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Billet de blog 4 oct. 2021

Le jour d'après

Depuis le 1er octobre, Maurice s'ouvre à nouveaux aux visiteurs. Une étape nécessaire pour la reprise économique de ce pays de l'océan Indien après 18 mois de fermeture des frontières.

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La côte nord de Maurice, de Trou aux biches à Grand Gaube. © Jean-Luc Mootoosamy/ Media Expertise

Maurice, redevenue « île » depuis mars 2020, s’ouvre à nouveau totalement ce vendredi 1er octobre. Une décision dictée par l’économie locale, admise aux soins intensifs. Beaucoup mesureront leurs accomplissements des 18 derniers mois dans des conditions dures. Les Mauriciens auront d’ailleurs raison de saluer leur extraordinaire capacité d’adaptation car ils ont fait face. Mais le lourd coût de cette pandémie est encore visible dans le rétroviseur : les morts, leurs funérailles, les malades, les drames, les licenciements, la peur de l’inconnu. Et ce n’est pas fini. Cette réouverture n’est qu’une étape de plus. Il ne faut pas l’oublier.

Oui, beaucoup ont résisté et résistent encore. Rien ne s’est effondré, tout tient bon, le meilleur, comme le pire. Ce pire sans scrupule qui s’accroche même lorsque notre pays est quasi à genoux. La corruption pratiquée au niveau olympique dans l’île a fait de nouveaux médaillés, les trafiquants de drogue qui rient des menaces pour leur « casser les reins » comptent leurs millions gagnés sur les larmes de familles, les nominations partisanes – comme la mauvaise herbe – s’imposent dans des proportions hors du commun, « l’échangisme politique » vit une exceptionnelle expansion, notre compagnie d’aviation, fierté nationale, se retrouve sur la paille, la queue entre les jambes. S’ajoutent au tableau ces pyromanes toujours en roue libre sur des réseaux sociaux sans filtre qui continuent à attiser la haine, les crimes et violences quotidiennes qui se multiplient comme-ci de rien n’était.

Que nous reste-t-il après ça ? Nos yeux pour pleurer ? Un chapelet de blâmes envers des dirigeants bien ou mal élus ? Des slogans à répéter et des hommes providentiels à s’inventer ou qui s’auto-désignent ? Ce qui nous reste, c’est ce qui a fait notre force jusqu’ici, c’est-à-dire NOUS. Cette pandémie et sa gestion par l’Etat nous obligent à de la rigueur dans nos choix politiques, à prendre conscience de notre responsabilité vis-à-vis du pays et des autres, à questionner dans le respect, à alerter de manière honnête. Le faire, c’est être patriote.

La pandémie nous oblige aussi à plus de solidarité, de fraternité. Ce ne sont pas là des formules gentilles ou de l’eau tiède pour attendrir mais une urgence. Nous sommes tous liés, n’en déplaisent aux nostalgiques du tribalisme. C’est en aidant l’autre que nous nous en sortirons sur le plan individuel, que nos enfants pourront faire des projets d’avenir sans avoir à gérer un héritage porteur de nos égoïsmes, nos aveuglements, nos égarements d’adultes.

Demain se prépare dès aujourd’hui, en écoutant la science, en priorisant l’éducation, la santé, l'environnement et les effets du changement climatique. Construire demain de manière efficace, c’est tendre la main à ceux qui n’arrivent pas à suivre un rythme que le monde nous impose. Quant aux pilleurs de notre démocratie, ce n’est un secret pour personne qu’il continueront à ronger ce que notre pays a bâti, jusqu’à l’os. Il ne faudra pas l’oublier le moment venu. 

Ce matin, une longue nuit s’est achevée. Saisissons les opportunités de ce nouveau jour. Ensemble.

(Tribune libre parue dans le quodidien "l'express" du 1er octobre 2021)

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