Après les incessants déplacements de Gérald Darmanin, son ministre de l’Intérieur qui joue à “ je suis partout” et le lamentable rappel à l’ordre droitier d’Eric Dupont Moretti au sujet de l’épisode de “Kohlantess” à la prison de Fresne, Emmanuel Macron s’est aussi prêté au jeu de la communication démagogique. La rentrée arrive et le Conseil national de la refondation est une nouvelle fois annoncé. Le sigle de cette nouvelle institution évoque le fameux Conseil national de la Résistance, ce qui ne doit rien au hasard, et ce n’est pas rien. . .
Il a donc fallu assigner à ce bel organe des ambitions à la hauteur de la manipulation présidentielle.
Avec ce CNR, Emmanuel Macron veut nous vendre une “révolution culturelle” qui “part du terrain” en associant “les forces politiques, économiques, sociales, associatives, des élus des territoires et de citoyens tirés au sort” pour mettre en oeuvre les objectifs du second mandat : «l’indépendance, le plein-emploi, la neutralité carbone, les services publics pour l’égalité des chances et la renaissance démocratique avec la réforme institutionnelle».
Dans une France cadenassée et étouffée par un ordre néolibéral qui impose sa vision comptable à l’ensemble de la société et qui ne peut envisager aucune autre alternative, qui peut encore croire à de pareilles sornettes ?
Si une chose est bien impossible à imaginer c’est le moindre changement d’optique, sans même parler de changement de paradigme, sous un régime dédié furieusement à la croissance, à la glorification du profit et à un entreprenariat gourmand et confiscateur.
Comment peut-on encore donner foi aux annonces présidentielles, comment peut-on encore croire à ses promesses ?? Est-il raisonnable d’espérer la mise en place d’une économie respectueuse de l’environnement et permettant l’amélioration des conditions de vie des citoyens ordinaires alors que toute la techno-structure macroniste s’emploie depuis cinq ans à renforcer et à généraliser les outils permettant le saccage des biens communs et des services publics ?
Emmanuel Macron est un grand serviteur du capitalisme financier et il s’emploie, par tous les moyens, à pérenniser ce système mortifère qui lui paraît être le seul possible.
Tout le monde sait en outre qu’Emmanuel Macron est passé maître en l’art du poker menteur mais il est malgré tout certain que les syndicats, associations et autre organisations conviées vont se prêter au jeu et s’installer à la table de cette nouvelle entourloupe baptisée “Conseil national de la refondation”
Toutes celles et ceux qui pensent que l’on peut amender le monde de Macron et croient encore aux vertus de la négociation face au totalitarisme néolibéral devraient méditer ce passage du livre de Peter Gelderloos "Comment la non- violence protège l'Etat":
"Très simplement, pour changer un système basé sur la coercition et la violence, un mouvement doit constituer une menace, sans quoi,il n'y parviendra pas. Dans le monde d'aujourd'hui, les gouvernements et les entreprises possèdent le monopole du pouvoir, dont la violence est une des principales formes. A moins que nous ne changions les relations de pouvoir (et, de préférence que nous ne détruisions l'infrastructure et la culture du pouvoir centralisé qui permettent la subjugation du plus grand nombre par une poignée d'individus), ceux qui bénéficient de cette violence structurelle, qui contrôlent les armées, les banques, les bureaucraties et les corporations continueront à dominer. Impossible de faire entendre raison à l'élite en faisant appel à sa conscience. Les rares individus qui changent de conviction et accèdent à une plus haute moralité seront virés, destitués, remplacés, révoqués ou assassinés.
Ceux qui luttent non pas pour une réforme symbolique mais pour une libération complète - qui veulent récupérer leur souveraineté, le contrôle sur leur vie, et le pouvoir d'établir des relations avec les individus et le monde qui les entourent de la manière qu'il jugent appropriée - réaliseront immanquablement que la non-violence ne suffit pas. " . .
Il nous faudrait sans doute collectivement résister autrement et renouer avec l'esprit et les valeurs combatives de celles et ceux qui furent à l'origine du Conseil national de la Résistance.