Le permis de tuer


C'est sans doute le plus grand scandale de cette présidence catastrophique, bien au delà des affaires Cahuzac,Thévenoud, et consorts. L'irréparable a été commis, un jeune militant écologiste a trouvé la mort, et cette faute là est impardonnable.

Rémi Fraisse était un naturaliste de 21 ans, bénévole à Nature Midi-Pyrénées (association affiliée à France Nature Environnement) qui aimait la vie et tentait de faire respecter le vivant en s'opposant au projet de barrage de Sivens qui condamne à l'engloutissement la zone humide du Testet, une des dernières zones sauvages où la nature reste préservée dans le Tarn.

Il a été tué par les gendarmes, envoyés sur place, sur « zone », pour protéger le chantier mais aussi pour provoquer et harceler les manifestants lors de la manifestation du samedi 25 octobre.

Et cette mort n'est pas une « bavure » - comme le martèle, le ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve - mais bien la conséquence odieuse d'une politique délibérée, réfléchie, criminelle afin de continuer coûte que coûte les travaux de construction d'un ouvrage, d'un grand projet inutile dont la démesure et l'absurdité viennent ( enfin, mais malheureusement très tardivement) d'être mises en évidence par un nouveau rapport d'experts mandatés par Ségolène Royal ( lire ici l'article de Reporterre à ce sujet) .

Le pouvoir ne veut pas reculer sur ce dossier et la criminalisation des opposants est un élément de sa stratégie. Quand, selon les dires de Guillaume Cros, conseiller régional EELV, le directeur de cabinet du Préfet du Tarn,Yves Mathis, chargé de la sécurité, ne craignait pas d' affirmer en réunion que des opposants brandissaient des drapeaux de l'Etat islamique, nul doute que les ordres transmis aux forces de l'ordre ne devaient pas spécialement les inciter à la retenue.

 

En couvrant une nouvelle fois les exactions de la gendarmerie et le meurtre de ce militant écologiste, Valls et Cazeneuve adressent un permis de tuer en bonne et due forme à l'ensemble des forces de l'ordre . Le message est parfaitement clair : « vous serez couverts quoi qu'il arrive ».

Ce pouvoir, d'essence totalitaire, n'hésite plus à utiliser les armes de la propagande, de l'intimidation, de la falsification sans aucune retenue. Que l'on ne s'y trompe pas, d'après Manuel Valls, la violence n'était pas du côté des bulldozers, des engins de chantiers, des grenades offensives et des flash-ball, de tous ces outils de pacification, mais bien du côté des slogans, des cris et de l'attitude provoquante de manifestants haineux, traumatisant des gendarmes qui « ont fait face à une violence extrême ».

Le pouvoir  dérive vers le tout-sécuritaire pour imposer l'ordre néo-libéral et techno-scientiste du MEDEF et de la FNSEA au mépris de l'environnement et de l'humain. Il est grand temps de s'insurger pour éviter le pire. Il convient plus que jamais de bâtir une résistance coordonnée et déterminée des forces alternatives, une convergence des luttes, afin d'en finir avec une Vème République gangrenée par l'argent.

Rémi est mort et nous sommes tous menacés, méprisés, insultés par un système ordurier qui honore les criminels ( le cérémonial des obsèques de Christophe de Margerie était obscène) et tue des militants pacifistes qui tentent de faire respecter le vivant.

 

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