« Au débat, citoyens », un spectacle de marionnettes immobiles.

Dans les coulisses secrètes de l’Elysée, la nuit qui a précédé la rédaction de la lettre aux Français du Résident de la République.

marionnettes-cours-des-choses-2

(Spectacle diffusé en Facebook live le dimanche 13 janvier 2019 à 19 h 19. Enregistrement vidéo à la fin du texte).

INTRODUCTION

Bienvenue au spectacle !

Bienvenue aux petits n’enfants.

Le Cours des choses  vous présente ce soir un spectacle de marionnettes immobiles, « Au débat citoyens ».

Vous pouvez fumer dans la salle, et aussi garder vos portables ouverts. C’est un court-métrage. Merci de rester jusqu’à la fin ; à la fin il y a un véritable coup de théâtre.

La production très artisanale est assurée par le Cours des choses, sans licence d’entrepreneur de pestacle.

Nonobstant le scénario de ce spectacle a été écrit grâce à la diligence des équipes logistiques du Cours des choses qui sont parvenues, pas plus tard qu’hier, à mettre sur écoute un haut- lieu du pouvoir.  Les dialogues qui vont suivre ont donc étéeffectivement tenu dans un salon des plus feutrés.

Toute ressemblance avec des personnages existants est loin d’être fortuite.

elysee-la-nuit

 La scène se déroule 55, rue du faubourg Saint-Honoré, siège du Palais de l’Elysée. Elle a lieu nuitamment, à une du matin. Faute d’avoir pu capturer le président lui-même, une capture d’écran témoigne de l’intense activité nocturne censée nous éclairer sur notre avenir.

La scène se déroule dans l’enceinte du salon des Ambassadeurs, en l’absence des ambassadeurs de bonne volonté.

Sont présents autour de la table des négociations, le Résident de la république, Sa Majesté Emmanuel Macrotin ; le chambellan-en-chef, Édouard-Louis-Philippe-Auguste ; le directeur des communications, Sylvain Fort-en-thème ; Brigitte, la première dame de France ; et Nemo, le premier chien de France.

LA PIECE

Sa Majesté Emmanuel Macrotin - je vous ai convoqués afin que vous écriviez à ma place que je n’y arrive pas la bafouille que j’ai promise aux Français en vue de leur expliquer ce que j’attends qu’ils me disent dans le cadre de ce grand débat national que nous avons décidé.

Le directeur des communications – Objection, votre honneur ! Vous avez décidé seul, cet élément du discours ne figurait pas dans la promptitude des vœux que je vous ai remis la veille.

Sa Majesté Emmanuel Macrotin -  Mais enfin, il fallait bien que je sortisse de mon chapeau de magicien un lapin qui fasse gagner un peu de temps . Et puis, sauf le respect que je veux bien vous accorder, je vous rappelle que votre place est au cabinet, je suis assez grand pour faire la chasse tout seul, d’autant que le peuple français m’a donné un mandat exécutif et exclusif.

Le Chambellan-en-chef – Votre Seigneurie, sans froisser les tôles de votre auguste personne, qu’il me soit permis de vous indiquer que vous avez déjà largement outre-dépassé le mandat que vous avez reçu, et qu’il ne reste à ce jour plus aucun crédit à votre compte.

Sa Majesté Emmanuel Macrotin (hors de lui) – Ma cagnotte, ma cagnotte ! Rendez-moi ma cagnotte !

Le directeur des communications – Votre Majesté, châtiez votre langage ! Vous avez assez gaffé et fâché comme cela. Nous avons de plus en plus de mal à assurer le service après-vente.

Sa Majesté Emmanuel Macrotin - Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait la folie des grandeurs. Et si le bas-peuple s’enivre de colère en endossant ce gilet qui a la même couleur que celle du pastis, c’est les Français n’ont pas le sens de l’effort que je mène pour les sortir de l’ornière en marche forcée. Ce débat se fera, vous dis-je. J’ai pris un engagement devant les Français, et je tiens mes engagements. Enfin, pas tous, mais celui-là, oui.

Le Chambellan-en-chef –Votre Excellence Suprême, sans annuler ce débat de première nécessité, ne serait- il pas préférable de le reporter à date ultérieure ? D’autant que depuis le départ de Madame Jouanno, nous n’avons plus personne pour le conduire.

Sa Majesté Emmanuel Macrotin, hors de lui - Ah, cette Jouanno ! Elle m’avait pourtant vivement été recommandée par le petit Nicolas. Figurez-vous que 14 000 cacahouètes brutes par mois ne lui suffisaient pas pour qu’elle acceptât de se tenir coi. Elle exigeait de surcroît d’avoir la maîtrise du débat ! Mais où va-t-on ? Proposons le poste à Mireille Mathieu ?

Le Chambellan-en-chef et le directeur des communications, sidérés – Mireille Mathieu ?

Sa Majesté Emmanuel Macrotin - Elle est consensuelle, non ?

Le Chambellan-en-chef – Sensuelle, sensuelle, cela se discute !

Le directeur des communications – Et puis, cela donnerait grain à découdre à l’opposition.

Sa Majesté Emmanuel Macrotin - D’accord, d’accord, je me range à vos arguments ! Brigitte Bardot, alors ?

Le Chambellan-en-chef, s’étranglant presque - Brigitte Bardot ? Mais enfin, elle a pris fait et cause pour les Gilets Jaunes !

Sa Majesté Emmanuel Macrotin -  Ah bon !!! Je croyais qu’elle ne défendait que les animaux ! Bon, laissons choir. Alors, disons… Simone Veil. C’est une personnalité incontestable !

