Des témoignages accablants pour le Centre national de danse contemporaine d’Angers

Quand la parole se libère enfin… D’ex-étudiants du C.N.D.C. d’Angers portent de graves accusations contre la direction pédagogique et administrative de leur Ecole supérieure. Un fiasco qui était hélas prévisible !

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Le 24 avril 2012, sur le site internet de Mouvement, j’avais révélé comme M. Laurent Van Kote, alors délégué à la danse au ministère de la Culture, s’était autorisé la liberté de de s’affranchir de la tutelle de son ministre (alors Frédéric Mitterrand), lors du renouvellement de direction du Centre National de Danse Contemporaine d’Angers (C.N.D.C.). Le ministère de la Culture souhaitait en effet que soit renouvelé le mandat d’Emmanuelle Huynh, mais son délégué, se prenant pour le vizir à la place vizir, avait manigancé avec la Ville d’Angers pour imposer la nomination de Robert Swinston (ex-danseur de la compagnie de Merce Cunningham), candidature que M. Van Kote avait lui-même suscitée et montée de toutes pièces avec la collaboration de Madame Claire Rousier, qui fut ensuite propulsée directrice ajointe qui CNDC et de son Ecole supérieure.

Robert Swinston, directeur du CNDC d’Angers, avec sa co-directrice Claire Rousier, en octobre 2017 à Angers Robert Swinston, directeur du CNDC d’Angers, avec sa co-directrice Claire Rousier, en octobre 2017 à Angers

Cette information n’avait alors provoqué d’autre remous qu’une vague promesse de « cassage de (ma) gueule » par un journaliste ami de M. Van Kote (M. Philippe Verrièle pour ne pas le citer). Certains imaginèrent même que j’avais inventé toute cette histoire, qui fut pourtant ultérieurement confirmée par Frédéric Mitterrand dans son livre « Récréations ». L’ex-ministre de la Culture notait, à la date du 25 avril 2012 (le lendemain de la mise en ligne de l’article publié sur mouvement.net :   « Tentative pour maintenir Emmanuelle Huynh au Centre de la danse contemporaine d'Angers. Je découvre un véritable complot pour l'évincer derrière mon dos entre le délégué à la danse du ministère et la mairie d'Angers. Ce pourrait être un acte de la comédie de la fourberie ordinaire, mais c'est surtout une vraie saloperie. Convoqué, le délégué se tord comme un ver de terre : « C'est pas moi, c'est pas moi. »

« Complot » : le mot est fort. M. Van Kote fut pourtant maintenu à son poste. Et, en toute impunité, il allait à nouveau intriguer, quelques mois plus tard, pour obtenir la liquidation de la Cinémathèque de la Danse (association-loi 1901), sommée de laisser absorber ses activités par le Centre national de la danse. Pour faire céder Patrick Bensard, fondateur et directeur de la Cinémathèque de la danse, il fut menacé de poursuites pénales pour malversations. Patrick Bensard, héritier de l’âge d’or de Langlois et de Jean Rouch, avait peut-être pris quelques libertés avec les normes dorénavant appliquées à la gestion des associations, mais la Cinémathèque de la danse était sa passion, et il n’a certes pas abusé de fonds publics pour quelque enrichissement personnel que ce fut. Aujourd’hui, on peut mesurer l’ampleur du désastre : la Cinémathèque de la danse, qui avait su constituer une imposante collection de films rares, qui organisait des projections extrêmement suivies et éditait de passionnantes publications, a été totalement démantelée depuis qu’elle a été absorbée par le « pôle ressources » du Centre national de la danse. De guerre lasse, Nicolas Villodre, le dernier des mousquetaires qui formait la joyeuse équipe de la Cinémathèque de la danse, a préféré prendre une retraite anticipée et démissionner du Centre national de la danse, lassé des brimades qu’il y subissait (il fut ainsi convoqué par Mathilde Monnier, actuelle directrice du CND, pour s’expliquer sur un « crime » de la plus haute importance : sur Facebook, il avait « liké » une de mes publications sur la directrice du CND !!!). Englué dans ses logiques bureaucratiques, le CND a été incapable de continuer à exploiter le « trésor » légué par la Cinémathèque de la danse : un formidable gâchis.

