Olivier Py : le détail qui tue.

Le coronavirus ? Une « grosse grippe ». Emmanuel Macron parle de « plus grave crise sanitaire » ? Du « révisionnisme », pour Olivier Py qui, à ce jour, maintient le festival d’Avignon cet été. Un pathétique déni de réalité qui cache, de surcroit, un gros mensonge. D’Ouessant à Avignon, ça navigue à vue…

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Depuis le début, on nous ment. Le coronavirus (alias Covid-19) n’existe pas. Encore une théorie complotiste ? Mais non. L’une des principales « autorités intellectuelles » de ce pays, Olivier Py, écrit sur sa page Facebook, à la date du 12 mars 2020 : « j’ai pas peur de la grosse grippe ».

Capture d’écran, page Facebook d’Olivier Py ("Olivier Py le Vrai") Capture d’écran, page Facebook d’Olivier Py ("Olivier Py le Vrai")

Olivier Py publie son post à 22 h 01. Deux heures auparavant, le président de la République a annoncé la fermeture des crèches, des établissements scolaires et des universités à compter du lundi suivant, et il en a appelé à la mobilisation du système sanitaire. Au 12 mars 2020, le bilan fait déjà état de plus de 2 800 personnes contaminées et de 61 morts. Olivier Py s’obstine à parler d’une « grosse grippe » : un épiphénomène quand le  SIDA a tué, pour sa part, « 40 millions de personnes dans le monde » (en fait un peu moins, mais on ne va pas chipoter au million près).

A ses yeux, le président de la République a commis une faute d’une extrême gravité en parlant de « la plus grave crise sanitaire qu'ait connu la France depuis un siécle », sans mentionner le SIDA. Olivier Py est visiblement hors de lui, au point de s’emporter dans un autre post, ce même 12 mars, contre Emmanuel Macron qu’il accuse de « négationnisme » : « Monsieur le président... savez-vous que le SIDA a fait 37.9 millions de morts ? Et chaque année 1 million de personnes en meurent encore chaque année. Cela a un nom : le négationnisme. Je suis en colère. ça mérite le licenciement de votre plume. »

Cela aurait pu n’être que coup de colère. Mais Olivier Py persiste et signe dans deux publications nocturnes (3 h du matin et minuit et demi), les 18 et 19 mars.

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« Je me considère comme un survivant », écrit encore Olivier Py. Nul ne saurait nier l’ampleur de la tragédie mondiale du SIDA. Toutefois, pour ce qui est de la France, le premier décès par SIDA a été enregistré en mai 1983. De 1983 à 1988 ont été déclarés 3.276 décès, puis 2.060 pour la seule année 1989. Le sommet de la pandémie est atteint en 1994, avec 4.860 décès enregistrés. Par la rapidité de sa propagation, et le risque d’engorgement qu’il engendre pour les structures hospitalières, le Covd-19 provoque donc bien une « crise sanitaire » d’une ampleur exceptionnelle.

Olivier Py s’entête pourtant dans le déni. De janvier à aujourd’hui, le mot « coronavirus » est totalement absent de son journal Facebook -d’accès public, non réservé à ses seuls amis. A aucun moment, sur son journal Facebook, il ne laisse transparaître la moindre compassion pour les victimes du coronavirus ; comme si seul ne pouvait l’affecter que ce qui le touche personnellement. Pas très conforme à « l’humanisme » transcendantal dont il se réclame.

Sur un plan plus professionnel, il semble que le festival d’Avignon, qu’il dirige, ne le préoccupe guère plus. Il y est fait mention une seule fois, dans un post du 6 mars, où Olivier Py se fâche contre un reportage de France 3 sur Avignon : « Les choix des sujets sont formatés par les médias, sécurité, saleté, circulation.... Dans une ville ou le festival fait vivre 1 personne sur 4 pas un mot sur la culture, qui est le seul vrai moteur économique. Mais on a beaucoup parlé de la dératisation.et des poubelles ...car c'est sans doute cela qui donne au peuple envie de voter ? ». Que les journaux télévisés ne parlent pas assez de culture, soit. Mais de là à proclamer que le festival d’Avignon serait « le seul vrai moteur économique » de la préfecture du Vaucluse, où il ferait vivre une personne sur quatre, on nage en plein délire !

