Jupiter, maître du temps et de l'espace

Les colonnes du Louvre pour débuter un parcours, la tonalité était donnée, le peuple était déjà bien loin. . .

L’humilité ne sied pas aux autocrates. Désormais les choses sont claires : sous l’emprise d’institutions délétères, la Vème République a opéré une dernière  mue pour donner naissance à une ploutocratie policière dont le chef jusqu’au-boutiste compromet la possibilité du vivre ensemble. Jupiter est définitivement sorti de sa chrysalide et fait donner la foudre sur tous ses opposants. L’heure n’est plus aux faux-semblants et il s’affiche de plus en plus en majesté et en autorité pour revendiquer et affirmer sa vraie nature égotique. Il n’y a pas d’alternative à la pensée jupitérienne qui ne souffre aucune contestation et encore moins la remise en cause des fondements du régime. Dans les faits, avec la multiplication des interdictions de manifester  et la répression particulièrement brutale des forces de l’ordre, le mouvement des gilets jaunes, après avoir été éloigné des ronds-points est désormais dissuadé de s’exprimer dans la rue.

Jupiter se veut le maître du temps et de l’espace.

Le maître du temps. . .

Le grand débat est-il terminé ? Officiellement oui, mais notre Président a décidé de jouer les prolongations, il continue sur sa lancée ses consultations, sans doute grisé par une forme d’auto-séduction. Dans le miroir déformé que lui présente tous les médias , il est beau et fort. Tout gonflé d’intelligence et d’importance, il est l’arbitre suprême d’une démocratie  renouvelée et vivifiée par sa capacité d’écoute, son sens du dialogue. Dans quelques mois, dans un an, dans deux ans, il tirera lui-même les enseignements du grand débat mais rien ne presse et c’est lui qui décidera du rythme et du contenu des réformes, En attendant, les “factieux” et les “séditieux” qui menacent la République se seront tus.

Le maître de l’espace. . .

Notre Président monarque doit pouvoir régner partout sans partage. Il est inattaquable, imprenable, indétrônable. On se souvient de sa bravade de fanfaron : “ Qu’ils viennent me chercher! ”.  Protégée par une armada de policiers et gendarmes, accessoirement épaulés des gardes du corps privés et spéciaux, l’Elysée est une forteresse. Le président peut sans crainte défier les foules.

Donc, à défaut de se saisir et de malmener  l’homme en chair et en os, des militants d’ANV COP21 - qui sont des non-violents - ont  entrepris, afin de stigmatiser l’action perverse du Président dans le domaine écologique, de s’en prendre au symbole et d’inscrire à leur tableau de chasse les photographies officielles  du président qui sont accrochées en bonne place dans les mairies et les lieux de pouvoir ; car, dans notre république, il n’est pas d’autorité qui puisse s’exonérer de la tutelle du chef de l’Etat. Ces portraits sur les murs sont autant de marques d’une domination sans partage sur tout le territoire national.

Libérer ces lieux de cette empreinte visuelle, pour symbolique qu’elle soit, est  un défi majeur à l’autorité suprême, une mise en accusation implicite inacceptable. Sous la macronie, c’est un sacrilège intolérable que de s’en prendre au moindre attribut de la fonction présidentielle.

Une traque mobilisant la gendarmerie et le BLAT ( le Bureau de lutte antiterroriste)   a donc été ordonnée afin de neutraliser ces dangereux décrocheurs de tableaux et de les faire comparaître en justice pour vol aggravé en réunion (lire ici).

Que des moyens de lutte anti-terroristes soient sollicités  contre des militants engagés dans des actions de désobéissance civile en dit long sur la dérive sécuritaire et quasi-ubuesque de ce régime.

Emmanuel Macron, volontiers donneur de leçons de sagesse, est-il en passe de devenir fou ? Sans réel contre-pouvoir, il perd totalement le sens de la mesure. Avec la loi « visant à prévenir les violences lors des manifestations et à sanctionner leurs auteurs » votée à l’Assemblée le 5 février dernier, les dernières bornes semblent avoir été franchies et ce régime ne connaît  plus de limite, plus de limite au mensonge(Lire ici l'article de Médiapart sur le mensonge de Macron et du procureur de Nice au sujet de Geneviève Legay), plus de limite à la manipulation, plus de limite au terrorisme d’état.

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