Emmanuel Macrotin,le président-plus-pour-très-longtemps

Les raisons pour lesquelles le Président de la République pourrait ne pas aller au terme de son mandat. 8 janvier 2019, 19 h. Elocution de la présidence par intérim du Cours des choses (acte 4).

Elocution de la présidence par intérim du Cours des choses, 8 janvier 2019 © LE COURS DES CHOSES

Quelque part, le 8 janvier 2019.

Chers citoyens, chères citoyennes,

Comme nous le disions lors de l’entretien aux pseudo-journalistes de la Brigade France Management (BFM) certains éléments que nous avons en notre possession nous amènent à considérer comme réaliste l’hypothèse selon laquelle Emmanuel Macrotin, comme nous l’appellerons désormais, ne pourra aller au terme de son quinquennat. Réunis en séminaire de rien et d’un peu de tout, toute la journée d’hier et une partie de la nuit, les experts prévisionnistes et spéléologues du Cours des choses ont exploré diverses voies conduisant à quelques cavités obscures.

in Pierre Perret, "Le Parler des métiers", chapitre Finances / boursiers, page 621, éditions Robert Laffont, 2002) in Pierre Perret, "Le Parler des métiers", chapitre Finances / boursiers, page 621, éditions Robert Laffont, 2002)

Leurs appareils sismographiques ont détecté cinq possibles effondrements de terrain qui pourraient reconduire le président de la République hors du palais de l’Élysée bien plutôt qu’il n’y pense.

1. La première de ces possibilités tient en un mot : infarctus. Nos experts médiccologues ont soigneusement analysé les étranges rougeurs apparues sur le cou du Président lors de son discours à la nation du 10 octobre dernier. Ces signes extérieurs de faiblesse cardiaque ne laissent aucun doute : le patient Emmanuel Macrotin manque visiblement de cœur, tout particulièrement à l’égard des plus modestes d’entre nous. Naturellement, personne ne souhaite au président de la république, chef de l’État et des armées, une fin aussi brutale….. Comment ? Non, non, on a dit : personne.

2. La seconde possibilité semblera à beaucoup farfelue. Mais nos renseignements particuliers ont réussi à déceler la résurgence de certains mouvements underground considérés comme morts et enterrés. Il n’est donc pas impensable d’imaginer que quelque commando ressuscité de quelque action directe en vienne à enlever Brigitte que je suis la première dame de France, lors de l’une de ses visites de courtoisie aux œuvres de charité, et qu’il soit exigé en contrepartie de sa libération saine et sauve la démission du chef de l’État, lequel, sans nul doute, s’exécuterait de lui-même.

Certains des représentants de la majorité présidentielle sont d’ores et déjà fort dépités

3. La troisième possibilité est plus facile à concevoir : dissolution de l’Assemblée nationale, non pas provoquée par un être suprême, fut-il à se considérer comme réincarnation de Jésus-Christ ; mais auto-dissolution d’une assemblée n’assemblant plus rien, comme un mouvement d’en marche soudain figé dans la stupeur et la tétanie. Sous couvert d’anonymat, certaines sources de première main nous ont fait savoir que certains des représentants de la majorité présidentielle sont d’ores et déjà fort dépités. Il y a fort à parier que l’actuel chef de l’État ne pourrait supporter bien longtemps le surpoids d’une cohabitation avec une nouvelle majorité issue des urnes législatives qui irait dans tous les sens, et pas seulement dans le sens de l’en marche.

Le Président de la République en Haute Cour ?

4. La quatrième possibilité, bien qu’improbable, ne doit pas être prise à la légère. Dans quelles conditions l’actuel chef de l’État pourrait-il être destitué de ses fonctions, tel que prévu à l’article 68 de la constitution ? Cet article pose que « le Président de la République ne peut être destitué qu'en cas de manquement à ses fonctions ». La procédure est assez complexe : il conviendrait en effet que le Parlement –Assemblée nationale et Sénat – amène le président de la République à répondre ainsi de ce « manquement à ses devoirs » devant un groupe de parlementaires constitué en Haute Cour. L’article précise comment cette Haute Cour peut destituer le chef de l’État, si elle estime qu'il y a bien eu « manquement [du président de la République] à ses devoirs », et si les explications qu'il fournit pour le justifier ne sont pas jugées convaincantes par une majorité de 2/3 des parlementaires qui la composent. Sans totalement l’évacuer, puisqu’au point où nous en sommes, tout peut arriver, cette hypothèse nous semble toutefois peu plausible. En effet, le Président de la République manque d’ores et déjà à tous ses devoirs de cohésion nationale et pourtant, il est encore là.

