VIRUS EN FRANCE: LA CRAINTE DU SCÉNARIO ITALIEN

Les autorités françaises ont-elles mis à profit l'exemple italien? Des experts en doutent. Le deuxième tour des élections municipales devient incertain. Pourquoi tant de difficultés des autorités françaises à décoder le réel?

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En France, le Covid-19 avait tué 6 malades, le vendredi 6 mars. Antoine Flahault, le spécialiste des maladies épidémiques était intervenu ce même jour dans Mediapart : « la France sera bientôt dans une situation italienne ».

L’ayant croisé, dans des réunions de programmation de la recherche dans une autre vie, et ayant gardé bien de l’estime pour lui, je me suis félicité que Mediapart l’ait déniché à Genève, où il dirige l’Institut de santé globale de l’université. Où en est-on de cette hypothèse ? Allons-nous vers « une situation italienne » ? Hier, mercredi 11, on décomptait 48 décès en France. À cette vitesse, le seuil de la centaine sera franchi au plus tard ce week-end. Rappelons-nous que l’Italie en était à ce niveau, le mercredi 4, avec 107 décès cumulés. Et, 827, huit jours plus tard, hier, mercredi 11. Autrement dit, si l’épidémie devait progresser à la vitesse italienne, on en serait à ce niveau le week-end où devrait se tenir le deuxième tour des élections municipales…

Sacré pari politique. 

Sans aucun doute, la France n’est pas l’Italie. D’abord, les responsables français ont disposé d’une dizaine de jours de plus et ce laps de temps a pu être mis à profit par les autorités.

En ont-elles fait assez ? Ce n’est pas l’opinion de 28 journalistes français en Italie : « Il est de notre responsabilité d’adresser un message aux autorités publiques françaises et européennes pour qu’elles prennent enfin la mesure du danger. Tous, nous observons en effet un décalage spectaculaire entre la situation à laquelle nous assistons quotidiennement dans la péninsule et le manque de préparation de l’opinion publique française à un scénario, admis par l’énorme majorité des experts scientifiques, de propagation importante, si ce n’est massive, du coronavirus ».  Un constat partagé par les plus hauts responsables sanitaires italiens. Interrogé, le docteur Gianni Rezza, le directeur du département des maladies infectieuses, de l’Institut supérieur de la santé, se désolait, des jeunes italiens mais aussi des français et des allemands qui se promenaient au milieu dans des foules comme si de rien n’était. Aujourd’hui, dans le Corriere della Sera, jeudi 12, alors qu’on ne baguenaude plus dans les rues de Rome, à la question « Comment se comporte nos voisins européens ? », il répond : « Je m’attendais à une réponse plus déterminée » à l’épidémie.

Sans aucun doute, les autorités allemandes et américaines n'ont pas fait mieux que les françaises. Et, pourtant le temps n'a pas manqué. En France, la ministre de la santé aurait alerté le directeur général dès la mi-décembre sur l'épidémie qui couvait à Wuhan. Et, après? On est passé à autre chose, une nouvelle chassant l'autre. La surcharge d'informations aurait fait disjoncter les systèmes politiques? 

Triste pour ceux qui vont payer de leurs vies ces court-circuits.

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