Cette ville d’Avignon, où il dispose d’un très confortable hôtel particulier, il y séjourne pourtant, hors période festivalière, le moins possible.

En France, le confinement a été mis en œuvre à partir du mardi 17 mars, et il était prévisible que celui-ci dure plusieurs semaines. On aurait pu s’attendre à ce que le directeur du festival d’Avignon s’empresse de rejoindre l’équipe du festival pour travailler sur cette situation de crise inédite. Que nenni. Olivier Py choisit d’aller se confiner sur l’île d’Ouessant, où il possède une maison de genre. Bravache, il publie même, dans la nuit du 16 au 17 mars, plusieurs photos de son coquet intérieur, avec seul commentaire : « CONFINEMENT ».

17 mars 2020. Capture d'écran page Facebook d'Olivier Py 17 mars 2020. Capture d'écran page Facebook d'Olivier Py

A la date d’aujourd’hui, il y est encore, comme ont pu nous le confirmer quelques Ouessantins qui l’y ont croisé, que nous avons joint au téléphone. Rien de surprenant : il a prévu d’y rester un certain temps. Ce même 12 mars, il écrit : « J’ai du stock. J’ai fait les courses au 8 à 8 pour 40 jours. Je déclare Kéranchas village indépendant. » (NB : le village de Keranchas se trouve au nord de l'ile d’Ouessant, non loin du bourg de Lampaul).

Mais alors, le 8 avril dernier, lorsqu’il annonce en visioconférence la programmation de la 74ème édition du festival d’Avignon, pourquoi fait-il croire qu’il est, en direct (alors que certaines coupes indiquent clairement que la vidéo a fait l’objet d’un montage), au côté de ses équipes. Pourquoi, ce même 8 avril, à certains journalistes qui l’interviewent par téléphone et qui lui demandent où il se trouve, répond-il : « à Avignon, naturellement ». Le 31 mars, sur Telerama.fr, Fabienne Pascaud rapporte qu’il est « confiné dans son appartement d’Avignon, continuant à y travailler assidûment par Skype avec son équipe. » C’est un gros mensonge.

La preuve par l’image : si l’on regarde attentivement la vidéo de l’intervention vidéo-enregistrée du directeur du festival d’Avignon, il y a un détail qui tue : le décor. Le mur devant lequel s’exprime Olivier Py, ainsi que la vaisselle décorative qui trône derrière lui sont en tous points identiques aux photos qu’il a lui-même postées sur sa page Facebook. Pourquoi faire croire le contraire ? Pourquoi berner les journalistes qui l’interrogent ? Pourquoi mentir ? Ce n’est plus Olivier Py, mais Py-nocchio ! Serait-il si indécent de confier que le directeur du festival d’Avignon est au télétravail depuis Ouessant ?

Le déni et le mensonge.

Mais non : Olivier Py s’enfonce dans le déni et le mensonge.

Le déni : Comme déjà écrit dans l’article de blog Olivier Py, sur quelle planète vivez-vous ?, publié le 9 avril, Olivier Py se retranche derrière les « autorités sanitaires » : « Le conseil scientifique a, pour l’heure, envisagé un début de levée de confinement début mai. À cette date, cela serait encore possible, mais peut-être pas dans les conditions initiales. En revanche, si le déconfinement n’intervient pas dans la deuxième quinzaine du mois de mai, le festival pourra difficilement avoir lieu. » Mais enfin, quand bien même le confinement serait partiellement levé en mai, le virus n’aura pas disparu pour autant. Pour Le Monde  (« Quand et comment pourrons-nous ressortir de chez nous ? »), qui ne passe pas pour être un journal spécialement complotiste : « il est envisageable que les mesures de distanciation sociale soient maintenues, comme l’interdiction des grands rassemblements, la fermeture des écoles ou des bars. »

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Le directeur du festival d’Avignon a décidé de placer la 74ème édition du festival sous le signe d’Éros et Thanatos. « Est-ce bien le moment de parler d’Éros et Thanatos au théâtre quand le nombre de morts causés par le coronavirus en France a franchi le cap des 10 000 ? », demande Siegfried Forster sur le site de Radio France Internationale. Pour Olivier Py, une telle question n’a visiblement pas lieu d’être. Le coronavirus reste apparemment, pour lui, une « grosse grippe ». Cette insouciance se manifeste sur sa page Facebook. Sans le moindre commentaire sur la crise sanitaire, le directeur du festival du d’Avignon passe son temps, ces derniers jours, à publier des vidéos YouTube d’une actualité brûlante. La dernière en date : Qu’est-ce qu’on a dansé sur cette chanson, un tube de 1976 (retour, donc, sur les années d’avant SIDA), assortie de commentaires étonnants sur son auteur, François Valéry : « tellement plus sexy que les Doors ! » Ou encore : « Francois Valéry quintessence du sublime populaire, Jim Morrisson gros ringard ».

