Classes moyennes (remarquez le pluriel !) : qu'est-ce que ça veut dire?
Le concept est flou, mais pratique. Il permet en effet à chacun, même s’il ne l’est pas du tout, moyen, de se ranger dans cette classe fourre-tout des « nouveaux opprimés ». Et de pouvoir (là est l’astuce !) espérer mobiliser ainsi pour la défense de son intérêt très particulier une bonne partie de la société. Ainsi, on en a même vu qui dénonçaient l’impôt sur la fortune au motif qu’il étranglerait les classes moyennes (admirez le pluriel) !
Le concept classes moyennes est d’ailleurs si flou que des économistes ou sociologues sérieux ont été obligés de distinguer les classes moyennes supérieures des classes moyennes moyennes et des classes moyennes inférieures. Ils ont même précisé qu’à l’intérieur de chacune de ces nouvelles catégories, tant les écarts de revenus, de fortune et de patrimoine restaient importants, il faudrait, pour s’y retrouver, établir de nouvelles distinctions : classes moyennes supérieures supérieures, classes moyennes supérieures moyennes, etc.…
Bref, les classes moyennes se déclinent à l’infini, ce qui permet à Laurent Wauquiez, le très conservateur et réactionnaire maire du Puy, député de Haute-Loire et ancien ministre UMP, leur chantre autoproclamé, d’espérer ratisser large aux prochaines élections.
Classes moyennes : un concept flou donc, mais très pratique s’il est bien utilisé. La forêt qui cache l’arbre, comme on dit par ici.
NB. D’autres mots génériques sont utilisés pour tenter de masquer le côté très catégoriel de certaines revendications ou propositions : dans l’actualité récente, derrière paysans se cachent des céréaliers, derrière Bretons/ Bretagne se cachent des patrons de l’industrie agro-alimentaire et des transporteurs routiers. Quant au mot peuple (variante :les Français), c’est sans doute le terme plus simple et le plus pratique à utiliser, puisque, sous son couvert, on peut dire tout et son contraire. D’où son succès dans le langage politique.