L'homme est rarement à la hauteur de son talent, et surtout quand ce talent est immense.
Céline était un grand écrivain mais un vrai salaud, Picasso un peintre de génie mais un solide égoïste. Plus près de nous (et un peu moins haut dans la hiérarchie des talents), on pourrait dire que DSK est un habile économiste, Ribéry un adroit footballeur, Tapie un beau parleur et bien sûr Depardieu un formidable acteur, mais... ne mélangeons pas tout !
Rendons hommage à l’acteur qui a donné le change dans ses films en composant des personnages habités d’idéaux, pétris de générosité et totalement désintéressés et regrettons, discrètement, que tous ces personnages qu’il a si bien joués n’aient pas su, n’aient pas pu, transcender l’homme qu’il était. Ne faisons pas à l'homme ordinaire, forcément ordinaire, ordinaire comme vous, ordinaire comme moi, ordinaire comme le sont tous les hommes (sauf peut-être les saints, et encore !) le procès d’un défaut véniel à l'aune de son immense talent. Le talent qui n’est pas une excuse ne peut être, à l'inverse, une circonstance aggravante. Depardieu aime l'argent. Bon ! Un peu trop? Sans doute ! Mais c'est un travers fréquent chez les hommes. Posons-nous la question : Depardieu? Combien de gens, à sa place, auraient fait la même chose? Quand on voit le soutien qu’il reçoit, y compris chez les gens les moins fortunés, le « je prends l’oseille et je me tire » semble la chose du monde, hélas, la mieux partagée!
Comme disait, l’autre jour, au bistrot, mon voisin de comptoir, en glissant dans sa poche ses tickets de loto, vous savez, les amis, je suis sûr que ce qui manque le plus aux gens pour se tirer en Belgique, c’est l’oseille !, et il ajoutait théâtral, les hommes sont prêts à vendre leur âme pour un cornet de fric!