Pensées de passants

" Que pensez-vous de la politique de Macron? ". La question est posée au hasard des rencontres dans la rue. Les réponses sont...

 

C’était mieux avant!  Le premier passant interrogé porte un béret sur la tête et une baguette de pain sous le bras.

Je veux en savoir plus, avant quoi?Avant qui?Avant Hollande? Avant Sarkozy?

Oh non! Avant! Avant! Il me répond.

J’insiste, c’était mieux avant quoi?  Avant la Révolution? Avant la Renaissance? Au Moyen-âge ?

L’homme semble embarrassé, s’embrouille, oh ben non quand même! Après! Après! Enfin vous voyez bien  ce que je veux dire quand je dis que c’était mieux avant, mais quand même après!

Non, je feins de ne pas voir la période exacte  sur son calendrier. Alors l’homme  se penche vers moi, presque menaçant, et me glisse à l’oreille, au temps béni des colonies,Monsieur, et de la femme au foyer et de la grande messe du dimanche en latin.

 

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Un peu plus loin, s’avance un couple.

Aujourd’hui, c’est pas mieux qu’avant!  dit Monsieur.  Madame nuance, oui, mais c’est pas pire!   

« mieux » et en même temps « pas pire »,  il me semble reconnaître dans ce couple deux «marcheurs» , mais  de la tendance un peu gênée, un tantinet honteuse, celle qui boîte (vous savez ceux qui autrefois se disaient à Gauche  et puis…).                                                                 

Ils ajoutent, vous savez, Macron, Hollande, Sarkozy, c’est du pareil au même, mais  nous, au moins, on aura eu le courage d’essayer!

Je suis surpris, on peut donc essayer un homme politique comme on essaie une chemise ou une auto! Et ça m’inquiète aussi : un essai de 5 ans, c’est pas un peu long?  J’ose la question, vous allez essayer qui après?

Mais j’ai pas de réponse. Sans doute effrayés par leur futur courage, nos macronistes timides se sont enfuis…

 

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Maintenant, je rencontre Jacques le fataliste qui, à ma question, lève les bras au ciel et répète en boucle, aujourd’hui, avec la mondialisation, nos politiques ne peuvent pas faire autrement, il n’y a pas d’autre alternative !  C’est la faute  à la conjoncture, au marché, à l’Histoire,  à la société, à la télé, à internet. Les politiques, il faut les plaindre, vous savez, Monsieur, ils ont les mains dans le cambouis, ils font ce qu’ils peuvent!

Je m’étonne, Jacques, tout cela est bien triste, si tout est plié d’avance, à quoi les politiques peuvent-ils donc servir? Mais  peut-être, Jacques, tu me la fais en trompe l’oeil, ta réponse!   Peut-être  servent-ils, tes politiques,  à faire en sorte, avec de tels arguments, que surtout rien ne change…

Et  voilà Jacques qui à son tour s’enfuit en levant les bras au ciel,  holà, holà, Monsieur!Je vous laisse! Moi, je ne fais pas de politique!

 

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Là, aucun doute, ce jeune homme pressé,  habillé mode, qui  va d’un pas rapide et assuré,  est un premier de cordée.  Bingo! Les indices concordent:  il  sait tout sur tout et me fait illico la leçon avec condescendance

Macron, mon pauvre Monsieur,  travaille pour demain, pour après-demain, pour nos enfants, nos petits-enfants. Conjuguer le présent au futur, c’est  le concept même de la modernité en politique, le nouveau Monde. La France doit se concevoir en start-up et chaque citoyen  sera l'entrepreneur de son destin. En vérité, je vous le dis, et répétez-le partout, le  bonheur  de l'homme passe par l'Entreprise. Mais, excusez-moi, je  dois vous laisser, je suis un actif, moi, pas de temps à perdre. Car comme on dit dans la Silicon Valley, time is money and money is happiness!

Un  humaniste donc, notre premier de cordée, mais avec une âme de banquier...

 

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Je suis arrivé au bout de la rue. Voilà  un dernier passant.  Très énervé, mais qui se calme un peu  quand je l’ assure que je ne suis pas journaliste. Il m’explique que bientôt viendra le grand soir où son héros sera président,   Alors  les braves gens ne poseront plus de questions me dit-il avec un inquiétant sourire.

 

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