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Billet de blog 16 févr. 2013

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Israel Galvàn, danser Le Réel

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Israel Galvàn : « Peu à peu mon corps a été transformé par la danse elle-même. […] Tout cela a été comme une maladie. Cette façon de danser qui est mienne, c’est comme un poison qui te marque pour  toujours. Danser le réel  c est comme danser l’impossible. C’est terrible de danser si volontiers quelque chose d’aussi douloureux, mais c’est ainsi. Moi, je remarque la mort plus proche de mon corps ; les forces qui vont me manquer un jour, je les dépense. » Du manque, il y en aura toujours en excès. Avec sa dernière création, Le Réel, dans le corps du « danseur des solitudes » (1), il y a tout un peuple qui manque. Peuple tzigane, que le nazisme avait entrepris de faire disparaître dans les camps de la mort. Israel Galvàn danse cette extermination. Ou plutôt : depuis cette extermination. Premier geste du spectacle : le salut nazi, il fallait oser. Que le danseur va retourner, comme un gant. Le spectacle dure 2 heures. Quelle peut en être la « dramaturgie » ? Elle est faite de matériaux désossés, mis à nu, comme ce vieux piano démembré dont les cordes, étirées, strient l’espace. Pour en arriver là, il a fallu du temps. Et, en dernière ligne, six mois de travail commun avec Pedro G. Romero, son dramaturge « directeur artistique » (et par ailleurs poète et plasticien, performeur, commissaire d’expositions, improvisateur d’intensités) pour digérer dans la chorégraphie des bribes aussi diverses que l’Ursnoate de Kurt Schwitters, un poème de Paul Celan (« La mort est un maître venu d’Allemagne »), un extrait de film de Tony Gatlif, des objets, des cantos, etc. Tout cela, pour autant, ne fait pas encore une dramaturgie. Laquelle est, in fine, musicale, ligne disparate (du flamenco-flamenco au free-tout ce qu’on voudra) qui tient tout le reste. Jusqu’à un certain point. Au Teatro Real à Madrid, en décembre, l’espace était trop grand, le public majoritairement hostile. Israel Galvàn a fait le service minimum : il a dansé. Au Théâtre de la Ville à Paris, le 12 février, c’était le même spectacle et ce n’était plus le même spectacle. Israel Galvàn s’est arraché. Au début, il a porté le spectacle, puis le spectacle (tous ceux qui y prennent part, public compris) l’a porté. Et là, il a été dansé par des forces plus grandes que lui. Et cette grâce-là, ce duende, aucune dramaturgie ne peut le prévoir.

Jean-Marc Adolphe (extrait article à paraître Mouvement n° 69, mars-avril 2013)

(1) - Georges Didi-Huberman, Le Danseur des solitudes, éditions de Minuit, 2006.

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