Jean-Marc ADOLPHE
Journaliste, ex-directeur revue Mouvement
Abonné·e de Mediapart

156 Billets

0 Édition

Billet de blog 27 févr. 2013

Jean-Marc ADOLPHE
Journaliste, ex-directeur revue Mouvement
Abonné·e de Mediapart

A Bordeaux, une rafle anti Roms

Un régime d’apartheid s’installe en France. Comme si la ségrégation dont sont victimes les Roms (voir à Ris-Orangis) ne suffisait pas, voici venir le temps des rafles. Manuel Valls, pire que Guéant ?

Jean-Marc ADOLPHE
Journaliste, ex-directeur revue Mouvement
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Un régime d’apartheid s’installe en France. Comme si la ségrégation dont sont victimes les Roms (voir à Ris-Orangis) ne suffisait pas, voici venir le temps des rafles. Manuel Valls, pire que Guéant ?

Nous parlions, ici-même, d’un « régime d’apartheid » qui se met en place en France à l’égard (si on peut dire) des populations Roms. Ce matin du mardi 26 février à Bordeaux, c’est une véritable rafle policière qui a été conduite rue des Etrangers (tiens donc !), dans le quartier Bacalan, et avenue Thiers, pour déloger de manière simultanée, deux squats habités par des Roms.

Deuxième expulsion en quelques mois : le long de l’avenue Thiers à Bordeaux, sur d’anciennes friches industrielles de la SNCF, des roms bulgares et des familles bulgares s’étaient progressivement regroupés pour former au plus fort une communauté d’environ 300 personnes, provenant pour la majorité d’une région située au sud-est de Sofia, autour des villes de Peshtera, Plovdiv ou encore Pazardzhik, qu’ils ont décidé de fuir pour chercher de meilleures conditions dans une Europe soi-disant plus sociale et plus humaine que la leur. L’histoire allait toutefois en décider autrement. Le jeudi 1er septembre 2012, vers 6h30 du matin, invoquant des problèmes de sécurité (minoritaires) et d’insalubrité, la Communauté Urbaine de Bordeaux, propriétaire des terrains, et la préfecture ont décidé de détruire l’ensemble de ce squat, sans proposer une solution de repli aux familles qui n’ont pas eu de surcroît la possibilité d’emmener la totalité de leurs affaires. Alors que certaines d’entre elles ont décidé de retourner dans leur pays, « à l’insu de leur plein gré », d’autres sont restées sur le site et ont été autorisées, quelques jours plus tard, à bâtir des cabanes avec le bois fourni spécialement par la mairie de Bordeaux. A quelques dizaines de mètres du théâtre des opérations, un nouvel objet allait ainsi curieusement voir le jour, mi-village, mi-squat, un territoire non-défini qui est resté le point de départ de cette aventure solidaire, un projet global et engagé.

C’est là qu’est né l’Orchestre CHAKARAKA : au commencement, ils étaient trois musiciens roms, Misho 1er accordéoniste, son fils Dimitar alias Mitko au darbuka, et Alex surnommé Paparancho, également à l’accordéon. Gagnant quelques sous sur les marchés et dans les rues piétonnes de Bordeaux depuis plusieurs mois, ces roms, connus des habitants de la ville, vivent dans le squat de l’avenue Thiers à Bordeaux. Les rejoint Cemal, musicien kurde ayant passé son enfance dans les quartiers roms d’Istanbul, qui se propose d’accompagner la petite troupe au darbuka. L’histoire allait naître de cette rencontre.

D’autres musiciens du squat sont sollicités pour compléter l’orchestre. Quelques semaines plus tard, c’est Lazar dit Memet, violoniste virtuose, rencontré également dans la rue, qui rejoint le groupe pour enrichir les mélodies de ses rythmes enivrants.

A l’automne 2011, Evento (évènement majeur de la saison culturelle bordelaise), non sans une curieuse ironie du sort, l’orchestre rom aux Douves, ancien marché couvert des Capucins.

Les musiciens de l’Orchestre Chakaraka, qui doivent se produire le 22 mars à l’Auditorium de Bordeaux, vivent dans le bidonville qui a été l’objet de la rafle du 26 février. C’est toute une population qui est à nouveau visée. Selon un témoin présent sur place : « la police a foncé dans le tas sans tenir compte des démarches en cours portées par les médiateurs de la ville de Bordeaux. »

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte