Encore raté

Comment interdire Nuit Debout ? Tout au long du 1er mai parisien, le gouvernement a tenté, par le biais de ses "forces de l'ordre", de dévoyer le défilé en créant de toutes pièces la figure du "casseur". Peine perdue. Malgré l'enfumage lacrymogène, Nuit Debout reste debout.

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Le 1er mai s'achève dans les effluves de gaz lacrymogènes dispersés place de la République. Les derniers manifestants sont poussés vers la station de métro Jacques Bonsergent, où de nouveau, les lacrymos s'infiltrent. Jacques Bonsergent, premier civil exécuté par l'occupant en 1940, fusillé à 28 ans au Fort de Vincennes, doit se retourner dans sa tombe.

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Le 1er mai s'achève, et déjà on repasse le film de cette étrange journée où la "tension" a été sciemment entretenue dès le départ du défilé parisien. On repasse le film, et au moment du générique, on se dit : le gouvernement de l'état d'urgence sécuritaire a encore raté son coup !

Après avoir délibérément cherché l'affrontement entre "forces de l'ordre" et manifestants lors du défilé du 1er mai , après avoir agité toute la journée l'épouvantail du "casseur" (dès potron-minet, Manuel Valls tonitruait : «Nous répondrons avec la plus grande détermination aux casseurs»), les CRS ont copieusement arrosé de gaz lacrymogènes les places de la Nation et de la République (tout un symbole !), et la place de la République, lieu de rassemblement de Nuit Debout, a finalement été évacuée ce dimanche soir (comme elle l'avait déjà été, en guise de répétition générale, le 28 avril). Mais ils sont où, les débordements ? Même sur les images des télévisions présentes sur place, ils ont l'air bien sages, les "jeunes cagoulés" dont se repaissent les commentateurs... Bref, Nuit Debout est restée d'un calme stoïque, et d'une épatante maturité, évitant de tomber dans le piège de la provocation tendue par le gouvernement.

Après "les riverains exaspérés" et les "casseurs" qui ne cassent pas grand chose, quel nouvel argument va trouver le gouvernement pour tenter de justifier son évidente volonté de mettre fin aux rassemblements Nuit Debout ?

C'est assez pitoyable, à l'image du mauvais clown de service Jean-Christophe Cambadélis qui a osé faire un parallèle, au titre des "grandes avancées sociales", entre le Front populaire et la Loi Travail... (ne plus s'étonner de rien, maintenant que Marine Le Pen cite René Char dans ses discours...) Mais Cambadélis, il n'amuse même plus la galerie !

Manuel Valls, de son côté, doit jubiler. On connait son admiration pour Clémenceau et sa hâte de lui ressembler. Il n'est pas loin du but. A quand le premier mort de Nuit Debout ? Et pourtant... Il est au fond assez prometteur que Nuit Debout, au lieu de s'enflammer, sache tenir la durée. Ce mouvement sans leadership continue de faire tâche d'huile, et c'est une huile non toxique (un onguent, même) qui est en train de dissoudre le ciment vermoulu des fondations d'un pouvoir à l'agonie.

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