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Billet de blog 27 octobre 2012

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Tous cobayes, en route vers le Khaos*

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Nous savons que nous sommes tous des consommateurs sous influence, que les techniques d’asservissement déployées par les entreprises pour  vendre leurs produits sont de plus en plus sophistiquées et que nos choix sont souvent limités et  contraints. Nous sommes manipulés mais nous conservons malgré tout dans  cet univers consumériste  quelques degrés, quelques espaces de  liberté. Il est cependant des domaines où les produits, les technologies mises au point par les firmes se transforment en instruments de domination et de sujétion implacables. Dès lors, nous n’avons plus le choix et nous changeons de condition pour devenir cobayes, tous cobayes comme le suggère Jean-Paul Jaud (en y mettant un point d’interrogation), dans son dernier film consacré aux OGM et au nucléaire. Ces deux technologies illustrent ce qu’André Gorz appelait des « technologies verrou » c'est-à-dire « des monuments à la domination de la nature, qui dépossèdent les hommes de leur milieu de vie et les soumettent eux-mêmes à leur domination ». Il s’agit aussi de techniques invasives, invasives dans l’espace et dans le temps et qui sont donc attentatoires à  la liberté et au bien-être de populations qui en subissent les conséquences négatives en n’en  retirant aucun bénéfice. Cette dérive ultime du capitalisme est permise et facilitée par le comportement des institutions publiques qui sont altérées, viciées par de multiples conflits d’intérêt. L’Etat, de plus en plus sensible aux seuls intérêts économiques,  n’est plus le garant de l’intérêt général  et des libertés fondamentales mais contribue au contraire dans bien des cas à renforcer la puissance et la domination des entreprises sur les travailleurs et les consommateurs. Le joli conte de l’OMC sur le libéralisme et la compétition économique qui profitent finalement au consommateur vire au cauchemar collectif car les consommateurs abusés sont aussi des travailleurs exploités.

Et de ce point de vue, une même chaîne de nocivité relie des entreprises comme Monsanto ou Areva avec des sociétés comme Goldman Sachs. Les mêmes logiques de spéculation sur le risque, de secret et de domination sont à l’œuvre  et, en cas d’accident, ce sont les simples citoyens qui trinquent ; le parallèle est évident :  ce sont bien les nouveaux instruments boursiers, les technologies financières dans le contexte de la dérégulation  bancaire  qui ont provoqué avec l’implosion des bulles spéculatives la crise économique et financière  actuelle. Aujourd’hui, tout le poids de cette crise a été transféré sur les simples citoyens qui pâtissent de la dépression économique et de la réduction imposée de tous les services de l’Etat afin de résorber la dette publique.

Le champ d’expérimentation qui s’est ouvert récemment en Europe à la faveur de ce fameux problème de la dette est celui de l’austérité et de la capacité des citoyens  à supporter une diminution de leur niveau de vie. Et, aujourd’hui, le « laboratoire de la dette » le plus scruté par la place financière, est la Grèce. Les grecs sont les cobayes de la dette publique en Europe, ils sont observés avec quelque anxiété par les dirigeants de l’UE mais aussi par les grands financiers de la planète. Seront-ils suffisamment endurants, seront-ils capables de supporter les plans successifs de rigueur qui leur sont  imposés actuellement par la funeste troïka de leurs créanciers : UE, BCE, FMI ? L’enjeu dépasse bien évidemment le simple cas de la Grèce : en fonction des résultats de cette expérience,  nous sommes tous en Europe des grecs en devenir.

  * en référence à Khaos, les visages humains de la crise grecque, un film documentaire de Ana Dumitrescu. Pour savoir ce qu’endurent les « cobayes » grecs vous pouvez aussi écouter une émission qui a été diffusée récemment sur France Inter  ici

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