Combien gagne le Président ? et le Ministre ? et le Député ? Les réponses sont toujours les mêmes, trop, beaucoup trop ! Ils touchent trop de fric, et, en plus, ils prennent des vacances ! Trop loin ! Trop longtemps !
Par temps de crise l'homme politique n'a pas le droit d'être heureux.
Pour beaucoup, l'homme politique devrait s’occuper 24 heures sur 24, et gratis, des affaires de la République. S’il est efficace, tant mieux ! S’il ne l’est pas tant pis ! Ce n’est pas le problème ! Ce que les gens veulent, avant tout, c’est que les hommes (ou femmes) politiques en bavent ! Comme eux !
En fait, curieusement, les mêmes qui demandent à leur médecin de bien les soigner et à leur boulanger de faire du bon pain ne demandent pas vraiment à l'homme politique de gérer efficacement les affaires du pays - comme s’il était acquis depuis longtemps que c’était là mission impossible - mais de les représenter, d’être comme eux. Des inondations en France ? Vite, l'homme politique doit chausser des bottes et mettre les pieds dans l’eau ! Des Français au boulot à 4 heures du matin ? L'homme politique y sera aussi à 4 heures, blouse blanche en nylon camouflant le costume, calot ridicule sur la tête ! La France a froid, la France a chaud, la France souffre ? L'homme politique doit avoir froid, chaud et souffrir avec elle. C’est un peu comme si nous exigions du médecin qu’il prenne notre grippe! Transfert psychanalytique ?
Dictature de l’émotion oblige, la fonction politique devient de plus en plus compassionnelle. L'homme politique n’est plus là pour s’occuper des affaires du pays mais pour porter sur lui, en lui, la misère des gens. On le verra donc courir devant les caméras tous les faits-divers et catastrophes du pays pour dire qu'il compatit.
On peut cependant se poser la question : ne serait-il pas davantage à sa place, dans le calme de son bureau, à étudier avec ses conseillers l’opportunité des mesures à prendre et la faisabilité des lois (voire leur constitutionnalité…) ?
Bientôt, si nous continuons dans ce sens, l'homme politique ne sera plus élu que pour sa capacité à incarner l’émotion populaire, à jouer en continu une sorte de télé-réalité-politique-show. En fin de mandat, il pourra alors utilement servir de bouc émissaire, de victime désignée que le peuple sacrifiera en place publique afin que soit expié symboliquement un bilan collectif forcément désastreux.