Le directeur des communications – Elle est certes incontestable, mais elle se repose au Panthéon.

Sa Majesté Emmanuel Macrotin -  Et bien qu’on aille la mander.

Le Chambellan-en-chef – Votre Seigneurie, ce que tente de vous dire M. le directeur des communications, c’est que Madame Simone Veil, paix à son âme, est décédée. Vous-même l’avez fait entrer au Panthéon !

Sa Majesté Emmanuel Macrotin -  En effet, je me souviens. Le Panthéon, dites-vous ? Ce n’est pas une maison de mise à la retraite ? Bon, on ne va pas y passer la nuit… Puisqu’il est en ainsi, nommons… Brigitte !

Le Chambellan-en-chef et le directeur des communications, consternés, font un bond sur leur siège… - Brigitte ?

Sa Majesté Emmanuel Macrotin -   Elle au mois n’est pas encore à la retraite ! Et puis mes amis, tout cela n’est que théâtre, et en matière de théâtre, Brigitte en connait un rayon !

Le Chambellan-en-chef  – Votre Excellente Majesté Seigneuriale, sans vouloir offenser vos goûts en la matière, les gueux sans-le-moindre-effort de votre royaume ne risquent guère d’apprécier à sa juste valeur le magnifique dévouement de votre noble épouse.

Sa Majesté Emmanuel Macrotin  – Bon. Nous verrons cela plus tard. Concentrons-nous sur le débat lui-même. Que dois-je dire aux Français à votre humble avis ?

Le directeur des communications – Tel est le problème, votre Majesté… Quel est le sujet, au juste ?

Sa Majesté Emmanuel Macrotin  – Et bien, justement, voilà quel pourrait être le sujet du débat !

Le Chambellan-en-chef et le directeur des communications, sceptiques - ???

Sa Majesté Emmanuel Macrotin  – Il faudrait faire durer ce débat le plus longtemps possible, disons dans un premier temps jusqu’au 15 juillet. Après, c’est les vacances. Il y aura le Tour de France.

Le Chambellan-en-chef  – Vous allez faire un tour de France, votre Excellence ?

Brigitte – Tu ne me l’avais pas dit, Chou, je pensais qu’on irait aux Bermudes ?

Sa Majesté Emmanuel Macrotin  –  Mais non, pas moi ! Le Tour de France, les rois de la pédale, je veux dire…

Tous – Ah…

Sa Majesté Emmanuel Macrotin  –  Les Français passeront à autre chose. Pour l’heure, on a du mal à les tenir en laisse. On va faire mieux, on va les tenir en haleine. Alors voilà ce qu’on va faire. (S’adressant au directeur des communications) : Notez greffier ! On va faire un très très grand débat national qui va durer jusqu’à la fin de mon quinquennat, en plusieurs séquences. Du 15 janvier au 15 juillet on pose la question : ce débat a-t-il lieu d’être ?

Le Chambellan-en-chef  – Pardon d’interrompre votre Seigneurie. Mais si la réponse est négative ?

Sa Majesté Emmanuel Macrotin  – on n’en tient pas compte comme du reste. Donc ensuite du 15 juillet au 15 décembre on pose la seconde question : de quoi ce débat devait-il débattre on ne peut pas imaginer plus ouvert comme question. Pendant les fêtes, on fait relâche. Toute l’année 2020, on passe à la question suivante : comment ce débat devrait-il être organisé ? En 2021, promis, on termine le débat avec cette question : êtes-vous satisfait du débat ? En 2022, on se laisse 6 mois pour tirer les conclusions et les marrons du feu, jusqu’à la prochaine élection présidentielle. Et là on se tire avec le pognon de dingue.

Le directeur des communications –  C’est tout à fait à lècher, Votre Majesté. Mais n’y a-t-il pas un risque ? Faut-il vraiment lancer une nouvelle série alors que nous avons déjà sur les bras le feuilleton Benalla et que les Français commencent à s’impatienter ? Un feuilleton, ça va ; deux, bonjour les dégâts !

Sa Majesté Emmanuel Macrotin  – Scribe de bas étage, vous avez bien fait de me remettre votre démission ! Vous ne comprenez donc rien à rien. C’est moi qui tire toutes les ficelles !

Le Chambellan-en-chef  – les Français vont crier à la manipulation !!!

Sa Majesté Emmanuel Macrotin  – Et alors, les gens adorent les marionnettes ! De toute façon c’est moi qui décide et si vous n’êtes pas d’accord,  j’appelle Castaner !

La fin du spectacle reste à ce jour incertaine. Deux dramaturgies sont possibles :

1 – On entend au loin le bruit d’un tractopelle qui enfonce la porte du Palais de l’Elysée. Emmanuel Macrotin, Brigitte et Nemo s’enfuient par une porte qu’ils dérobent et on ne les revoit plus jamais.

  1. Arrive à l’improviste la Présidence par intérim du Cours des choses : « Salut les gars, on dirait que vous avez un problème avec le sujet qui est sur la table ? »

Le directeur des communications –  Oui, en effet. Vous avez une idée ?

La présidence par intérim du Cours des choses - Oui, il me semble que vous patinez parce que vous n’y voyez pas clair. Le problème, ce n’est pas le sujet, c’est la table !

D’un geste brusque, la présidence par intérim du Cours des choses renverse la table ! Tout est englouti…

FIN.

 

Le Cours des choses © LE COURS DES CHOSES

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.