J’ai reçu il y a quelques jours une invitation à un colloque dont le nom tient en deux lignes. La première : « (re) construire les parcours de formation professionnelle »… je n’ai rien contre. Une formation professionnelle se mène tout au long de sa vie, y compris et en particulier dans la pratique quotidienne même si elle n’est pas estampillée « moment de formation ».
La deuxième ligne me pose davantage question, qui dit « …au plus près des besoins des entreprises ». Une entreprise, en soi, n’a pas besoin de formation. Ses producteurs, ouvriers ou employés, sans doute ; ses propriétaires et hauts dirigeants aussi, quoiqu’ils disent, mais la formation professionnelle ne semble pas leur être destinée…
Or, qui animait ce colloque auquel j’étais invité ? Louis Gallois, qui a participé à mettre le superbe service public de chemin de fer français dans l’état où il se trouve aujourd’hui. Et parmi les autres intervenants, des « spécialistes », mais aucun représentant syndical, ni d’association de professionnels, aucun élu dans un Comité d’Entreprise — est-ce que ça existe encore, les CE, on se le demande, même —.
Cela pose donc la question de savoir « qui » est une entreprise. Un propriétaire de machines ou de bureau, ou bien ceux qui travaillent ? Et le souci, c’est que le propriétaire, lui, n’a pas besoin de formation. Quelquefois même, il n’a plus besoin de salariés !
Évidemment, si c’est le collectif des producteurs, gestionnaires, et commerciaux qui est propriétaire, ça change tout. À plusieurs, tous compétents, on est plus intelligent que tout seul, et alors, seules déposeraient le bilan les entreprises qui fabriquent des objets inutiles ou rendent des services inadéquats. Question de formation.
L’utopie, je me rends bien compte, consiste en fait à rappeler des évidences…