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Billet de blog 24 novembre 2012

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Mardi 20 septembre, une cérémonie se déroule à Fréjus pour rendre hommage au général Bigeard, soldat perdu de la guerre d’Algérie, en présence de Jean-Yves Le Drian qui justifie sa présence par « la tradition et la continuité républicaine qui s’imposent à la fonction du ministre de la Défense ». Mais de quelle république, de quel héritage se réclame Jean-Yves Le Drian  à cette occasion ?  S’agit-il de la  IVe République du gouvernement socialiste  de Guy Mollet qui obtint le vote des pouvoirs spéciaux en 1956 pour engager une guerre à outrance contre les algériens et cautionner l’usage systématique de la torture par l’armée française  ou plus simplement de la Ve République de Sarkozy qui voulait que les cendres du général Bigeard soient transférées aux Invalides ? Le ministre ne se pose probablement pas ce genre de questions qui relèvent du registre de la culpabilisation malveillante ; par contre Jean-Yves le Drian sait bien qu’il fait partie du gouvernement de Jean-Marc Ayrault sous l’autorité de F Hollande et que l’heure n’est pas à la rupture, ni même au changement mais bien à la continuité.  Oui, la continuité c’est vraiment le mot que l’on peut prononcer sans risque, le mot à la mode, le mot qui résume bien la ligne de conduite actuelle. En se référant à la continuité, on est sûr de ne pas se tromper. Le ministre Le Drian est là pour continuer la même politique que ses prédécesseurs et cela le satisfait pleinement.

Avec la présidence provisoire ou définitive de Jean-François Copé, c’est aussi la continuité à l’UMP.  Affairiste, menteur, sans scrupule, démagogue, avide de pouvoir et toujours prêt à accompagner voire à devancer la dérive droitière des militants, Copé est finalement le successeur  logique du tant regretté Nicolas Sarkozy.  Fillon n’aurait pas été mal non plus mais il a, paraît-il, définitivement renoncé ( mais sait-on jamais ?) et Copé c’est quand même mieux, la filiation paraît plus directe.  En plus, ce qui ne gâte rien pour un parti de droite, son élection ou plutôt son installation à la tête de l’UMP prend de plus en plus les allures d’un putsch. A droite, la force vaut toujours mieux que la persuasion et ce nouveau processus de désignation a dû paraître un peu incongru à beaucoup d’adhérents. Cet acte démocratique raté traduit d’ailleurs l’immense désarroi de ce mouvement, en mal de chef, depuis la défaite aux présidentielles. La déshérence idéologique et la perte de repères des militants UMP après cinq ans d’un galimatias libéral aux accents populistes permettent désormais toutes les manipulations et laissent la place libre aux egos et aux ambitions personnelles. Après tout, comme le fait remarquer une militante dans les colonnes du journal Sud-Ouest, « l’essentiel maintenant est d’avoir un président  ». L’UMP n’est qu’une machine de guerre électorale et ses petits soldats sont contents d’être de nouveau en ordre de bataille.

Dans le même temps, alors qu’ils offrent le spectacle lamentable de politiciens sans vergogne et sans aucun souci de l’intérêt collectif, les dirigeants de l’UMP, avec la complicité passive du parti socialiste, se réclament des valeurs républicaines et ne manquent pas une occasion de stigmatiser l’extrême gauche. Nos deux grands partis de gouvernement se veulent des partis républicains et se décernent volontiers mutuellement des brevets de respectabilité et de responsabilité, par opposition avec les formations prônant un véritable changement. Prétendument opposées,  la droite et la gauche de gouvernement appliquent depuis trente ans la même politique, une politique continument au service des puissants et des privilégiés. On pourrait presque dire que ce sont « des amis de trente ans » qui s’opposent accessoirement sur quelques questions sociétales et essentiellement  pour la conquête du pouvoir. Sur beaucoup de grands sujets, les deux partis de gouvernement s’épaulent et s’appuient implicitement face à une contestation jugée irresponsable. La défense nationale, la politique étrangère ( et les tergiversations récentes de F Hollande concernant la reconnaissance de L’Etat palestinien aux Nations Unies en sont une illustration lamentable) et la question énergétique avec le dossier du nucléaire alimentent ce fameux consensus national qui a toujours ignoré  l’alternance. Mais ce consensus va, en réalité, bien au-delà.

Pour justifier le refus de toute médiation et l’évacuation (commencée vendredi) par les forces de l’ordre des squatteurs de Notre Dame des Landes après la manifestation pacifique du  samedi 18 novembre, le Premier ministre tonne : « Nous ne nous laisserons pas dicter une vision du monde qui n’est pas la nôtre ». Cette déclaration pourrait aisément servir de slogan aux différentes formations politiques « de gauche » comme de droite qui gouvernent la France dans la continuité derrière des rivalités factices et conjoncturelles liées au calendrier électoral.

Il faut se rendre à l’évidence : les « socialistes » s’opposent avec la gauche et gouvernent ensuite à droite. La « gauche de gouvernement » est un leurre ; en système capitaliste, elle n’existe pas. F Hollande et Jean-Marc Ayrault  poursuivent, avec d’autres méthodes, la politique de leurs prédécesseurs : une politique au service du fort contre le faible et déterminée à écraser toute résistance à l’ordre établi.

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