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Billet de blog 28 janvier 2026

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Les pauvres ne sont pas à la fête

Vendredi 23 janvier, en cette fin d’après-midi  pluvieuse, le Préfet de la Gironde et de la région Nouvelle-Aquitaine reçoit. . .

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Vendredi 23 janvier, en cette fin d’après-midi  pluvieuse, le Préfet de la Gironde et de la région Nouvelle-Aquitaine reçoit. La grande porte cochère de l’hôtel de Nesmond, qui est depuis plus de cent ans la résidence officielle des préfets de la Gironde, est ouverte pour laisser passer le gratin de la bourgeoisie bordelaise. Aux commis de service, les invités, industriels, hommes d’affaires, hauts fonctionnaires, militaires de haut rang, présentent leurs cartons d’invitation ou cochent tout simplement la case de la notoriété, le laissez-passer le plus évident, comme le chef bordelais Philippe Etchebest qui, après les barrages de la Coordination rurale, s’accorde avec une gourmandise non dissimulée un intermède mondain dans les salons dorés de la préfecture. Tout ce petit monde s’avance en devisant aimablement dans la cour pavée de la résidence. Cette invitation est appréciée ; même si la monarchie républicaine de Macron n’en finit pas de sombrer, la reconnaissance du représentant de sa majesté en région reste malgré tout un signe distinctif, la confirmation de l’appartenance à l’élite. Et c’est aussi pour le préfet l’occasion de resserrer les rangs entre des acteurs et des partenaires importants de la vie économique locale : le régime se doit de cajoler et de réunir les serviteurs de l’État et les représentants les plus emblématiques du capitalisme qui ont partie liée étant entendu que l’ État est désormais, plus que jamais, au service du capital. Les détenteurs et créateurs de la richesse nationale, les fameux premiers de cordée, sont cajolés par le pouvoir qui veille à la défense de leurs intérêts. En ce début d’année,ils ont toutes les raisons d’être détendus, la France reste encore un paradis pour les classes aisées et tout spécialement pour les riches, la dernière séquence budgétaire et le rejet des motions de censure déposées par la gauche montre qu’il ne peut plus rien leur arriver de fâcheux en 2026 qui commence dans un climat fiscal apaisé où les impôts confiscatoires ne sont plus à redouter.

La macronie ne cesse d’élargir le fossé entre les gueux, les ex gilets jaunes, les sans-dents, les précaires, les chômeurs, les assistés, bref tous ceux qui sont pauvres , et ceux qui comptent, ceux qui font tourner le pays, les importants qui sont invités aux réceptions mondaines organisées par les dignitaires du régime.

La plupart des VIP conviés par le préfet sont venus en voiture. Le parking de la place Pey-Berland est à deux pas mais c’est un peu loin quand on peut se garer sans crainte de la contravention sur le trottoir en face de la résidence préfectorale. Une longue file de voitures dont certaines arborent derrière le pare-brise la cocarde tricolore s’approprient donc ce vendredi soir, à l’heure de la sortie des bureaux, l’espace réservé aux piétons. Après tout, les anonymes, ceux qui ne sont rien ou pas grand-chose, peuvent bien quitter le trottoir et emprunter la chaussée et les voies du tramway pour éviter à tous ces importants de faire un peu de marche à pied sous la pluie. C’est dans l’ordre des choses, la France d’en haut n’arrête pas de faire des doigts d’honneur à la France d’en bas.

Le matin même, le préfet Guyot a présenté ses vœux et ses priorités à la presse. Evidemment, la lutte contre la pauvreté n’y figure pas puisque la politique gouvernementale s’applique au contraire à favoriser les ultra-riches dont la fortune a doublé depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. 53 milliardaires possèdent désormais autant que la moitié de la population française ! Les pauvres ne sont pas à la fête au sens propre comme au sens figuré. Alors que les services publics de l’action sociale et les associations de secours aux plus démunis se disent débordés, la réduction annoncée des budgets des collectivités locales va aggraver une situation déjà très dégradée. La ville de Bordeaux compte pourtant près de 800 sans-abri d’après le dernier comptage établi pendant la nuit des solidarités l’été dernier et la pauvreté se répand, elle est de plus en plus visible dans les rues bordelaises comme partout en France. Mais les SDF, contrairement aux voitures de VIP n’encombrent pas les trottoirs de la résidence du préfet, ils sont démunis et invisibles. Pour le préfet Guyot, il y a des sujets bien plus urgents et préoccupants, l’immigration notamment. Il reprend à son compte la rhétorique insistante des droites extrêmes, il pointe du doigt le problème migratoire, et n’hésite pas à faire le lien entre délinquance et immigration.

Le préfet compte poursuivre et intensifier sa politique d’expulsion de clandestins, c’est sans doute là sa conception de la lutte contre la pauvreté !

En attendant, ce vendredi soir, le préfet reçoit dans ses salons une petite caste de privilégiés. L’ambiance est sereine, détendue, on est entre-soi ; dehors, dans la rue, les passants anonymes, et sur les trottoirs le spectacle d’une domination tranquille.

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