La récente polémique et le vacarme médiatique provoqués par la publication de l’étude du professeur Gilles-Eric Séralini concernant les effets délétères du maïs Monsanto NK 603 ( traité ou non au Roundup) mettent en évidence l’absence d’une autorité incontestée et indépendante dans le domaine de l’évaluation des risques sanitaires en France. Cette affaire du maïs NK 603 de Monsanto montre que la défense et la démarche « marketing » des multinationales de la chimie du vivant ( fabricants de pesticides, d’OGM, de médicaments, etc…) qui nécessiteraient une vigilance critique extrême sont malheureusement relayées complaisamment par toute une kyrielle de journalistes « pseudo-scientifiques » qui n’hésitent pas à citer des experts dont les liens avec l’industrie peuvent très facilement et très rapidement être vérifiés ( par un simple clic sur un moteur de recherche). Confronté à une avalanche d’arguments contradictoires et à des réactions souvent passionnées, Il est très difficile pour le profane de démêler le vrai du faux d’autant que certaines critiques émanant de la communauté scientifique – concernant notamment le nombre de rats, l’interprétation des données, la présence de biais statistiques- relèvent véritablement du débat d’experts et nécessitent une compétence particulière.
Néanmoins, sans être un spécialiste, le simple citoyen peut légitimement se poser un certain nombre de questions : comment justifier que les études de toxicité visant à mettre en évidence des maladies dégénératives qui ne se déclenchent qu’après une longue exposition soient menées sur des durées courtes (3 mois sur le rat de laboratoire Rattus norvegicus dont l’espérance de vie est de 3 ans en moyenne ) ? Comment justifier que les études et les dossiers toxicologiques soient pris en charge par les firmes elles-mêmes lors des demandes d’autorisation de mise sur le marché auprès des autorités d’agrément. ? Comment ne pas s’inquiéter de la diminution des crédits de recherche publique et des partenariats de plus en plus fréquents entre laboratoires universitaires et sociétés privées ? . . .
Ces questions jettent le trouble et la suspicion car, derrière ces anomalies, le citoyen perçoit confusément l’emprise progressive de multinationales comme Monsanto sur le domaine public et la promotion d’intérêts privés au détriment de l’intérêt général. Aujourd’hui, la détérioration de nos conditions de vie est le résultat d’un environnement toxique créé par les grands conglomérats industriels et financiers : les OGM sont toxiques, les pesticides sont toxiques, les emprunts sont toxiques . . .
L’époque est toxique car la société capitaliste est plus toxique que jamais : pour satisfaire son appétit de rentabilité immédiate, le capitalisme financier obère l’avenir. Le paradoxe est que bien souvent, les décideurs nous promettent toujours la récompense de nos efforts pour demain, pour un long terme qu’ils ignorent, pour un futur qu’ils compromettent de plus en plus. Remboursez vos dettes, travaillez sans compter et demain, la croissance revenue, vous pourrez enfin toucher le fruit de vos efforts . Jusqu’à une époque récente, cette promesse fonctionnait ; désormais le boniment est éculé et l’inquiétude pointe car, dans tous les domaines, les effets de la toxicité chronique du capitalisme sont perceptibles et les symptômes sociaux et environnementaux d’une maladie dégénérative qui touche l’ensemble de la planète se multiplient. Attention, nous ne sommes pas des rats de laboratoire . . .