Demain, il nous faudra dire merci !

C’est une évidence : nous n’étions pas prêts ! Comme il est évident que le capitalisme ne saurait nous préparer aux catastrophes qu’il  engendre et véhicule. Car le capitalisme ne connaît qu’un seul repère, une seule règle d’or : la recherche du profit.l Il ne se préoccupe pas ou très mal des investissement à long terme pour la collectivité, la société n’est qu’une somme d’ égoïsmes qu’il s’agit de canaliser pour arriver à un optimum de production et de consommation afin d’enrichir une petite minorité.  Comment prendre en charge des coûts de prévention, des coûts hypothétiques, des coûts pour demain quand le présent réclame en permanence la rentabilité, la compétitivité, quand tout est pensé pour le marché, quand la comptabilité, les tableaux de bord de gestion imposent déjà une réduction drastique des charges courantes ? Le capitalisme dispose de lunettes à courte vue, focalisées sur les évènements qui ont un impact financier et  tout le reste échappe à son champ de vision. l’Etat accaparé par des technocrates soumis à l’idéologie dominante ne se préoccupe plus que de favoriser la bonne marche des entreprises et calque sa gestion sur celle du privé, la qualité devenant synonyme de réduction des moyens et des charges. Quand le drame survient, il nous laisse désemparés, seuls face au défi collectif ; il nous laisse démunis et nous prenons soudainement conscience, avec beaucoup d’intensité et de colère,  que nous sommes gouvernés par des cinglés et des irresponsables qui, de surcroît, ont le toupet incroyable de traiter d’extrémistes - voire de terroristes - tous ceux qui n'adhèrent pas à leur vision du monde.  

Il n’y a pas assez de masques, pas assez de lits, pas assez de respirateurs mais finalement  c’est la faute à personne ! Nos gouvernants ne sont jamais responsables d’avoir renoncé à mobiliser des moyens et à financer des services et des dispositifs qui leur auraient permis d’exercer pleinement leurs missions et leurs responsabilités ; ils ont été  pris dans un courant qui a pris de plus en plus d’ampleur et de puissance au fil des ans, qui avait aussi entraîné leurs prédécesseurs dans la même logique : ne raisonner qu’en terme comptable et rechercher la rentabilité y compris pour des services vitaux comme la santé. Nous connaissons tous leur mauvaise ritournelle : il n’y a pas d’autre choix, on ne peut pas faire autrement, la dette publique sera payée par nos enfants, etc. 

Maintenant le mal est installé et nos “responsables”, imprévoyants  et défaillants, veulent désormais se racheter, s’acheter une bonne conduite et une bonne conscience  à court terme. Dans l’urgence, il faut sauver ce qui peut l'être par tous les moyens, par la contrainte, par la répression, tout en maintenant, c’est primordial, la machine économique à flot. Il faut défendre l’intérêt général quand on ne peut plus faire autrement. Les pires suppôts du système qui imposaient et géraient hier la pénurie avec entrain comme Martin Hirsh gémissent aujourd’hui pour avoir des moyens supplémentaires et sont prêts à réquisitionner derrière leur écran et en atmosphère aseptisée des volontaires pour combattre le virus. 

C’est la guerre et il faut  des fantassins pour monter au front : les hospitaliers bien sûr, qui sont en première ligne, mais aussi toutes celles et ceux qui sont obligés d’assurer une présence physique pour faire leur travail avec une durée hebdomadaire qui va pouvoir être portée à 60 heures ! Dans certains établissements scolaires des enseignants et agents municipaux accueillent des enfants de soignants sans protection particulière, alors même que ces enfants sont encore plus susceptibles que d’autres de transmettre la maladie compte tenu de la profession de leurs parents. Pour toute cette chair à virus, le manque de masques est un scandale absolu, une faute lourde de l’Etat français.

Demain le discours est déjà prêt : après ce formidable effort consenti pour nous par un État courageux et exemplaire dans sa gestion de la crise,  après ces sommes colossales d’argent public dépensées pour sauver le pays, il faudra redresser la barre, faire des efforts, nous astreindre à encore plus de rigueur, plus de productivité, se mobiliser afin de  rembourser nos dettes et retrouver la voie de la croissance, il faudra s’engager plus avant dans la voie du numérique, de la robotisation car les virus informatiques sont au final moins dangereux pour les entreprises que les coronavirus.

Demain, il nous faudra dire merci.  Demain, avec les mêmes, le progrès va reprendre !

 

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