En meeting à Versailles, Macron poursuit sa campagne électorale.

Jupiter adore le théâtre, et aucun rôle ne l’arrête. Un jour, il joue à Saint-Louis sous son chêne, face au menu fretin des élus de la ruralité venant exposer leurs griefs. Le lendemain, il se prend pour Louis XIV, et dresse à Versailles table d’hôtes pour s’y délecter du gratin du CAC 40.

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Emmanuel Macrotin se rapproche d’à-la-lanterne. Epuisé d’avoir labouré, à Grand-Bourgtheroulde et Souillac, les terres du bas-peuple des élus locaux, Jupiter-qui-se-prend-pour-le-Roi-Soleil (cf. La Fontaine, la grenouille et le bœuf) se requinque en invitant à Versailles, ce lundi 21 janvier, ses chers amis du CAC 40, ceux-là même qui ont généreusement financé sa marche vers l’Elysée : il fut dit à tort que c’étaient des dons : c’était un investissement sur leur bonne fortune (un invité de marque manquera toutefois au raout : Carlos Ghosn, retenu au pays du Soleil Levant pour cause d’étoile déclinante).

Alors que les inégalités ne cessent de se creuser, qu’un seul et petit pour cent des 98 milliards d’euros de  fortune d’un Jeff Bezos équivaudrait au budget santé d’un pays comme l’Ethiopie, tout ce beau monde est donc joyeusement convié à chooser la France ! Pour mémoire, « Choose France » est le nom d’une vaste campagne de communication mondiale, concoctée par les brillants cerveaux de l’Elysée en lien avec l’agence France Management. Son coût estimé (par les Economistes vraiment atterrés) est de 5 milliards d’euros (en gros, ce qu’avait rapporté l’Impôt sur la fortune en 2015). Mais l’ex-banquier de chez Rothschild, futur Prix Nobel d’économie pour avoir inventé la théorie du ruissellement inversé) a tout de même prévu quelques recettes pour venir compenser ces folles dépenses. C’est ainsi que, toujours à l’enseigne « Choose France » et pour « promouvoir l’attractivité de la France », les étudiants extra-européens qui s’inscriront à la rentrée 2019 dans un cycle supérieur de formation en France devront acquitter des frais d’inscription différenciés de 2 770€ en licence et 3 770€ en master et doctorat (pensée émue, au passage pour une jaune amie palestinienne, S., étudiante en français à l’Université de Gaza, qui venait d’obtenir après de longs mois de conquête, la promesse de visa liée à son inscription dans une université parisienne. Elle n’aura évidemment pas les moyens de payer une telle inscription : Emmanuel Macrotin la condamne donc à ne pas trop rêver et à rester en son pays assiégé, à simplement espérer qu’elle pourra continuer à survivre en passant entre les bombes…. C’est un exemple parmi d’autres).

Emmanuel Macrotin reprend là, en paraphrasant un fameux slogan de l’ex-Front national : « La France, tu as les moyens de l’aimer, sinon tu la quittes avant même de pouvoir y arriver ».

Ironie de l’histoire. Ce lundi 21 janvier, où Jupiter reçoit sous les ors du château de Versailles le gratin de la finance et de l’industrie, est date-anniversaire de la décapitation de Louis XVI par les révolutionnaires. Au menu : 150 archimillionnaires qui ruinent la planète ! On aurait presque envie de faire tomber d’un seul couperet plusieurs têtes ! Boris Vian avec nous ? Faisons-leur la java…

Boris Vian, "La Java des bombes atomiques" © zalapatax

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