Ces arriérés d’écologistes !

 


Les évènements climatiques « exceptionnels » se succèdent désormais avec une régularité  presque monotone. Nous nous habituons progressivement aux phénomènes extrêmes qui envahissent notre paysage météorologique. Après la Bretagne, le Sud-Est vient d’être dévasté par des précipitations d’une violence extraordinaire. Aux USA, il n’a jamais fait aussi froid depuis 30 ans tandis que nous connaissons des températures exceptionnellement douces, voire même inédites, comme à Luchon, dans les Pyrénées, où le thermomètre a enregistré 24°, le 8 janvier dernier,  en milieu d’après-midi (température inégalée depuis l’ouverture de la station météo locale dans cette ville). Evidemment, le lien éventuel de toutes ces intempéries et anomalies avec le réchauffement planétaire ne peut être établi et, du reste, les commentateurs ne se posent même plus la question. C’est comme cela, c’est « dans l’air du temps »,  la catastrophe climatique annoncée semble se banaliser et pénétrer peu à peu notre quotidien avant même d’avoir été reconnue et de s’être véritablement déclarée ;  la planète couve sa maladie.  D’ailleurs, le phénomène est complexe et permet encore les controverses, les climato-sceptiques se chargent d’entretenir le doute et tirent parti des aléas - notamment du palier enregistré dans l’évolution de la température moyenne du globe terrestre depuis une quinzaine d’années - pour tenter d’infirmer la thèse d’une cause anthropique pourtant largement majoritaire chez les scientifiques et les spécialistes du climat. En fin de compte, le phénomène est soit nié ou minoré, soit en passe d’être accepté et présenté comme inéluctable. La remise en question de notre mode de développement n’est pas à l’ordre du jour. Et le manque de volonté politique forte ne favorise pas – c’est le moins qu’on puisse dire- l’émergence de comportements collectifs responsables.

Pendant ce temps, François Hollande va rendre visite au Pape (qui prépare un texte sur la nature) et évoque une « convergence totale » entre la France et le Saint Siège au sujet de la Conférence Climat qui se déroulera à Paris en 2015 ; notre Président salue au passage la réflexion du souverain pontife qu’il n’hésite pas à citer : «  Dieu pardonne toujours, les hommes parfois, la nature jamais quand on ne prend pas soin d’elle ».

Pourtant, dans les dernières déclarations du Président de la République, le mot écologie a totalement disparu, sans doute gommé, avalé par d’autres préoccupations plus immédiates et plus rentables politiquement. Les sables mouvants de la compétitivité et du pacte de responsabilité engloutissent bien des revendications. La transition écologique est renvoyée aux calendes grecques avec la bénédiction des membres d’EELV du gouvernement qui sont occupés à d’autres tâches. Les travaux de l’aéroport Notre Dame des Landes vont pouvoir bientôt commencer, tous les secteurs d’activité pourvoyeurs d’emploi étant courtisés et appelés à la rescousse par un Etat qui prévoit de supprimer 2144 postes de fonctionnaires en 2014.

Et l’Etat ne fait pas la fine bouche : tout emploi est bon à prendre, en particulier pour Fleur Pellerin, la ministre déléguée aux PME, à l'innovation et à l'économie numérique. Il y a un an, lors du lancement de la 4G, la téléphonie mobile à très haut débit, la ministre déclarait, afin de couper court aux mises en garde des associations comme Robin des Toits qui dénoncent les dangers liés à une utilisation excessive des téléphones portables et à la multiplication des antennes-relais : « C’est un enjeu important. Il représente un investissement de 3 milliards d’euros sur cinq ans et des dizaines de milliers d’emplois ». La ministre ne semble pas connaître d’autre ambition que de transformer chaque français en un communicant 4G, permettant d’activer, par le biais de tweets et autres babils dérisoires, et dans un grand maelström fréquentiel, des portables, des tablettes, des mobiles, des relais,  et autres objets technologiques en mutation perpétuelle. Le principe de précaution s’efface devant la performance économique et la croissance exponentielle du secteur ; pour Fleur Pellerin, la nocivité des ondes électromagnétiques « n’est pas scientifiquement étayée »malgré leur classement par l’OMS en 2011 comme « potentiellement cancérigènes ».

 La loi « relative à la sobriété, à la transparence et à la concertation en matière d'exposition aux ondes électromagnétiques », déposée par la députée EELV Laurence Abeille, vient d’être votée à l’Assemblée, et les opérateurs de téléphonie mobile peuvent être satisfaits : malgré l’adoption du principe symbolique de « modération » de l’exposition, le texte ne prévoit pas d’abaissement des seuils d’exposition afin de respecter les recommandations du Conseil de l’Europe et il n’interdit pas non plus le Wi-Fi dans les écoles maternelles comme le réclamaient les écologistes. « Il faut vivre avec son temps » affirme Vincent Peillon qui veut faire « entrer l’école dans l’économie numérique ».  

 Nos chères petites têtes blondes resteront donc des cerveaux disponibles pour les radiofréquences en 2G, 3G, 4G et suivantes malgré les risques supposés aggravés pour les enfants.

Quand on a la croissance en tête, tous les problèmes s’analysent en termes de création d’emplois  et toutes les technologies méritent d’être développées. L’Etat devient un facilitateur d’affaires et se met  au service des intérêts privés des firmes.  Mais après tout, comme chacun le sait depuis Adam Smith, c’est bien la somme de tous ces intérêts particuliers qui fera l’intérêt général. Ces arriérés d’écologistes n’ont vraiment rien compris à la vie moderne !

                                                                                                                                    

 

 

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