Julos Beaucarne: "Souviens-toi de Fukushima"

Hier, mardi 26 février 2013, j'étais au Vingtième Théâtre à Paris pour un récital de Julos Beaucarne qui fit salle comble. Depuis des décennies, il m'arrive de fredonner ou siffloter quelques-unes de ses chansons qui valsent dans ma tête.

Julos était pareil à lui-même, tantôt truculent ou espiègle, tantôt grave ou visionnaire, mais toujours émouvant et foncièrement wallon, avec aussi une bonne dose de prétention à l'auto-dérision. Poète engagé et indigné (comme aurait dit Stéphane Hessel qui nous a quitté aujourd'hui), il est encore porté par le Front de Libération des Arbres Fruitiers (www.julos.be). Hier, il chantait avec nostalgie les fraises andalouses d'avant Monsanto.

Un spectacle incontournable pour tout qui apprécie Julos et son œuvre. Lui était entouré par Patrick de Schuyter, un guitariste, mandoliniste, banjoïste exceptionnel et par Barbara d'Alcantara, une chanteuse talentueuse. De temps en temps, Barbara rappelait à Julos les paroles des chansons, quand il ne les lisait pas sur prompteur ou sur des feuilles volantes.

A 77 ans, Julos a la mémoire qui flanche et il ne s'en cache pas. Pour autant, il reste de ceux qui ne se cachent pas la tête dans le sable: il n'oublie pas Fukushima. Comme pour cultiver le paradoxe, cet obsédé textuel (ainsi se définit-il lui-même) a même le délicieux culot de nous inviter à nous en souvenir.

Coïncidence ou prémonition: l'enregistrement du dernier album de Julos, l'album qui évoque Fukushima, fut terminé à Valence dans la Drôme, là où se situe aussi la CRIIRAD, sans doute une des rares associations au monde qui soit parfaitement indépendante, scientifique et bien informée en matière de risques et de dégâts du nucléaire.

Roland Desbordes, président de la CRIIRAD, à l'occasion d'une conférence à Epône vendredi dernier, expliquait avec sagesse que la catastrophe nucléaire de Fukushima bouleverse la vie de milliers de gens. Ceux qui ont été chassés de leur maison contaminée et ceux qui continuent à vivre en zones contaminées sont désormais considérés comme des pestiférés, comme le furent les victimes d'Hiroshima et de Nagasaki que les autres japonais ne voulaient pas épouser. On peut comprendre, car sans doute connaîtrions nous le même sort, si demain Tihange, Doel, Cattenom, Chooz, Nogent, ou une autre centrale européenne jalousait la soudaine célébrité mondiale de Fukushima ou de Tchernobyl.

La situation du réacteur nucléaire détruit à Fukushima n'est toujours pas sous contrôle. Après bientôt 2 ans, ce réacteur continue à libérer au quotidien des quantités importantes de radioactivité. Personne ne semble très bien comprendre ce qui s'y passe réellement. En plus, la réalité est camouflée par une omerta industrielle et politique.

On recommande aux enfants de ne pas jouer avec le feu, mais bien des grands enfants qui gèrent la planète continuent à jouer en cachette avec les allumettes du nucléaire.

Pour servir le message de Julos, je recommande à quiconque de devenir adhérent de la CRIIRAD. Si j'ai bien compris, cette association fut créée à la suite de Tchernobyl pour relativiser les élucubrations médiatiques propulsées par des béni-oui-oui du puissant lobby nucléaire. Toutefois, cette association est aussi indépendante par rapport aux organisations militantes, comme GreenPeace. Devenir adhérent, c'est permettre à la CRIIRAD d'étendre ses activités en toute indépendance, un peu comme pour Wikipédia ou Mozilla-Firefox.

Devenir adhérent de la CRIIRAD (www.criirad.org) est sans doute pour tout un chacun une excellente manière de se souvenir de Fukushima, comme le demande Julos. C'est une façon de s'en souvenir avec une sagesse pro-active. Une autre manière est de participer à la chaîne humaine du 9 mars 2013 contre le nucléaire en France (www.chainehumaine.org). Quoiqu'il en soit du mode d'action choisi, merci Julos!

Merci pour les victimes directes de Fukushima et merci à l'infini, car le plutonium qui s'est échappé de Fukushima (pour ne parler que de lui) a une demi-vie de 24000 ans, et ce n'est que la demi-vie de ce démon éternel. Dans 24000 ans, il en restera encore la moitié. Cette moitié-là aura elle aussi une demi-vie de 24000 ans. En l'an 50011 (48000+2011), il restera encore un quart du plutonium qui s'est échappé de Fukushima depuis le 11 mars 2011. Et ainsi de suite. Tant qu'il restera au moins un millionième de gramme de ce plutonium évadé, il pourra provoquer des cancers. Une fois entré dans le corps de cet organisme vivant complexe et fragile qu'est l'homme, le plutonium va détériorer des cellules vivantes, en les bombardant sans répit à coups de rayons radioactifs. Un seul micro-gramme de plutonium inhalé ou avalé suffit pour garantir un cancer... sans parler des dégradations du matériel génétique avec des conséquences pour les descendants.

Merci de propager l'appel de Julos.

Jean-Lucien HARDY
adhérent CRIIRAD n°18493

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