Proposition d'un pavillon onusien pour en finir avec les pavillons de complaisance

Je recommande ici un film d'investigation vu hier soir à la télévision belge (RTBf). Il révèle la réalité du fret maritime (shipping) dont dépend 90% de ce que nous consommons. Ces pavillons de complaisance sont un exemple de capitalisme mondial non régulé, avec même un vice sévère dans le financement de l'OMI, une branche des Nations Unies (ONU).

Il s'agit de "Cargos, la face cachée du fret", un film d'investigation de Denis Delestrac, une coproduction Polar Star Films et d'autres.

Il est possible de regarder ce film ici ou .

Il dure une heure seulement. N'hésitez pas à le regarder et surtout écoutez bien les commentaires audio: vous irez de surprise en surprise... mais pas de bonnes surprises.

Il faut remercier la RTBf d'avoir programmé ce film. Il était déjà passé sur France5. C'est un sujet qui aurait sa place dans un "Cash Investigation" sur France2.

Voici le résumé repris le sur site de la RTBf:

90% de tout ce que nous consommons vient de l'étranger et 95 % des produits expédiés à travers la planète passent par les mers ou les océans.
Le transport maritime est devenu le secteur d'activité le plus important et le plus puissant du monde, l'essence même de la mondialisation.
Mais à quel prix ? Qui en sont les acteurs ? Quels sont les enjeux économiques, sociétaux, politiques, juridiques et écologiques du fret maritime ?
CARGOS - LA FACE CACHEE DU FRET est une enquête audacieuse qui nous entraîne dans les coulisses du transport maritime pour révéler la mécanique et les dangers de cette industrie clé de notre économie, de notre environnement et de notre modèle de civilisation.

Voici quelques éléments d'informations glanés dans ce documentaire engagé, tel que je les aime.

  • C'est avant tout le coût très bas du transport maritime qui a rendu possible la mondialisation.
  • Grâce au fret maritime, une usine peut être répartie dans le monde entier. Il est fini le temps où les matières premières rentraient à un bout de l'usine et les produits finis sortaient à l'autre bout.
  • Le "Made in" indique seulement le pays où a eu lieu l'assemblage final d'un produit.
  • Les cargos sont de plus en plus gros: seulement une vingtaine d'hommes d'équipage, mais 400 mètres de long, 18 000 containers par bateau (120 km s'ils étaient alignés), qui dit mieux ?
  • Sauf exception rare, seul l’expéditeur et le destinataire savent ce qu'il y a dans un container.
  • Seulement 2% des containers qui circulent dans le monde sont contrôlés.
  • Un cargo fait naufrage tous les 3 jours en moyenne en haute mer, mais personne n'en parle.
  • Le revenu annuel du secteur du transport maritime est de 450 milliards d'euros, plus que les revenus de l'industrie aérienne, plus que le budget national de la France.
  • La société danoise MAERSK est le leader mondial de l'industrie du shipping.
  • Le norvégien John Fredriksen est un des magnats de cette industrie du shipping. Il possède la plus grande flotte de tankers au monde. Une de ses sociétés est basée aux Bermudes déplace la moitié du pétrole brut extrait de la planète.
  • Les cargos naviguent sous pavillons de complaisance aux Bahamas, aux Bermudes, en Bolivie, dans La Dominique, au Liberia, à Panama, aux Iles Marschal ou en Mogolie.
  • Les pavillons de complaisance sont possibles, parce que le haute mer n'appartient à personne. Une fois en haute mer, chaque navire passe sous la responsabilité de l’État dont il porte le drapeau.
  • Les avantages des pavillons de complaisance sont d'échapper à des lois contraignantes concernant les impôts, le droit du travail et les normes d'entretien des bateaux.
  • Pour 40%, la main d’œuvre du secteur sont des Philippins dont le gouvernement exporte la population pour renflouer les caisses du pays.
  • Marin est le 2e métier le plus dangereux au monde (le premier, c'est pêcheur). Environ 2000 marins meurent chaque année.
  • Au Liberia, l'argent tiré de la vente du pavillon a financé les armes du tiran qui massacrait ses populations.
  • Grâce aux pavillons de complaisances, les armateurs dépensent le strict minimum pour l'entretien des bateaux.
  • Le naufrage est une réalité presque quotidienne: plus de 100 naufrages de gros bâtiments par an, environ1 naufrage tous les 3 jours. C'est l'environnement qui paye la facture.
  • Les marées noires surviennent principalement en haute mer, hors de portée des caméras.
  • Chaque jour, 5000 tonnes de produits toxiques sont déversés en mer.
  • Les moteurs des navires provoquent une pollution sonore qui perturbe les nombreuses espèces sous-marines qui communiquent par le son. Ainsi, s’explique par exemple que des baleines à bosse désorientées s'échouent sur les plages.
  • Le transport maritime brule le carburant le plus sale du monde. Un moteur d'un navire peut bruler n'importe quel type de carburant, surtout du fioul résiduel (un déchet), voire même de la boue de charbon. Un gros navire émet autant de souffre que 50 millions de voiture. Les 20 plus grands navires polluent autant que toutes les voitures de la planète, sauf que ce n'est pas 20 mais 60 mille navires qui dispersent leurs poussières de souffre dans l’atmosphère.
  • Les navires ont une durée de vie de 30 ans, avant de d'échouer sur des plages cimetières en Indes ou au Bangladesh.
  • Le transport maritime est responsable à 4% du réchauffement climatique dont il profite parce que la fonte des glaces aux pôles ouvre de nouvelles voies maritimes. En l’occurrence, le réchauffement climatique est un serpent qui se mord la queue.
  • Les pavillons de complaisance sont un tour de passe-passe avalisé par l'ONU via son institution dédiée, l'Organisation Maritime Mondiale (OMI ou IMO en anglais) qui est en charge de règlementer le secteur et de prévenir la pollution des navires. Cette organisation est financée par ses États Membres. Mais la participation de chaque pays dépend de la taille de sa flotte. Le plus grand contributeur est le Panama suivi du Liberia. Les pays qui détiennent les pavillons de complaisance tiennent l'OMI par l'argent et s'assurent qu'aucune règlementation ne viendra étrangler le business des pavillons de complaisance qui est à la source des dérives du fret maritime en matière d'exploitation des gens vulnérables, de saccage de l'environnement et d'évasion fiscale.
  • Une simple étiquette permettrait de changer certains réflexes de consommation pour "mettre le cap vers un système de société plus responsable".
  • Mais il appartient aux politiques et aux institutions de se positionner avec fermeté pour réformer ce secteur du fret maritime.

En prolongement de ce film d'investigation, je propose aux politiques que la solution soit celle d'une suppression des pavillons de complaisance avec création d'un pavillon onusien règlementé par l'OMI. Ainsi, tous les navires de fret qui voyagent en haute mer seraient soumis à des règlementations instaurant des conditions de travail dignes à bord et des normes vertueuses de construction et d'entretien des bateaux.

A long terme, l'hydrogène renouvelable devrait devenir LA solution pour rendre le transport maritime non polluant et presque silencieux, notamment grâce à des moteurs électriques multiples voire aériens.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.