Macron et 50 nuances de jaune...

Amédée  s’est réveillé samedi dernier au JT de 20 h d’un long sommeil de 18 mois, il avait laissé Emmanuel Macron triomphant remontant les Champs-Elysées sur un command car blindé de l’armée et sous les vivats de la foule. Il voit maintenant des images terrifiantes...

l’Arc de Triomphe saccagé, la préfecture du Puy en Velay incendiée et partout des pancartes brandies, des slogans scandés « Macron démission! ». 

Sidéré, affolé, Amédée se tourne vers moi, pince-moi, dis-moi que je ne rêve pas, comment Macron en est arrivé là?

J'explique à Amédée que Macron s’est voulu le champion, comme beaucoup d’autres dirigeants dans le monde,  d’un vieux modèle économique.   Un modèle efficace pour créer des richesses,  mais incapable de les répartir. En France, il n'a fait que prolonger,  mais de manière plus  assumée, la politique libérale et de moins en moins sociale de ses prédécesseurs.

C'est quoi cette politique? me demande Amédée.

Une politique où on  met au centre de tout le « marché » et qui considère un pays comme une entreprise. Il faut faire du profit.  Concurrence donc, productivité, compétitivité… La casse humaine est terrible, les inégalités s’accroissent, les injustices sont flagrantes, les frustrations s’accumulent, les rancoeurs s'agrègent… Tout cela fait le jeu des populistes  et menace la paix civile. 

Mais pourtant les gens avaient voté pour lui!  

 Pas tous, Amédée! Pas tous! Sans doute, Emmanuel Macron s’est-il vu  mieux élu qu’il ne l’était réellement. Il a oublié très vite que son succès tenait beaucoup du miracle et devait plus  aux révélations du Canard enchainé, aux confidences bavardes de François Hollande et à l’incompétence de Marine le Pen qu’à son propre talent! Et que beaucoup de ceux qui avaient voté pour lui au second tour l’avaient fait par défaut, sans partager  son programme économique... D’où le terrible malentendu! 

Et alors? 

Tout cela aurait dû le rendre  humble et le pousser à rassembler le peuple  plutôt qu'à le diviser. Or, Macron a fait tout le contraire... Il a accumulé les  petites phrases blessantes et les petits propos clivants, comme on jette de l'huile sur le feu! Il a affiché un mépris de premier  de la classe. A chacune de ses interventions publiques, il semblait dire au peuple,  je suis trop intelligent pour vous! 

Mais pourquoi il s'est comporté comme ça?

Le succès  lui est certainement monté à la tête...Et puis, Amédée, un jeune homme  qui a tout  réussi peut-il vraiment comprendre ceux qui ont échoué?

Et alors?

 Il y a eu un effet boomerang: se réclamant d’un Nouveau Monde politique qui s’affranchit des règles habituelles  de la gouvernance, il s’est trouvé avec les gilets jaunes un Nouveau Peuple qui s’affranchit des règles habituelles de la manifestation,  un peuple adepte comme lui du dégagisme, du « en même temps » et de l’indétermination  politique Droite/Gauche. Macron ne voulait plus d’intermédiaires qui fassent écran entre le peuple et lui,  les gilets jaunes n’en veulent pas non plus! Résultat: au lieu de quelques partis politiques ou syndicats  structurés avec qui négocier, il a en face de lui une palette infinie de nuances de jaune!

Et Maintenant?

Amédée, on est mal! Aux dernières nouvelles, certains pensent même appeler à la rescousse, pour remettre de l’ordre, le général Pierre Le Jolis de Villiers de Saintignon…   Amédée, te rendors pas, ça craint pour la Démocratie! 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.