Le Peuple contre la Démocratie: attention danger!

Sombre histoire! Le Peuple était las de la Démocratie. A quoi cela servait-il de confier le pouvoir  à des incapables ou  à des malhonnêtes  qui ne tenaient pas leurs promesses et ne réglaient pas les problèmes...

Les problèmes pour le Peuple?  A l’écouter, c'étaient  les autres…  Les autres, donc, l’enfer! 

Dans cette société d’individualisme forcené, chacun était devenu le problème de l’autre et l’autre le problème de chacun, son ennemi intime, son obstacle au bonheur! Le problème du Peuple, c'était  qu’il n’y avait plus de peuple mais des peuples! La division du Peuple était infinie…   

Il y avait le peuple des villes contre celui des champs,  les actifs contre les retraités, les salariés du public contre ceux du privé, les jeunes contre les vieux, les pauvres contre les riches, les petits éleveurs contre les gros céréaliers, les supporters du PSG contre ceux de l’OM, les automobilistes contre les cyclistes, les cyclistes contre les piétons (auxquels venaient s’ajouter depuis peu dans cette guerre des trottoirs les pousseurs de trottinettes…)  Et puis il y avait aussi ceux qui mangeaient de la viande et ceux qui n’en mangaient pas, ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas, ceux qui s’estimaient de souche, etc, etc… Bref,  le Peuple se déchirait à l’infini...

On rencontrait même des personnes qui  portaient en elles, au péril de leur santé mentale, de terribles contradictions. Ainsi, on entendait des  macronistes qui se disaient de Gauche, comme jadis il y avait  eu des  giscardiens qui se disaient jeunes, des insoumis en gilet  jaune  nostalgiques des bonnets  rouges , des frontistes qui se revendiquaient de Chevènement, des cgtistes qui voulaient voter Rassemblement National et des suppôts affirmés de l’école privée catholique qui se muaient en ardents défenseurs de la laïcité… 

Bref,  c’était à ne plus rien comprendre! La « chienlit »  aurait dit le général de Gaulle, le « bololo » bafouillait Edouard Philippe.  

Mais le pire dans tout ça, c’était que la Démocratie, elle aussi, semblait lasse du Peuple, à quoi cela servait-il, pensait-elle, de donner la parole à des gens ignorants, pusillanimes, contradictoires, versatiles, incapables de gérer leurs émotions, et qui se comportaient plus en foule qu’en peuple?Aussi, la Démocratie ne faisait rien pour se faire aimer et respecter du Peuple. Et le  montrait  depuis des lustres en promulguant  au hasard des circonstances et des alternances une foule de lois  obscures, contradictoires, incohérentes, inexpliquées, inexplicables et inapplicables.  

On en était là de cette lassitude réciproque et dangereuse où chacun pense  pouvoir vivre mieux sans l’autre. la Démocratie rêvait d’un pouvoir qui ne s’embarrasserait  plus des désirs trop grossiers  du Peuple  et le Peuple d’un pouvoir qui ne s’embarrasserait  plus des pesanteurs  trop hautaines  de la Démocratie.

Certains en étaient même arrivés à penser que pour traverser cette passe dangereuse, et puisque tout le monde semblait vouloir un pouvoir fort, un despote, éclairé bien sûr, pourrait  être le compromis idéal…Mais, même parmi ceux-là, qui pourtant se targuaient d’être des gens raisonnables, aucun n’était d’accord, ni sur la couleur, ni  sur l’intensité, ni sur l’orientation de l’éclairage…

 

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