LE 20 HEURES DE FRANCE 2, PARFOIS MIRACULEUX

Je regarde souvent le 20 heures de France 2, pour savoir ce qu’on fait avaler à mes contemporains. 70 à 80 % des français regardent France 2 ou TF1 à cette heure-là et ne s’informent pas autrement. Ils ne lisent pas de journaux, n’écoutent que des radios qui diffusent de la musique en continu et, sur Internet, se contentent de dialoguer avec leurs amis ou de faire leurs courses. 

Or, chacun constate que la rédaction de France 2, la plupart du temps, brosse le pouvoir et les libéraux de tous poils dans leur sens, dans le sens du poil, je veux dire. Les chroniqueurs économiques ou politiques viennent systématiquement sur le plateau pour expliquer la soi-disant « crise » ­— celle dont Yves Montant nous parlait déjà à la télé dans les années 1980…— avec des tableaux animés, des courbes, des flèches qui montent et qui descendent, pour nous expliquer que personne n’y peut rien. C’est consternant.

Et puis, de temps de temps, une perle : lundi dernier le 31 août, l’ineffable Pujadas, — après un sujet sur les migrants de Calais et le premier ministre qui s’était déplacé pour annoncer qu’il avait trouvé une solution définitive au problème —, annonce que la rédaction est allé à la rencontre des Calaisiens pour savoir comment ils vivaient la chose.  A la minute 9:51, pour ceux qui voudraient aller voir sur //pluzz.francetv.fr/, le journaliste Clément Le Goff demande à une brave dame de montrer à la caméra les quarante prises électriques qui se trouvent dans son garage et sur lesquelles elle recharge tous les jours les téléphones portables des Afghans, des Syriens et des Africains qui tentent de passer en Angleterre. Elle le fait, parce que, dit-elle « j’ai été appris (sic) comme ça, au partage, à l’écoute de l’autre ». Clément Le Goff provoque même un dialogue entre la dame et un voisin qui passe et qui n’est pas du tout d’accord avec elle, avouant qu’il est en train de devenir raciste. Puis il interroge une vieille dame, artisan bijoutière à la retraite, en train de distribuer des couvertures au cul d’une camionnette et qui lui dit : « quand vous voyez des gens dans le besoin, comme ça, comment vous pouvez rester devant vot’ télé à rien faire ? » Il poursuit auprès d’un autre, étudiant en archi, qui a passé ses vacances à construire des habitations pour les migrants avec des palettes de récupération. C’est lui qui achète les outils et les clous « avec les sous de ma bourse d’Etat », explique-t-il.

En 4 mn 30, le téléspectateur prend une leçon d’humanisme  et de résistance en pleine tronche.

Et le petit blogueur pourfendeur des médias-chiens-de-garde-du-système s’aperçoit que parfois, la rédaction de France 2 est capable du meilleur. Parfois. 

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