Mediapart et la corruption.

La carence journalistique serait-elle une forme de corruption, c’est-à-dire le fait de se soumettre aux puissants par la pratique de normes inverses de la morale, pour en tirer avantages ?

La carence journalistique serait-elle une forme de corruption, c’est-à-dire le fait de se soumettre aux puissants par la pratique de normes inverses de la morale, pour en tirer avantages ? Aujourd’hui « les corrompus peuvent être sincères », c’est-à-dire, tout en mettant la corruption à la Une, ne pas se savoir  corrompus, attachés par les chaînes de dépendances et des compromis cachés permettant de survivre et de tenir sa place dans la hiérarchie sociale

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À l’occasion de  la parution de son livre - Corruption nous sommes tous concernés -  Antoine Peillon, salue la citoyenneté exemplaire de Mediapart, laquelle s’affichera également au Théâtre de la Ville ce 19 octobre, par le colloque - Corruption, ça suffit ! – et préparé,ce mardi, par un Dialogue en direct avec Fabrice Arfi

 

Peillon écrit : « Edwy Plenel, dont le journal en ligne, Mediapart, qu’il a cofondé en 2008, et les livres démontrent in vivo, inlassablement et sans jamais faillir, ce qu’est « un journaliste qui fait ce métier en citoyen ».

(http://blogs.mediapart.fr/blog/gabrielle-teissier-k/121014/corruption-par-antoine-peillon)

Ce « sans jamais faillir » d’Antoine Peillon me pose question. Nous sommes en effet, ici, quelques-uns à le constater, Mediapart participe, à l’insu de son plein gré,  aux  provocations de l’Union européenne cherchant à construire de toute pièce une nouvelle guerre froide. Si Poutine est effectivement un système mafieux en voie de consolidation, Mediapart se garde d’informer sur le fait  la classe « politico médiatique » occidentale, à la solde de l’OTAN et de la Chambre de commerce des États-Unis, vient d’instituer à Kiev, une mafia d’oligarques appuyés de groupes nazis dont le développement est au stade de massacres effectifs (cf. le site, courageux, de Olivier Berruyer). A nouveau, la défense de la démocratie par l’Occident et symétriquement comme hier, des valeurs traditionnelles par Poutine, masque en s’épaulant, le renforcement interne deux styles de domination, non seulement sur les peuples, mais sur les « jeunes tiges  enrichies par le pillage du bref empire  branlant construit par les méthodes du  KGB.  Le solde de l’étape actuelle de  la crise l’Ukraine montre aux oligarques des deux clans que sans les mafias d’État  instituées, Kremlin, Chambre de Commerce US, ils ne sont rien.  

Le fait que Mediapart ne partage pas cette analyse n’implique en rien que Mediapart soit corrompu par l’OTAN. Par contre, le fait que Mediapart ait construit sa notoriété sur la dénonciation de la corruption « à la Une » lance l’interrogation sur les raisons de cette carence journalistique vis-à-vis de l’Ukraine.

 

À propos des carences journalistiques, A. Peillon précise également  qu’elles ne s’expliquent pas nécessairement par de la corruption,mais par l’appartenance naturelle à la sphère du pouvoir  Ca ne veut pas forcément dire que les journalistes ou les journaux sont corrompus, mais par des intérêts, qui sont ceux d’être favorisés ou d’être bien financés par certaines puissances financières privées, voire par l’État, font que beaucoup de choses ne sont pas révélées".

http://www.seuil.com/extraits/9782021211047.pdf#page=1&zoom=auto,-173,630

De plus, Edwy Plenel semble bien moins lié aux cercles de réflexions atlantistes que ne l’est, par exemple, Christine Ockrent, ce qui renforce notre interrogation sur les limites de la citoyenneté « mediapartienne », car de fait, Mediapart est dynamiquement le plus à gauche possible, mais alors pourquoi  « cale-t-il » sur la question de l’Ukraine,  pour laquelle il ne fait absolument pas ce métier citoyen dont il s’honore. Cet engagement  à l’insu de son plein gré dans sa servitude atlantiste est grave. Pour analyser ce mouvement, il convient, je crois, de revenir aux fondamentaux de la servitude volontaire. L’acceptation d’une servitude volontaire s’explique en effet par les avantages cachés tirés d’une soumission à la forme duale inversée du système hiérarchique officiel.

Dans cette perspective, la situation de Mediapart est exemplaire, ce groupe de personnes (nous fonctionnons tous en petit groupe) perçoit la fin de la Ve république aussi,  en conséquence, prépare sa position sociale dans la future VIe, par la dénonciation des travers de ce « futur ancien régime » qu’est la Ve. Dès lors, pour que tout change et que rien ne change, ne suffit-il pas de critiquer les comportements déviants dans les groupes supérieurs appartenant à cette forme, déjà partout condamnée, de hiérarchie trop concentrée dans son 1%. Pourquoi faudrait-il pousser l’analyse des comportements d’ascensions sociales par les déviances qui , du balayeur au ministre, sont d’autant plus prégnantes et répandues que les hiérarchies durcies par la concentration du pouvoir et de l’argent.La raison de cet évitement ne nous est-elle pas est transparente? Ne convient- il pas  non seulement pour le groupe Mediapart, mais pour tout autre groupe dont nous faisons vous et moi partie, de nous positionner déjà vis-à-vis des vainqueurs de la VIe , ces futurs élus du peuple, dès lors qu'au nom du peuple, ils auront une fois de plus pris le pouvoir en capitalisant les actions des petits porteurs de rancœurs et de frustrations, ceux qui a tout niveau, désespèrent, comme l’explique La Boétie depuis plus de quatre siècles, de ne pas pouvoir un peu grimper sur la tête du voisin, juste afin de compenser, mais  des voies vulgaires, le déplaisir de s'être fait grimper dessus. Nous tous, comme l’enseignait Laborit (1 ) nous pouvons, en construisant de nouveaux espace nous permettant d'agir en commun, inventer mieux.

 

(1)Laborit Henri, Société informationnelle, idée pour l’autogestion, Éditions du Cerf, 1973.

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