Le moins indigné des candidats

Le résultat des primaires plonge le parti socialiste - et, avec lui, l’ensemble de la gauche- en plein paradoxe. Au moment où les politiques libérales produisent à l’évidence des effets dévastateurs, dans une période particulièrement sombre de notre République où culmine un sentiment de ras le bol et d’injustice suscité par une fin de règne marquée par des scandales de toute nature, les militants et sympathisants du parti socialiste ont désigné le moins indigné des candidats pour les représenter lors de la prochaine élection présidentielle et s’opposer à un capitalisme financier particulièrementagressif. François Hollande qui se présente volontiers comme le candidat du rassemblement et qui n’imagine probablement pas être éliminé au premier tour veut « une gauche qui apaise ». Il ne veut pas « passer d’une présidence brutale à une gauche agressive » et adopte donc un profil susceptible de séduire les modérés. Mais la modération après l’agression n’est-elle pas une forme de renoncement ? Est-ce une bonne stratégie électorale ? Peut-on « réenchanter le rêve français » et provoquer un engouement populaire en adoptant la mentalité d’un petit épargnant ? Même après Sarkozy, même après une présidence qui n’a jamais été autant rejetée et décriée, François Hollande qui prétend unifier son camp au premier tour et espère rassembler l’ensemble de la gauche au deuxième tour semble se sentir déjà coupable de la mise en œuvre d’un programme de gouvernement qui déplairait à la droite. Celle-ci n’ éprouve en général aucun scrupule pour prendre des mesures particulièrement dures vis-à-vis des classes populaires ; en situation de pouvoir, elle protège et privilégie systématiquement et ouvertement son électorat. A l’inverse, les socialistes veulent avant tout donner des gages de bonne gestion et ne reviennent que très rarement sur les lois votées par leurs adversaires. La balance penche ainsi de plus en plus en faveur des catégories sociales les plus favorisées car « le retour de balancier » n’a jamais lieu (ou très partiellement). Même s’il ne saurait être question de « faire tomber des têtes » (comme le réclamait Paul Quilès après l’élection de 1981), une conception trop apaisée de l’alternance risque de ne faire que des mécontents. La rigueur budgétaire, le respect des codes de l’économie libérale, ne peuvent que déboucher sur un accompagnement très décevant de la crise systémique actuelle.

Mais comment mener une politique de gauche dans un système inspiré par une idéologie de droite ? Comment s’affranchir du diktat des agences de notation, stigmatisées aujourd’hui, quand on les a en réalité confortées dans leur pouvoir et leurs prérogatives en 2010 sur l’ensemble du territoire de l’UE ? Comment lutter efficacement contre les fonds spéculatifs ( les fameux Hedge funds) quand sous couvert de les règlementer, on leur facilite l’accès au marché européen par le biais de « la directive Hedge Funds », votée par la droite (le PPE), les centristes et le PSE ( la Gauche Unitaire Européenne et les Verts ayant voté contre) ? Ah ! ce péché originel des deux premières années du septennat Mitterrand, les socialistes et leurs partenaires n’en finissent pas de l’expier ! Avancer la main sur le cœur quand on a abandonné aux puissances financières les cordons de la Bourse ne peut plus tromper grand monde et surtout pas « les indignés» dont le mouvement semble enfin trouver un écho en France*

* un appel pour le 5 novembre a été lancé avec le slogan « occupons La Défense »

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