Noémie comprend bien que quelques riches, par coquetterie, puissent défendre des idées de gauche. L’oncle Gaétan, qui est snob, laisse traîner négligemment l’Humanité sur la plage arrière de sa Testa Rossa et profère son admiration pour les idées de Mélenchon au Polo de Bagatelle. Il dit, je profite de la vie, et en plus, s’il y a la révolution, on ne sait jamais, je sauverai ma tête !
Mais pour Noémie, que des millions de pauvres puissent voter à droite, dépasse son entendement ! Quoi ! On les paie en dessous du Smic ou on les met au chômage pour faire grimper le cours des actions et ils votent quand même à droite !
Pourtant, elle devrait comprendre. Car elle a aussi son oncle Maurice qui vit dans un taudis près du périphérique, qui travaille dur et se déplaçe entre des petits boulots sur sa mobylette pourrie, qui lui dit, tu vois Amélie, les pauvres, les riches, c’est l’ordre naturel des choses, il avait raison, ce Monsieur Sarkozy, si on est là où on est, c’est qu’on le mérite ! Et puis il faut bien se mettre dans la tête qu’on n’y peut rien, c’est la crise !
De temps en temps, l’oncle Maurice joue au loto ou au tiercé ou à des jeux de grattage et supporte le PSG. Chez lui, le soir, la télé est allumée en permanence, toujours sur TF1. Il donne en exemple Zahia et Nabilla, tu ne sais pas ta chance, Noémie, de vivre dans un monde qui permet à des jeunes comme ça de se faire une place au soleil !
Noémie a aussi l'oncle Picsou, l'ultra-libéral, pour qui Minc est un dangereux gauchiste.
Entre tous ses tontons, Noémie est désespérée. Il lui semble porter, elle si petite, toute la colère du Monde.