Le samedi 21 avril, au cours d’une course poursuite, un homme est abattu d’une balle dans le dos par un policier en Seine St Denis. Un juge d’instruction du Tribunal de Bobigny, compte tenu des éléments à sa disposition, décide, quelques jours plus tard, le mercredi 25 avril, de mettre en examen le fonctionnaire de police pour homicide volontaire ; l’homme est laissé en liberté, sous contrôle judiciaire, avec interdiction d’exercer son métier. Aussitôt, certains syndicats de police ainsi que le ministre de l’intérieur Claude Guéant critiquent cette décision de justice, la trouvant disproportionnée, et réclament « une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre ». Une nouvelle fois, la justice est accusée d’être plus sévère avec les policiers qu’avec les délinquants. Aussitôt, les syndicats de magistrats déplorent cette nouvelle polémique et réclament que les juges puissent exercer leur mission en toute indépendance et sans pression.
Sous Sarkozy, la police et la justice, ces deux institutions si essentielles au bon fonctionnement de la République ont été singulièrement malmenée s et instrumentalisées à des fins partisanes. Elles ont toutes les deux souffert de la restriction des moyens accordées, d’une orientation politique perverse et malsaine ( la fameuse « politique du chiffre »)et d’une gestion partiale de certaines affaires. Sous la pression d’injonctions paradoxales et de contraintes insurmontables, policiers et magistrats ont de plus en plus de mal à remplir correctement leurs missions de service public ; cette situation engendre mal-être et malfaisance. Plutôt que de s’en prendre aux vrais responsables, certains policiers se défaussent de leurs responsabilités et cèdent volontiers à la tentation du repli sur soi et du corporatisme.
Aujourd’hui, avec la tragédie de Noisy-le Sec, police et justice se retrouvent une nouvelle fois en opposition, une opposition qui génère de l’agacement de part et d’autre, du frottement , de l’énergie perdue et entraîne au bout du compte une dégradation supplémentaire du discrédit dont elles souffrent déjà.
Certains syndicats de police semblent relayer complaisamment le discours classique de la droite extrême ( UMP et Front National) à propos d’ une justice prétendument laxiste et particulièrement intransigeante vis-à-vis des forces de l’ordre. Autant il serait malvenu de nier les difficultés du métier de policier autant il est permis de douter d’une sévérité excessive de la justice à l’égard des représentants de l’ordre responsables de violences. Les derniers jugements dans des affaires mettant en cause des policiers ( relaxe le 3 avril dernier du policier accusé d’avoir éborgné à Nantes un étudiant avec un tir de flash-ball ) ainsi que les constatations et alertes répétées, tout au long de ces dernières années, des associations de défense des droits de l’homme comme la LDH ou Amnesty international attestent du contraire . La police ne souffre pas dans notre pays d’une trop grande rigueur de la hiérarchie ni d’un contrôle excessif et tatillon de la justice à son encontre mais plutôt d’un déficit d’encadrement et de sanctions. Ainsi peut-on lire sur le site d’Amnesty International France : « Homicides, mauvais traitements, usage excessif de la force, injures racistes, les cas de violations graves des droits humains commis, dans notre pays, par certains représentants de la force publique inquiètent depuis longtemps Amnesty International. D’autant qu’en l’absence d’enquêtes indépendantes, impartiales, efficaces et systématiques, leurs auteurs sont exposés à des sanctions sans commune mesure avec la gravité de leurs actes voire bénéficient, dans certains cas, d’une impunité de fait. »
Dans un tel contexte, ce que réclame le syndicat Alliance – et les policiers ne sont probablement pas tous alignés derrière cette position- n’est pas un droit à la présomption de légitime défense dont ils bénéficient déjà ( l’article 122-5 du Code pénal stipule que «n'est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d'elle-même ou d'autrui, sauf s'il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l'atteinte. ») mais tout simplement un permis de tuer dans l’exercice de leurs fonctions. La peine de mort qui a disparu du Code pénal depuis 1981 pourrait bientôt être de nouveau appliquée mais de façon plus sommaire et plus expéditive. L’affaire de Noisy-le Sec est un prétexte pour porter une nouvelle fois devant les médias et l’opinion publique une vieille revendication qui figure dans le programme du Front National et qui est désormais relayée par le candidat Nicolas Sarkozy, une revendication scandaleuse qui disqualifie et déshonore ceux qui osent la porter.
Notre police « républicaine » est mal en point. Elle semble s’être un peu égarée au cours des cinq années du mandat de N Sarkozy. Elle mérite probablement un rappel à la loi. Souhaitons que le futur ministre de l’intérieur la remette sur le chemin du droit et par la même occasion sur le droit chemin.