’Alain Juppé *qui, après avoir connu « la tentation de Venise », semble désormais retrouver goût à l’exercice du pouvoir au plus haut niveau avec l’encouragement des médias qui le présentent volontiers comme un recours possible pour la droite. Après avoir échoué en tant que Premier ministre, Alain Juppé ferait-il un bon Président ? Sa gestion locale de la ville de Bordeaux permet d’en douter : projet« grand stade », projet d’agglomération millionnaire, projet Bordeaux-Euratlantique, tous ces projets (qui s’inscrivent évidemment dans le cadre d’une campagne de communication sur un « projet urbain durable ») sont inspirés par une vision passéiste où le développement est non durable, où le progrès est associé à la concentration, à la vitesse, au plus grand nombre, au toujours plus. A l’heure où il nous faut apprendre à vivre différemment , Alain Juppé est prisonnier de vieux schémas, enfermé dans une pensée unique qui nie toute ambivalence de la technologie. Une telle arrogance n’est plus de mise mais la politique française continue malheureusement à sélectionner ses élites sur des critères qui conviennent à une société de compétition, de consommation, de croissance.
Et nous nous retrouvons avec des tartuffes à la tête de l’Etat, des tartuffes dangereux mais séduisants, dans un système qui valorise tant la conquête du pouvoir.
Jean-Luc Gasnier
*A propos d’Alain Juppé, voici ce que l’on pouvait lire dans le Süddeutsche Zeitung à l’occasion de sa nomination comme ministre des affaires étrangères :
« Le président français espère maintenant repartir du bon pied avec le bien connu Alain Juppé. Le fait que ce gaulliste de 64 ans devienne le nouvel homme fort du régime ne plaide pas en faveur des capacités de renouvellement de la France. Le ministre de la Défense n’est pas celui qui pourra orchestrer la transformation pourtant bien nécessaire de la culture politique française. Tout au long de son parcours politique, les affaires se sont succédé, au point de faire office de fil conducteur. Il fait aussi figure de canard boiteux après son passage raté au poste de Premier ministre. »