« Vaut-il mieux l'ordre avec l'injustice que le désordre avec la justice ? »

5. La cinquième possibilité (cinquième République) nous semble à ce jour et compte tenu de nos investigations, la plus sérieuse d’entre toutes. Cette hypothèse voudrait que soit tout simplement invalidée l’élection même d’Emmanuel Macrotin à la présidence de la République française. Folle pensée, direz-vous. À titre personnel, il m’est déjà arrivé de me faire qualifier de totalement fou dans les pages du Figaro, pour avoir écrit dans ce modeste petit ouvrage paru en 2003, que l’élection de Jacques Chirac en 2002 aurait dû être invalidée pour non-sincérité de ses comptes de campagne. J’avais alors narré dans le menu détail, comment le groupe Bouygues avait offert au candidat Chirac, par l’intermédiaire d’une société de services appelée TF1, tout un jeu de propagande sécuritaire dont le chef d’orchestre fut un certain Nicolas Sarkozy, fervent soutien de Jacques Chirac en 2002, après s’être mordu les doigts, pendant sept longues années, d’avoir eu le tort de s’engager auprès du mauvais cheval Édouard Balladur en 1995. Cette prestation (de service, donc) du groupe Bouygues n’a pas été facturée sur-le-champ, elle l’a été ultérieurement, grâce au plus gros du marché obtenu pour le plan de construction de nouvelles prisons, décidé par Jacques Chirac sitôt arrivé au pouvoir ; mais aussi, et plus énorme encore, par la construction du pont sur le Bosphore, à Istanbul, en échange du soutien du même Jacques Chirac à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne.

Que le conseil constitutionnel ait put avoir à se prononcer sur la sincérité des comptes de campagne d’un candidat à l’élection présidentielle n’aurait pas été chose nouvelle. Comme il a raconté bien plus tard, en 2010, Roland Dumas qui présidait en 1995 le conseil constitutionnel, indiquait que cette même année, « les comptes de campagne de Balladur et Chirac étaient manifestement irréguliers ». Les comptes d’Édouard Balladur, dont Nicolas Sarkozy avait été le fer de lance, « accusé 10 millions de francs de recettes d’origine inconnue ». Dans leur enquête intitulée « L’argent, le sang et la démocratie », Jean-Christophe Klotz et Fabrice Arfi, ont mis en lumière les liens entre un éventuel financement illicite de la campagne présidentielle et l'attentat, le 8 mai 2002 à Karachi au Pakistan, contre un bus d'employés de la Direction des constructions navales, qui fit quinze morts dont onze Français, attentat qui fut aussitôt attribué à Al-Qaida. En toute logique, le Conseil constitutionnel aurait dû alors invalider les comptes de campagne d’Edouard Balladur et de Jacques Chirac, ce qui n’aurait pas manqué de faire coup de Trafalgar dans le Landernau. Même s’il admit ultérieurement avoir servi « de caution à une telle entourloupe », Jacques Robert, juriste qui siégeait alors au Conseil constitutionnel, eut cette phrase définitive : "Valait-il mieux l'ordre avec l'injustice que le désordre avec la justice ?".

Fort de cette maxime éclairante faute d’être très éclairée, Nicolas Sarkozy, dont on connaît l’attachement aux principes de la morale, s’en est doute grandement inspiré au moment de payer les frais de bouche (non, pas ceux de l’ancien président américain, paix à son âme), mais de sa propre campagne présidentielle en 2007, dont un faisceau d’indices concordants laisse aujourd’hui penser que des fonds du puits libyen, donc occultes, donc strictement interdits, n’y aient été tout à fait « étrangers ».

Tout cela, direz-vous, n’est certes pas très ragoûtant, mais en quoi cela concerne-t-il notre petit Emmanuel Macrotin ?

Nous y voilà.

Souvenons-nous qu’en juillet 2018, alors que venait à peine d’éclater l’affaire Benalla, dont on ne pouvait alors soupçonner qu’elle deviendrait ce feuilleton à multiples rebondissements -feuilleton qui est sans doute loin d’être encore terminé, le Président de la République avait lancé, jupitérien : « Le seul responsable c’est moi, et moi seul. S’ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu’ils viennent le chercher ! »  

Eh bien, nous avons pris Emmanuel Macrotin au pied de la lettre, et nous avons décidé d’aller chercher la petite bête. Et c’est à ce moment précis, de la petite bête, qu’entre en scène Alexandre Benalla.

Pour l’heure, nous n’en dirons pas plus, et laissons le soin à François Moulin-à-vent, procurateur de la République citoyenne qui vient, où il est tout particulièrement chargé des actes terrorisants, de clore son enquête des faits et gestes, et toutes les concussions de cette histoire.

Le réquisitoire adressé par le procurateur sera édité en place publique, ici-même, ce mercredi 9 janvier 2019 à 19 h 19.

(Chant d’ouverture : La Marseillaise chantée par Lââm au Stade de France, le 14 octobre 2008, avec le chœur des Sifflets du public.)

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