TABOU! Le fléau du divorce: les avocats!

Il y a quelques années, je cherchais pour la nième fois à changer d'avocat à Luxembourg, dans une affaire de divorce particulièrement pénible.

Avant mon divorce, j'avais été défendu brillamment, toujours à Luxembourg, par un avocat contre une société d'assurances dans une affaire d'accident de voitures.

Je recontacte donc par téléphone ce brillant avocat qui se souvenait de moi. Pour la petite histoire, il était déçu d'entendre que ce qu'il m'avait fait récupérer pour l'accident de voitures avait été ponctionné par mon ex. Je lui demande s'il ne pouvait pas me renseigner un avocat fiable en matière de divorce.

Il me donne tout de suite le nom d'un avocat très renommé en tant que spécialiste du divorce à Luxembourg.

Je lui réponds que cet avocat fut le premier avocat auquel je m'étais adressé en matière de divorce. J'avais cessé son mandat, avant l'appel, parce qu'il s'était ni plus ni moins trompé de loi applicable! Il est vrai qu'il s'était excusé. Mais un notaire en France à qui j'avais raconté cette histoire m'avait dit que, s'agissant d'une faute professionnelle aussi grave, j'aurais dû attaquer cet avocat en Justice. Moi, j'avais l'impression qu'il l'avait fait expressément de se tromper de loi, qu'il avait voulu me piéger pour gonfler et prolonger ad vitam æternam l'affaire du divorce. J'avais l'impression qu'il m'avait livré en pâture à la partie adverse.

L'avocat brillant que j'ai au bout du fil m'explique alors que, à son avis, les divorces ne devraient pas être traités en Justice, qu'ils devraient plutôt être traités par un ombudsman, comme cela se passe dans certains pays nordiques, me dit-il.

Je lui réponds Je suis bien d'accord avec vous, Maître. Mais, si je peux me permettre, c'est étonnant d'entendre de tels propos de la part d'un avocat?

Il me répond, comme pour souligner sa franchise: Mais moi, je ne m'occupe jamais d'affaires de divorces!

C'est souvent un tabou, mais une réalité profonde: ce qui fait que le divorce est un fléau, c'est d'abord à cause d'avocats qui, tels des charognards, profitent de la déstabilisation et du choc émotionnel vécus par les divorcés pour augmenter le chiffre d'affaires de leur cabinet. J'entendis pour la première fois le mot "charognard" pour désigner de tels avocats alors que je parlais du stress du divorce avec un très honorable médecin en France, il y a quelques années. Il est vrai que les divorcés sont généralement peu fiers de divorcer, notamment à cause du cortège de vaisselles cassées qui accompagne les crises de divorce. Mais, un avocat immoral dans l'exercice de sa profession, c'est bien autre chose. C'est un expert qui a intérêt à jeter de l'huile sur le feu pour que le feu dure aussi longtemps que possible. Ce feu immonde c'est son gagne-pain.

Pauvres avocats qui en sont réduits à une telle misère éthique! N'est-ce pas simplement parce qu'ils sont incapables de s'attaquer à des dossiers qui impliquent des criminels simples ou des criminels en cols blancs? C'est tellement plus facile de s'attaquer à de braves gens qui divorcent... et qui ont des revenus. Les lois sont rudimentaires et les tribunaux acceptent d'écouter bavures et fiels divorçatoires prononcés avec ferveur par des avocats en mal de revenus.

Voici encore deux anecdotes sur le même thème.

En 2006, je participais à une manifestation pour dénoncer l'aliénation parentale. Entre parents meurtris, on échange nos expériences à propos des avocats dont certain-e-s sont particulièrement virulent-e-s voire pervers-e-s. Un papa, de dix ans mon aîné, me dit simplement: Vous savez: pour un avocat méchant, il y a un avocat gentil! Le cirque du divorce en Justice ne peut fonctionner que grâce à des avocats agressifs et sans réserves déontologiques, notamment quant à l'intérêt des enfants. Ces avocats expriment l'agressivité d'un parent mieux que ce parent ne peut le faire. Mais, pour le contrer, il y a un autre avocat modéré. Au final, les deux avocats ont intérêt à ce que le conflit du divorce dure le plus longtemps possible pour augmenter leur chiffre d'affaires.

Pour divorcer en toute intelligence, il faut être deux. Si l'un des deux veut faire la guerre ou simplement pourrir la vie de l'autre, il trouvera vite un avocat pour couler cette guerre en termes judiciaires. Ces avocats guerriers sont renommés. Celui qui ne veut pas la guerre sera pourtant obligé de prendre un avocat qui lui expliquera les règles de l’arène judiciaire, des règles qui ne laissent aucune place aux émotions positives. C'est une arène où les bons souvenirs sont censurés. Mon ex m'avait prévenu: J'irai trouvé tes ennemis! J'en avais bien peu, mais sans doute ces ennemis ont-ils conseillé à mon ex le choix de son avocat, une femme qu'un de mes avocats belges appelait "une furie". Mais cette furie était futée: elle avait même choisi une consœur soit-disant comme "avocat des enfants" payée par le gouvernement luxembourgeois.

Il y a une dizaine d'années, je parle avec un ami qui s'étonne que mon affaire commence à s'enliser devant les tribunaux et me dit fièrement: Tu sais, moi je me suis présenté une seule fois devant le Tribunal et sans avocat. Peu de temps après, le divorce était prononcé, fini, classé!

Moi: Et tu faisais quoi dans la vie, à cette époque?

Lui: J'étais au chômage...

Moi: Cela explique tout: tu n'intéressais personne et d'abord tu n'intéressais pas les avocats, car tu ne pouvais rien leur rapporter.

Paraphrasant Brel parlant de "mourir vs. vieillir", on pourrait chanter:

        Divorcer, cela n'est rien!
        Divorcer, la belle affaire!
        Mais payer... Oh! payer!

Payer d'abord les honoraires et les frais d'avocats qui font du divorce un business. Et, comme certains de ces avocats sont mariés à des magistrats, la Justice a tendance à être plus que tolérante quant à ce business, même lorsqu'il s'avère vulgaire voire obscène au plan moral.

Payer toujours des pensions indemnitaires obtenues par ces avocats à coups d'audiences en Justice aussi nombreuses que possible.

Ces pensions mensuelles stigmatisent la vengeance et forcent les enfants à choisir leur camp.

Moralité 1: Ce serait bien que les lois limitent et règlementent intelligemment le rôle des avocats en matière de divorce.
Par exemple, il faudrait:

- sanctionner lourdement tout débordement obscène au plan moral.

- donner un rôle officiel voire un réel pouvoir aux psychologues (plutôt qu'aux (pédo)psychiatres).

- limiter les pensions alimentaires dans le temps, strictement en fonction des besoins vitaux et éducatifs (jusqu'à la majorité pour les enfants).

- supprimer les pensions alimentaires pour les enfants qui refusent de contacter le parent débiteur respectable et dont il est permis de penser qu'ils vivent sous l'emprise d'un conflit de loyauté téléguidé par l'autre parent.

- éviter le recours aux tribunaux qui sont déjà bien assez occupés.

- obliger les candidats au mariage à suivre une formation sur le divorce (prévenir plutôt que guérir).

Moralité 2: Ne vous mariez pas! Si d'aventure l'amour s'en va, vous et vos enfants échapperez à la guerre. Vous donnerez bien moins d'emprises aux avocats pour anéantir votre vie.

[dernière mise-à-jour: 14 février 2014]

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