Quant à M. Van Kote, il fallut de nouvelles révélations à son encontre (à nouveau sur le site internet de Mouvement, le 27 novembre  2013)  pour qu’enfin, en janvier 2014, soit nommé un nouveau délégué à la danse. Coupable d’avoir commis de telles révélations, je suis depuis lors définitivement « grillé » pour tout poste, fonction ou mission sur lesquels le ministère de la Culture aurait son mot à dire. Raison pour laquelle, en outre, le ministère de la Culture n’a pas levé le petit doigt pour sauver la liquidation judiciaire, en juin 2014, la SARL éditrice de « Mouvement » (et les 5 emplois permanents qui lui étaient attachés). « Celui qui dit la vérité, il doit être exécuté » (Guy Béart). Depuis juillet 2014, je me suis traîné de chômage en RSA, désormais persona non grata pour la quasi-totalité des « milieux culturels », comme de la presse culturelle. Quant à M. Van Kote, dans n’importe quelle entreprise privée, il eut été licencié sur le champ pour faute grave ; mais il est toujours en poste au ministère de la Culture : « International advisor in performing arts policy chez Ministère de la Culture et de la Communication », comme le dit son profil Linkedin : en clair, confortablement payé à ne rien faire… Sur internet, on trouve vaguement trace d’un débat auquel il aurait participé à Taïpeï, en mars 2016. Et c’est tout. Il a cessé d’alimenter sa page Facebook en supprimant, en janvier 2017, toutes publications postérieures à son changement d’affectation au ministère de la Culture. Seul demeure cet avertissement : « Je ne donne ni à facebook ni à aucune entité associée permission d'utiliser mes photos, informations, messages ou publications, tant au passé que dans l'avenir. Avec cette déclaration, je donne avis à Facebook qu'il est strictement interdit de divulguer, copier, distribuer ou prendre toute autre action contre moi sur la base de ce profil et / ou de son contenu. Le contenu de ce profil est confidentiel et confidentiel. La violation de la vie privée peut être punie par la loi », etc. Mais on ne sait peut-être pas tout. Dans un entretien accordé à la télévision malaisienne, en mai 2016, il prétend avoir voyagé dans une quarantaine de pays pour expliquer la politique culturelle française et donner des conseils en la matière. Un VRP de luxe, en quelque sorte… au discours totalement lénifiant.

Laurent Van Kote French History and the Arts © ARTERI TV Malaysia

De graves accusations, une alerte lancée en janvier 2018... et restée lettre morte.

Passons, et revenons au CNDC d’Angers. Il était prévisible que la nomination de Robert Swinston n’allait guère révolutionner ce qui reste l’un des trois seuls établissements supérieurs d’enseignement de la danse contemporaine en France ! Au regard d’une école comme P.A.R.T.S, qu’a fondé à Bruxelles Anne Teresa De Keersmaeker, l’enseignement de la danse au CNDC d’Angers semble digne d’une lointaine province d’un autre siècle. On s’en doutait en toit cas, de loin. Confirmation en est aujourd’hui apportée par d’anciens étudiants du CNDC (de 2014-2018) dans un document publié par le collectif La Permanence. « L’environnement dans lequel nous devions étudier et évoluer comme artiste n’a pas été à la hauteur d’une école normale supérieure. »

Les accusations qu’ils portent sont graves : « domination, attachement violent au pouvoir », « discrimination » et « jugements relatifs à l’apparence physique ou à l’origine des étudiant.e.s », emploi du temps bardé de « semaines de 47 h », « absence de référent administratif », auxquels s’ajoute « une dépression de la part des employé.e.s de l’administration du C.N.D.C. » Plus grave encore : ces étudiants affirment avoir tiré la sonnette d’alarme, dès janvier 2018, sur le malaise régnant et « ses conséquences sur l’état physique, mental et émotionnel de chaque personne au sein de l’institution, lié à la mauvaise gestion de la direction du CNDC. »

Il est impensable d’imaginer que ni le conseil d’administration du C.N.D.C  (présidé par Jean-Claude Van Dam, ex-directeur des affaires culturelles de la Région Centre), ni les autorités de tutelle, à commencer par la Ville d’Angers et le ministère de la Culture, n’aient été informés d’une telle situation délétère. Or, depuis plus d’un an, rien ne semble avoir été » fait pour recadrer la direction du C.N.D.C, ou la remplacer. Mais naturellement, personne ne sera inquiété. On ne va quand même pas se scandaliser pour quelques malheureux danseurs en formation… Comme pourrait dire Macron, « ils n’avaient qu’à choisir un autre métier . »

 

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