Pathétique. Et inquiétant. Le directeur du festival d’Avignon a-t-il encore toute sa tête ? Dans l’une de ses publications sur Facebook, Olivier Py indique que dans sa jolie maison d’Ouessant, il est « à 2 kilomètres de toute vie ». On peut légitimement se demander s’il n’est pas encore beaucoup plus éloigné de toute réalité. Ce qui pose un vrai problème en termes de santé publique. Mais alors, si M. Py déraille, n’y a-t-il personne, dans son entourage, pour le ramener à la raison. Concrètement, puisqu’Olivier Py est d’ores et déjà « sous tutelles » :

Que dit le conseil d’administration du festival d’Avignon, présidé par Louis Schweitzer vice-présidente Cécile Helle, maire d'Avignon) ? Silence radio.

Que dit le préfet du Vaucluse, que des citoyens avignonnais envisage de poursuivre en justice pour mise en danger de la vie d’autrui, si le festival venait à être maintenu ? Silence radio.

Que dit Franck Riester, ministre de la Culture, que le Syndicat national des metteurs en scène, mais aussi le président de la Région PACA, Renaud Muselier, pressent de prendre position et d’apporter des explications ? Silence radio.

Hélas, il ne faut même pas s’en étonner. Voici un an, en février 2019, un article de blog sur Mediapart, révélait le troublant cumul des mandats et des rémunérations auquel « sacrifie » Olivier Py. On comprend que le directeur du festival d’Avignon n’y soit guère présent (même quand il n’est pas à Ouessant) : toute l’année, il enchaîne tournées de spectacles et créations de mises en scène d’opéra. Il était écrit : « à vue de nez, en 6 mois, Olivier Py doit empocher quelque 500.000 € de cachets artistiques », qui viennent s’ajouter à son salaire de direction du festival d’Avignon. A tout le moins, Olivier Py, qui se plaint sempiternellement que le festival d’Avignon n’est pas assez riche, devrait se « mettre en congé » du festival lorsqu’il est accaparé par ses propres activités artistiques. Cet article, publié en février 2019, n’a donné lieu à aucun démenti… ni davantage (à connaissance) au moindre « rappel à l’ordre » du conseil d’administration du festival ou du ministère de la Culture. La « protection » dont jouit Olivier Py auprès de l’épouse du président de la République y est-elle pour quelque chose ?

L’heure du mensonge.

Toutefois, il y a encore bien plus grave.

Comme il a déjà été dit, Olivier Py se retranche derrière les « autorités sanitaires » pour retarder l’annonce de l’inéluctable annulation de la 74ème édition. Ce faisant, il fragilise les compagnies (du In comme du festival off) qui ne savent sur quel pied danser.

L’argument du directeur du festival d’Avignon est-il sincère et véritable ? Qu’il soit permis d’en douter.

En novembre 2016, Olivier Py a été reconduit pour un second mandat à la direction du festival d’Avignon, de 2018 à 2021. Avec quelques mois d’avance, nous sommes entrés dans la période où va se décider la succession d’Olivier Py. La succession ou… le renouvellement de son mandat. La rumeur courait depuis quelques jours. Cela m’a été confirmé hier par une source proche du ministère de la Culture. Avant d’annoncer l’annulation du festival, Olivier Py voudrait avoir confirmation de sa reconduction à sa tête pour quatre nouvelles années, jusqu’en… 2025. Et il a visiblement du mal à comprendre que, sous prétexte d’une « grosse grippe », le président de la République (de qui dépend la nomination avignonnaise) ait actuellement d’autres urgences à régler.

Pour la santé du théâtre public, et de la vie culturelle en général, il est urgent que cesse au plus vite cette pitoyable comédie du pouvoir.

Comme on dirait au théâtre : y a-t-il un médecin et un pompier dans la salle ?

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