Quelques munitions pour la guerre. (Dernières nouvelles de la peste).

Pas un nouvel article, juste une petite glanerie parmi quelques pépites trouvées ici ou là. Et même les Sioux s’y mettent !

31-mars-masques-10
Tout d’abord, https://lundi.am/L-economie-ou-la-vie, à prendre ou à laisser.

[extraits] : « Certes, on crève partout de détresse respiratoire, mais il ne faudrait pas que l’économie manque d’oxygène. Pour elle, il ne manquera jamais de respirateurs artificiels. Les banques centrales y pourvoient. Les gouvernants sont comme cette vieille bourgeoise qui, alors qu’un visiteur agonise dans son salon, a des sueurs froides pour les taches sur son plancher. » (…)  Une chose est d’attirer la prospérité, une autre de gérer l’économie. Une chose est de faire des rituels, une autre de gouverner la vie des gens. Combien le pouvoir est de nature purement liturgique, voilà ce que prouve suffisamment la profonde inutilité, voire l’activité essentiellement contre-productive, des gouvernants actuels, qui ne parviennent à voir la situation que comme une occasion inouïe d’étendre démesurément leur prérogatives, et de s’assurer que personne ne vienne leur prendre leur misérable siège. À voir les calamités qui s’abattent sur nous, il faut vraiment que les chefs de la religion économique soient les derniers des nullards en matière de rites propitiatoires, et que cette religion ne soit en fait qu’une infernale damnation. Nous voici donc à la croisée des chemins : soit nous sauvons l’économie, soit nous nous sauvons nous-mêmes ; soit nous sortons de l’économie, soit nous nous laissons enrôler dans la « grande armée de l’ombre » des sacrifiés d’avance. »

 Une pétition en ligne appelle à un « Corona-reset ». Pétition qui émane d’un groupe de citoyens issu de la société civile et de la sphère culturelle, de citoyens actifs dans une volonté de changer ce monde pour que ce saut de paradigme tant espéré voie le jour, pour qu’après cette crise sanitaire mondiale, on ne nous resserve pas la même soupe, devenue imbuvable.
[extraits] : « Croyez-vous vraiment que nous vivrons comme avant, le jour d’après ? Croyez-vous vraiment que nous accepterons encore d’être ces serviles citoyens suiveurs d’un monde où l’on nous a vendu une croissance soi-disant infinie comme modèle de société, avec le capitalisme financier comme adjudant, la consommation et les plaisirs immédiats comme corollaires ? » (…) « Nous sommes convaincus qu’il faudra associer les citoyens et les acteurs de la société civile à ce changement, et ce, d’une manière inédite. Qu’il faudra imaginer avec eux, avec nous, les moyens d’en faire les réelles parties prenantes d’un processus large et dont l’ouverture se justifie par le caractère exceptionnel du moment. La démocratie, elle aussi, devra se réinventer. »

 D’autant que, pour limiter les pandémies, les humains doivent décoloniser le monde. « La destruction des écosystèmes est une des causes de la pandémie de Covid-19. Sans changement radical de notre rapport à la planète, d’autres drames sanitaires sont à prévoir. Mais, dans la perspective de la catastrophe économique à venir, les décideurs sauront-ils prendre conscience de ce qu’il se passe en écoutant et respectant les citoyens ? ». A lire, article de Lorène Lavocat sur Reporterre.

Et toujours sur Reporterre, précieux site-ressource créé par Hervé Kempf, « La métropolisation du monde est une cause de la pandémie », passionnant entretien avec le géographe Guillaume Faburel, auteur des Métropoles barbares  ; sans oublier l’hommage rendu au philosophe Michel Tibon-Cornillot, emporté par le Covid-19. Michel Tibon-Cornillot a notamment développé le concept de « déferlement des techniques », ou, comme il précisait de « déferlement des systèmes techniques contemporains » : selon lui, les systèmes techniques ont acquis une puissance et une efficacité telles « qu’ils ne sont plus régulables. Ils se mettent à frapper les écosystèmes ou les systèmes sociaux avec une telle force qu’ils les font exploser ».

 A lire, encore, sur le site de Marianne, un entretien avec Romain Dureau, agroéconomiste et cofondateur du laboratoire d'idées Urgence transformation agricole et alimentaire (UTAA). L'occasion d'évoquer la remise en cause de notre modèle agricole, la durée des denrées, le manque de pérennité des emplois saisonniers, la prison du libre-échange et l'importance de ne plus mettre le local au placard. Et d'ouvrir la voie à un autre champ : celui des possibles.

Enfin, sur Mediapart, un texte co-signé par Véronique Vodinh et Luc Gwiazdinski, « Le grand renversement. Construire une démocratie sociale et écologique. »

[extraits] : « Des changements impensables il y a encore deux semaines semblent déjà à l’œuvre. Tout le monde en appelle désormais à l’Etat pour faire face à la crise. La « dé-mondialisation » - au sens de la mondialisation ultralibérale -, s’impose comme une alternative crédible et apparaît déjà centrale dans quelques domaines (agriculture, santé…). (…) Mais le véritable changement est un renversement et il est ailleurs. (…) Avant que les comptables, les financiers et les sceptiques ne reviennent à la charge, avant que le choc ne renforce les inégalités, avant qu’un pouvoir fort n’impose ses règles contre la volonté démocratique de la base, nous avons le devoir de poser quelques principes pour demain : une économie au service de la vie de tous les citoyens ; une maîtrise de nos productions et de nos services essentiels au service de la cohésion sociale ; un contrôle démocratique par la base ; la technologie au service de ce dialogue en archipels ; la modestie et la frugalité pour le buen vivir et le respect de la planète. Enfin et surtout, il faut que les gens méprisés avant la crise soient à l'avant-garde de ce projet partagé. »

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J’allais oublier : en ces temps où l’actualité est vampirisée par le coronavirus, certaines (très bonnes) nouvelles passent quasi inaperçues. L’excellent site lareleveetlapeste nous emmène au Dakota, où les Sioux de Standing Rock, qui luttent depuis 4 ans contre un projet de pipeline géant, viennent de remporter une première « victoire juridique [qui] fera jurisprudence aux États-Unis et peut-être ailleurs dans le monde. Car le combat que les autochtones mène est non seulement une cause pour la protection de l’environnement, mais aussi un rapport de pouvoir sur leur propre légitimité à être entendus comme des citoyens à part entière. »

D’autres pépites ? Oui, mais pour demain.

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