Les Jeux olympiques sont lancés Le chauvinisme devient pour quinze jours l’état d’esprit le mieux partagé. Le sport éclipse tout le reste. Pour Emmanuel Macron, l'événement tombe à point nommé. Pour lui, ce sont des jeux et du pain béni ! Cette parenthèse lui permet un point d’appui providentiel afin de prolonger un gouvernement pourtant démissionnaire. “Paris 2024”, sous le règne de Jupiter, valait bien une belle cérémonie d’ouverture.
Et effectivement, “Paris 2024” a vécu une soirée de fête, une soirée hors du temps, une soirée qui permet d’oublier l’essentiel.
Au moment où la vasque de la flamme olympique s’est élevée lentement dans les airs, soulevée par un dirigeable, pour clore la cérémonie en apothéose, les commentateurs étaient déjà depuis longtemps, comme le ballon portant la vasque, gonflés à bloc. Dithyrambiques, exaltés, ils n’ont pas tari d’éloges durant toute la soirée. Une espèce d’hystérie joyeuse, irraisonnée et communicative, avait envahi toute la sphère médiatique, transportée dans un espace fantasmé, bien éloigné de la réalité quotidienne de la macronie
La France était à nouveau la patrie des droits de l’homme. La France des différents tableaux prévus pour rythmer la cérémonie était fraternelle, généreuse, solidaire, riche de ses différences qui étaient mises en avant et valorisées. La garde républicaine esquissait des pas de danse dans un rythme chaloupé en compagnie de la chanteuse d’Aya Kamura. Quel beau mélange ! Quel beau symbole !
Tout ce petit monde était fier d'être français. C’était grandiose, c’était extraordinaire, c’était émouvant. Les superlatifs fusaient, généreusement distribués. Le génie français s’affichait aux yeux du monde entier.
Les sceptiques et les grincheux étaient priés de remiser leurs critiques au placard.
Mais il va quand même falloir reprendre ses esprits !
Cette cérémonie d’ouverture a offert une image factice de la France. Même saoulé jusqu'à en être abruti par tant de belles images, de paroles élogieuses et de fierté exubérante, il n’est pas possible de croire à un tel mirage.
Liberté, égalité, fraternité, etc, les valeurs de notre grande nation ont été convoquées et exaltées mais ce ne sont plus malheureusement que des clichés trompeurs destinés à nourrir un message publicitaire au service des partenaires mondiaux et premium dont LVMH occupe la pole position en terme de sponsoring. Dans ces JO, la firme est omniprésente, c’est “l’artisan de toutes les victoires” et le confectionneur des mallettes de luxe abritant les médailles complaisamment mises en scène lors de la retransmission télévisée de la cérémonie d’ouverture. Les marques de LVMH et des autres sponsors sont omniprésentes, contaminant tous les lieux de compétition et jusqu’aux athlètes eux-mêmes qui sont là aussi en tant qu’ambassadeurs de marque (Lire ici).
La France célèbre la paix olympique mais reste le 2ème exportateur mondial d’armes et continue à livrer du matériel militaire à l’Etat hébreu alors même que les crimes de guerre et contre l’humanité de Tsahal se multiplient à Gaza. Il n’est pas possible de l’oublier !
Ces JO ne sont qu’une parenthèse et la cérémonie d’ouverture fut avant tout une gigantesque opportunité pour nos multinationales.
“Le vivre ensemble” dans l’harmonie, la concorde et la diversité de ces Jeux annonce le vivre en compétition sous la domination du business et de l’argent.
Alors, oui, pour cette soirée de fête, Emmanuel Macron a voulu jeter des paillettes aux yeux du monde et des Français mais, comme le remarque avec ironie et justesse Guillaume Meurice dans un tweet, ce n’est qu’un intermède en attendant de leur lancer des grenades lacrymogènes et des flash-balls.