Les heures supplémentaires, ça mettait du beurre dans les épinards ! On en voulait toujours et toujours plus, parce que nos heures normales, elles étaient mal payées…
Et puis on voulait travailler la nuit parce que de jour c’était pas bien payé non plus et puis aussi le dimanche parce que les autres jours de la semaine on gagnait pas grand chose… Et puis le patron, il était content, les actionnaires nous soutenaient, les économistes dans les médias, François Lenglet à la télé, ils étaient tous avec nous! Contre les syndicats ! Ils disaient qu’on était des gars bien, qu’on vivait avec notre temps, que comme ça, tous ensemble, on vaincrait la crise.
Alors on a travaillé le jour, la nuit, la semaine, le dimanche, avec plein d’heures supplémentaires partout.
Et puis un jour, le patron, les actionnaires, les journalistes économiques dans les médias, François Lenglet à la télé, ils nous ont dit que nos nuits c’étaient comme nos jours, le dimanche comme le lundi, les heures supplémentaires comme des heures normales… Qu’on devait tout faire au même prix, et le plus bas, compétitivité oblige ! Que c’était toujours la crise, qu’on était des privilégiés, que tous nos petits avantages acquis c’était fini, qu’il fallait vivre avec son temps…Et que si on était pas contents, on pouvait toujours partir...Qu’il y avait des tas de chômeurs qui frappaient à la porte de l’entreprise et qu’eux seraient bien contents de prendre notre place à n’importe quel prix (il n’y avait plus d’indemnités de chômage).
On est resté. Il fallait bien. Notre maison, notre voiture, notre télé, notre santé (il n’y avait plus de sécurité sociale), l’école de nos enfants (il n’y avait plus d’école publique) : tout était à crédit.