L'URGENCE DE L'APRES

Face au danger toujours présent de cette crise, aux conséquences humaines, environnementales et financières : quelles leçons d’urgence retenir et quelles mesures prendre dès maintenant ?

Un tel événement est évitable. Il est aujourd'hui et plus que jamais, vital de changer radicalement de logiciel et de mode de fonctionnement tant économique, qu’écologique et social. 


Agir sur les causes, plutôt que sur les conséquences.

Pour le Covid, comme pour beaucoup d’autres épidémies virales, plus de ¾ des décès peuvent être évités en agissant principalement sur deux causes :

• D’après l’OMS et l’ARS plus de 70% des personnes décédées du Corona présentaient des facteurs de comorbidité. Et la majorité des patients en réanimation (59%) souffrent d’hypertension, de diabète et de surpoids (obésité). La 1ère mesure porte donc sur notre système de prévention sanitaire, mais aussi de santé alimentaire. Valoriser une alimentation issue d’une agriculture bio, saine, limiter la commercialisation de produits nuisibles pour l’organisme, cesser les lobbies industriels et combattre « la malbouffe, grasse, sucrée, salée». L’éducation à la santé constitue l’un des 1ers actes de l’écologie.

• 1,5 milliards de masques ont été détruits en 2012 et de nouvelles commandes massives n'ont été passées que le 28 mars 2020. Le choix, de privilégier le volet purement financier d’un marché, a désormais prouvé la gravité et le coût de telles initiatives. Laisser à un pays étranger, la Chine, l’exclusivité de la fabrication de tout le matériel sanitaire et fermer les entreprises nationales, ont amené à une pénurie en pleine pandémie. La 2ème urgence porte donc sur le mode de gouvernance économique. La santé des citoyens, leur bien-être, leurs conditions de travail et la protection de leur environnement devraient être les seuls critères qui motivent la décision des élus.

Les solutions existent, nous pouvons d’ores et déjà nous y atteler :

• Mettre en œuvre une économie agricole circulaire, liée à la sécurité alimentaire grâce à des modes de production et d’élevages protégés (espaces de potagers-urbains, obligation pour les collectivités et les établissements scolaires de s’approvisionner chez les producteurs, plutôt que dans des centrales d’achat intermédiaires qui démultiplient les coûts …)
• Stopper les destructions massives : en France, 10 millions de tonnes de nourriture sont jetées par an (317 kg par seconde), dont des animaux aussi, sacrifiés inutilement, des fruits et légumes récoltés pour être détruits. Avec 15 millions de tonnes annuels, la France est également le 1er producteur de déchets plastiques sur les 22 pays du pourtour méditerranéen et seulement 22% sont recyclés (source WWF).
• Créer une industrie verte et rationnalisée : anticiper les risques et interdire toute forme de fabrication nocive (conversion des moteurs, bio-carburants de 3ème génération moins coûteux et plus écologiques, colorants, additifs…). Et trouver les moyens immédiats de continuer à réduire les taux de pollution enregistrés durant le confinement pour limiter le danger imminent des gaz à effet de serre.
• Aider et soutenir, sur des mesures à long terme, les PME, artisans, professions libérales, dont les activités sont liées aux soins, à la protection, au recyclage, à la recherche… Revaloriser ces métiers, au-delà d’une prime annuelle ou d’aides exceptionnelles. Renforcer nos équipements sanitaires et pérenniser les initiatives collectives d'entraide qui se sont créées pendant cette crise.
• Favoriser la transversalité, la communication et les échanges : la lourdeur d’une administration pyramidale et le manque d’écoute pénalisent le système démocratique.
L’avis du Conseil scientifique, qui préconise « de protéger les 18 millions de personnes fragiles à partir du 11 mai », n’a de nouveau pas été pris en compte, malgré les risques encourus.


Cette crise n’est pas une fatalité, mais de la responsabilité de chacun. Nous aurions pu sauver des vies et minimiser son impact en agissant différemment. Nous aurions pu éviter un confinement massif prolongé, qui a généré une baisse de 6% de notre économie et 110 milliards de budget. Il est encore temps de changer, « de prévenir », avant que n’advienne l’irréparable.                                         JM. Governatori.

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