Encore une fois, puisqu’il n’y a pas de lieu pour le dialogue entre les militants et les dirigeants à la France Insoumise, ceux qui ont quelque chose à dire ne peuvent que le dire publiquement, ici par exemple. C’est un choix de transparence absolue et après tout pourquoi pas ? Ce n’est pas une raison pour ne rien dire, en tous cas !
Or, Il faut, me semble-t-il, regarder les choses en face. Le 16 octobre, nous avons organisé une marche dans Paris. Des cars sont arrivés de France entière et une foule bigarrée et joyeuse a occupé tout le bitume de la Nation à Bastille. Elle disait qu’elle était prête à gouverner, à bloquer les prix, à augmenter les salaires. Résultat ? Rien ! Ce n’est pas vraiment étonnant : nous étions peut-être 140 000 à battre le pavé ce jour-là, soit 0,2 % de la population… Ça ne suffit pas à renverser un gouvernement…
Nos députés font un travail remarquable à l’Assemblée d’analyse, d’argumentation, de résistance culturelle et iels espèrent maintenant une dissolution pour refaire des Législatives en espérant qu’elles nous soient plus favorables encore qu’en juin dernier. Je ne vois malheureusement pas ce qui a bougé dans l’opinion depuis cet été. Si l’on reprend les chiffres des résultats de ces élections d’il y a tout juste 4 mois, on constate que 15 % des citoyens n’étant pas inscrits et 50 % des inscrits s’abstenant, il n’en reste que 35 % à participer au débat. Et sur ces 35 %, 11,5 % ont voté Nupes, 23,5 %, le double, pour une des droites en lice. Je ne vois ce qui pourrait avoir fait bouger les lignes 6 mois plus tard.
Ce qui m’étonne beaucoup, c’est que les dirigeants de LFI, semblent réduire la politique à une bataille électorale. Ils ont bien vu qu’au Chili un superbe mouvement populaire a permis de faire émerger une nouvelle constitution plus démocratique que celle de Pinochet mais que les Chiliens n’en veulent pas. Iels savent que notre ami Lula, avec 1,5 % d’avance sur Bolsonaro, va gouverner contre la moitié de la population.
Ils savent qu’un mouvement populaire d’ampleur capable de soutenir une politique de gauche ne se construit pas à coup de campagnes présidentielles et législatives. Ils savent que cela prend du temps de s’implanter dans les régions, de conquérir des mairies, des conseils généraux et régionaux. Ils savent que dans les bourgs ruraux, sur les marchés, les militants s’entendent dire « arrêtez de faire chier avec votre politique de merde ».
Il me semble qu’en réalité et pour résumer, un fossé vertigineux s’est creusé entre les militants de gauche et 90 % de la population. Les uns défilent régulièrement, les autres les regardent passer. Il serait peut-être urgent de commencer à envisager de combler ce fossé avant qu’il ne soit trop tard.
Quand allons-nous commencer à rendre service aux « fachés pas fachos » au lieu de nous contenter de leur balancer des slogans sur des tracts qu’ils ne lisent pas ?