Noam Chomsky: face à un régime de parti unique, le parti des affaires

« Les républicains savent très bien qu'ils sont un parti minoritaire. Trump a d'ailleurs fait remarquer il n'y a pas longtemps que s'il y avait des élections équitables, les républicains ne gagneraient jamais un poste politique. Le pays, au fond, a été depuis longtemps un État à parti unique, le parti des affaires. Deux factions. Elles ont changé au fil du temps. »

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Entretien avec Amy Goodman. -Democracy Now !

Noam Chomsky, dissident politique, linguiste et auteur de renommée mondiale, professeur lauréat au département de linguistique de l'université d'Arizona et professeur émérite au Massachusetts Institute of Technology, où il a enseigné pendant plus de 50 ans. 

AMY GOODMAN : Vous parlez de ceux qui sont au pouvoir, Noam Chomsky, qui en profitent énormément maintenant. Goldman Sachs a annoncé des bénéfices de plus de 2,4 milliards de dollars pour le deuxième trimestre. Une nouvelle étude réalisée par Americans for Tax Fairness a révélé que les milliardaires américains ont ajouté 584 milliards de dollars à leur patrimoine personnel depuis mars. C'est un montant plus important que les déficits budgétaires de 23 États américains. Ils réalisent ces profits en pleine pandémie, d'une part, alors que vous avez besoin de plans de relance pour aider ceux qui sont écrasés, qui vont bientôt être expulsés, alors que nous parlons d'une situation économique, avec des chômeurs à un niveau que nous n'avons pas vu depuis la Grande Dépression. Comment les gens s'en sortent-ils ? Que doit-il se passer maintenant dans ce pays, Noam ?

NOAM CHOMSKY : Ce que vous décrivez, c'est que le pays est en quelque sorte une parodie de la façon dont il fonctionne habituellement. C'est un pays dirigé essentiellement par le secteur des entreprises, qui a une influence écrasante sur le gouvernement, ce qui est en quelque sorte symbolisé par l'homme le plus riche du monde, Jeff Bezos, qui a gagné 13 milliards de dollars en un seul jour. Ils se déchaînent, utilisant Trump et l'administration ou utilisant la couverture de la pandémie pour accroître leur dévouement à l'enrichissement des très riches et du secteur des entreprises.

J'ai mentionné l'industrie militaire. C'est un autre exemple. Vous pourriez le considérer comme un ultime effort pour tenter d'imposer la règle maximale de l'extrême richesse et du pouvoir des entreprises, parallèlement à la campagne de Mitch McConnell-Trump visant à remplir le système judiciaire de haut en bas avec de jeunes avocats de la Société fédéraliste d'ultra-droite qui seront capables de s'assurer que, quoi que veuille le public, rien d'autre que leurs politiques ultra-réactionnaires ne pourra jamais être mis en œuvre pendant au moins une génération.

Ils courent à tout va pour essayer de maintenir ce qu'ils ont réussi à faire passer en grande partie à travers la période néolibérale, les 40 dernières années, une énorme concentration de richesses, une concentration du pouvoir politique, au point même qu'il y a une augmentation de la mortalité ces dernières années parmi les personnes en âge de travailler, les hommes et les femmes blancs en âge de travailler, surtout des hommes, quelques femmes. Rien de tel ne se produit dans les sociétés développées qui fonctionnent.

Les républicains savent très bien qu'ils sont un parti minoritaire. Trump a d'ailleurs fait remarquer il n'y a pas longtemps que s'il y avait des élections équitables, les républicains ne gagneraient jamais un poste politique. Le pays, au fond, a été depuis longtemps un État à parti unique, le parti des affaires. Deux factions. Elles ont changé au fil du temps.

Au cours des dernières décennies, à peu près depuis Gingrich, et surtout depuis McConnell, les républicains ont tout simplement quitté le spectre politique. Si vous regardez les classements internationaux, ils côtoient les partis européens d'origine néofasciste. Les analystes politiques, des analystes politiques sérieux, les décrivent comme une insurrection radicale qui a abandonné la politique parlementaire. Nous avons parlé il y a quelques jours avec Greg Palast, dont le travail très intéressant a montré à quel point ils essaient désespérément de purger les listes électorales pour empêcher les mauvaises personnes de voter afin de pouvoir s'accrocher d'une manière ou d'une autre.

Tout cela se passe en parallèle avec ce que vous décrivez, l'enrichissement massif des super-riches et du secteur des entreprises sous le couvert de la pandémie. Tous les deux jours, une décision exécutive pour écraser le public et enrichir les riches, comme la réduction des normes de pollution, ce qui, bien sûr, est formidable pour les entreprises du charbon…De même, la pollution en plein milieu d'une pandémie respiratoire, maximise les décès.

Et la pollution est sélective. Elle frappe surtout les gens qui vivent à proximité des usines polluantes. Qui sont ces personnes ? Les personnes qui ne peuvent pas se permettre de vivre ailleurs. Vous ne voyez pas les cadres de Goldman Sachs qui vivent là. Ce que vous voyez, ce sont des pauvres, des noirs, des hispaniques, des Portoricains. Ce sont eux qui en feront les frais. Ils souffrent déjà beaucoup plus de la pandémie. Cela ne fera qu'aggraver la situation.

C'est un peu comme ce que vous voyez au Brésil où Bolsonaro est très heureux de voir - les populations indigènes de la région amazonienne confrontées à un génocide littéral, d'abord par la destruction de la forêt, maintenant par la pandémie. Beaucoup d'entre eux vivent à des centaines de kilomètres de la station la plus proche. Les bûcherons illégaux viennent et propagent la pandémie. Ils meurent. Pensez-vous que Bolsonaro s'en soucie ? Il pense qu'ils doivent être éliminés. C'est ce qu'il a dit. "Nous n'avons pas besoin de ces gens, alors débarrassons-nous d’eux."

Débarrassons-nous donc des personnes qui vivent à proximité des industries polluantes. Qui a besoin d'eux ? De toute façon, ils votent dans le mauvais sens. Ils n'ont pas la bonne couleur.

C'est quelque chose qui se passe dans le monde sous l'égide des États-Unis, qui est littéralement sans précédent dans l'histoire moderne, à la seule exception, là encore, des véritables États fascistes dans la société développée. Il n'y a pas d'autres mots pour le décrire.

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En complément, articles sur les Etats-Unis postés pendant les dernières 24 heures dans ma revue de presse bi-quotidienne:

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