Montebourg : à contre-courant

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Ni un club de supporters, ni un nouveau courant, ni un parti de poche, mais, à l'inverse de la politique prête à consommer, un contre-courant qui intègre l'éducationn politique comme levier du changement démocratique.

Depuis la Saône-et-Loire, le département qui l'a élu, Arnaud Montebourg vient d'annoncer qu'il comptait péreniser son mouvement politique (lien vers le journal de Saône-et-Loire). Des idées et des rêves va devenir une organisation politique autonome, à la fois à l'intérieur et à l'extérieur du PS. Fonctionnant en think tank, laboratoire d'idées nouvelles popularisées pendant la campagne des primaires, le mouvement créé par Montebourg veut utiliser la base territoriale de Saône-et Loire pour s'ériger centre de formation, prendre même la structure d'une université populaire itinérante, et être accessible sous forme de media numérique. Irriguer l'epace public politique des idées regroupées sous l'appelation de Nouvelle France.

Ce n'est pas d'un courant nouveau au sein du PS qu'il s'agit, pas non plus d'un club de lobbying comme le sont la plupart des clubs au service des présidentiables de gauche comme de droite, mais plutôt d'un mouvement à contre-courant qui, par la primauté pédagogique de son organisation, recycle l'énergie déployée par les volontaires pendant les primaires pour continuer à faire et vivre et grandir les thèmes qui ont rencontré un succès déouant tous les pronostics.

Comme Arnaud Montebourg l'écrivait aux déçus de son alignement personnel en faveur de François Hollande (lien vers le blog d'Arnaud montebourg), il ne s'agit pas de saboter la victoire socialiste indispensable et encore incertaine de 2012. Au contraire, il s'agit de la rendre inéluctable par la prise en compte des idées novatrices et mobilisatrices qu'il a portées au coeur de la campagne. Il s'agit d'empêcher que la droite et la droite extrême, souvent si proches en temps électoraux, ne viennent piller et dévoyer les solutions proposées par la gauche du PS mais aussi par des militants associatifs, syndicaux et de simples citoyens de gauche conscients et volontaires, confiants dans la démarche de Montebourg.

C'est d'une Nouvelle France qu'il est question, une régération de la vie politique par la force des idées. Des Idées et des rêves veut porter la transformation, peser sur le débat, comme Montebourg l'a fait lui même en demandant aux candidats à la Primaire de s'engager sur ses idées, de les porter, au moins en parte, et de permettre leur mise en place. Savoir ce qui restera de cet élan dans une France de compromis, celle de François Hollande, n'est pas la bonne question (lien : mouvement d'humeur). La mauvaise réponse, c'est qu'il n'en restera rien dans une France repartie pour un second mandat de Sarkozy.

Le pragmatisme de son intégration au système PS pose des questions, surtout lorsque l'on observe la convergence des idées de Montebourg avec celles portées par Mélenchon. Quand l'un annonce, sur Mediapart, être ravi d'affronter le "grand bol d'eau tiède" qu'est Hollande, l'autre lui garantit son soutien. Les deux stratégies s'opposent, alors que les objectifs convergent (lien sur Montebourg/Mélenchon). Au-delà de l'estime que l'on peut avoir pour les deux hommes, chaque électeur doit se demander quelle stratégie est la plus succeptible de l'emporter, de quelle manière une partie minimale des idées a une chance d'être appliquée.

Il me semble que le regroupement des forces de gauche non-sectaires, à la gauche du PS, par le Front de Gauche est une bonne chose. Il est également positif qu'Arnaud Montebourg aie réussi l'affrimation nette d'une puissante aile gauche mobilisable autour du PS. L'éventuelle fusion de ces deux mouvements dans la création d'un parti de gauche, comme Die Linke en Allemagne, reste une option. Il est toutefois très peu probable que cela apparaisse comme assez réfléchi, à quelques mois des élections, pour renverser l'hégémonie socialiste et que cela permette une implantation suffisante pour les Législatives.

Par contre, une alliance globale, avec assez de circonscriptions à la gauche du PS pour constituer une minorité de blocage pourrait permettre de garantir le pays contre une dérive trop économiquement libérale, sous une présidence Hollande. La stratégie de Montebourg trouve tout son sens dans cette optique. Un jusqu'au-boutisme de Mélenchon mettrait par contre toute la gauche en péril, surtout si François Hollande se décide à faire des propositions claires en faveur d'une union de la gauche, d'un Front Populaire que le président du PG appelle lui-même de ses voeux.

La situation de crise est exceptionnelle. Les périls internes (montée du FN, scandales à répétition) et externes (crise mondiale) ne sont pas pires que ceux des années trente. Le choix du volontarisme, fait en 1936, peut être reproduit en 2012. La bataille est d'abord celle des idées, et c'est sur ce terrain que se positionne d'abord le contre-courant que Montebourg appelle de ses voeux.

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