Dévaluer l'Euro, le Yen et le Dollar

Et en même temps. De manière concertée.

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La dette japonaise, dès avant le tsunami, dépassait les 200% du PIB de l'Etat nippon, ce qui commençait à constituer, pour les analystes, un handicap difficile à remonter. La catastrophe du raz-de-marée conjointe à la catastrophe nucléaire n'a certainement pas aidé les finances publiques du pays du soleil levant. Un allègement de la dette serait donc le bienvenu par la dévaluation : cela permettrait de plus de combattre cette tendance à l'épargne systématique et angoissée qui freine toute consommation au Japon où les ménages ont le vice de la prévoyance et la peur de l'avenir. Ce défaut de fonctionnement directement lié aux mentalités de la population japonaise constitue un frein au développement en empêchant les entreprises de pouvoir vraiment s'adosser au marché intérieur et les condamne donc toujours à ne dépendre que des exportations pour leur développement. C'est de l'anti-Keynes permanent.

47675840Japan%20Graph%20F.gifSource OCDE (lien)

La dette américaine atteint des records et les laborieuses négociations entre Démocrates et Républicains, arbitrées par l'absurde des Tea party, ne sont que de provisoires échappatoires pour repousser l'heure où l'Etat sera déclaré insolvable (lien). Alléger la dette permettrait nettoyer les cuves d'actifs toxiques en minorant leur importance, de recrédibiliser les marchés victimes de la bulle spéculative, en particulier celui de l'immobilier, en permettant au réel, bâti, de reprendre du terrain au financier, la dette. Obama devrait proposer cette solution pour sortir de l'impasse constitutionnelle grâce à la voix des urnes.

1480197_3_85a1_le-compteur-de-la-dette-nationale-americaine.jpgLe monde.fr (lien)

Dans la zone Euro : il n'est pas nécessaire de rappeller la situation de la Grèce ni même les dangers encourrus par la Portugal, l'Espagne et l'Irlande. Les coûteux plans de soutien ne font que répartir la dette entre les Etats et l'étaler, ils ne la remboursent en rien et augmentent même la part des intérêts (sinon les banques n'auraient pas donné leur accord). L'Europe vit au-dessus de ses moyens, et la France en particulier, notre président le répète pour justifier sa politique sociale, il faut qu'elle en tire les leçons (lien). Dévaluer, c'est accepter que ceux qui ont beaucoup d'argent en aient moins pour que la production retrouve de la compétitivité, que les entreprises embauchent. Le prix à payer est bien sûr celui des importations. Mais comme les pays de la zone Euro ont tous la même monnaie... cela ne fera que donner une priorité supplémentaire au commerce communautaire. Ce serait aussi un moyen de s'assurer de la fin de la contagion de la crise économique et de la spéculation sur les dettes souverainnes. Un grand coup de bambou sur les banques qui dictent aujourd'hui leurs lois de créances aux Etats avec la certitude que l'arme monnétaire est devenue impossible à utiliser en Europe.

Pour les anglais ensuite. Ils ont amorti la crise économique en faisant dégringoler la livre, pourtant réputée inébranlable. Ils ont déjà dévalué, de fait, pour éviter que les banques britanniques n'explosent. Ils sont allés jusqu'à nationaliser les premières victimes du choc. Libre à eux de revenir à cette politique et de maintenir la parité actuelle avec l'Euro... ou pas, et ainsi retrouver l'attractivité dont bénéficiait Londres avant la crise avec ses hauts salaires et son niveau de vie incomparable en Europe (allant de pair avec une précarité sociale également incomparable).

Pour le reste du monde enfin, la baisse des principales monnaies permettrait une hausse relative du niveau de vie. Par une hausse des prix des produits qu'ils exportent et une baisse du prix de leurs importation,s ils pourraient consommer plus de produits technologiques venus des grandes puissances. L'élevation des capacités de production dans les pays émergeants trouverait enfin un pendant dans l'élevation des capacités de consommation. La discrimination monnétaire, qui n'a plus de fondement autre que l'usage, serait remise en cause. Il s'agit pour la Chine, l'Inde, le Brésil, le Mexique, l'Afrique du Sud de devenir de véritables puissances économiques en rapport avec leur travail et leur population.

Dévaluer les grandes monnaies, c'est accepter que le monde a changé. Il a changé. Le G20 en est l'émanation, le G8 n'est plus qu'une survivance. A quoi cela sert-il, aujourdd'hui de parler de l'économie mondiale sans la Chine? Accepter de dévaluer les monnaies, c'est accepter de partager la planète, contribuer à réduire la consommation énergétique, favoriser le développement, re-dynamiser l'économie occidentale et japonnaise qui ne vit plus qu'adossée à des coffre-forts vides, hérités du passé, et criblés de dettes. Il ne s'agit pas de le faire contre les autres mais en concertation. Accepter de partager les fruits à parts plus égales pour pouvoir partager à nouveau le travail.

Dans l'attente de la fin des monnaies nationales.

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